Looper : Une série B comme « Bientôt culte » !

Jeudi 18 octobre 2012, j’ai eu la chance d’assister à la projection “blogueurs” organisée par SND Films, suivi par une rencontre avec le réalisateur, Rian Johnson.

Looper était un film que j’attendais avec impatience et… waouh !! Quelle claque ! Il semblerait que les films attendus de cet automne tiennent leurs promesses et Looper en fait partie : c’est une oeuvre de science-fiction géniale, fichtrement (oui, fichtrement) bien écrite, habile et dynamique. Vous serez séduits par son scénario original, truffé de scènes incroyables qui marqueront les esprits (certaines deviendront sûrement cultes) et, bien sûr, interprétés par un casting brillant. Looper c’est aussi la technique et la réalisation exceptionnelle de Rian Johnson (Brick) qui, quelque soit votre niveau de cinéphilie, vous émerveillera et vous fera voyager dans un univers captivant, parfois hallucinant. J’ai envie de dire que Looper est une lueur d’espoir même : la créativité n’est pas morte. Au milieu de tous les reboots, remake et autres pre/sequels proposés par l’industrie du cinéma américaine quand il s’agit de science-fiction, il y a des pépites comme Looper.

Le pitch (accrochez-vous) : Dans le futur, le voyage temporel a été inventé et est tout de suite devenu illégal. Seule une mafia puissante l’utilise pour pour envoyer les pires déchets de l’humanité 30 ans dans le passé, en 2044 (le présent du film), afin d’être récupérer par des “loopers” (boucleurs) qui seront chargés d’exécuter la personne et de faire disparaître son corps. Mais voilà, étant donné que cette activité est illégale aussi, tous les loopers savent qu’un jour, ils devront boucler leurs boucles, c’est à dire se tuer eux-même lors qu’ils seront téléportés du futur. Cependant, lorsque Joe se retrouvera face à sa boucle, lui-même avec 30 ans de plus donc, rien ne se passera comme prévu et débutera ainsi une course contre la montre effrénée…

Principalement un film de science-fiction, avec une touche savamment dosée d’action et de thriller, Looper est tout simplement une bombe, une merveille d’écriture et de réalisation ! Dépeint dans un univers sombre avec quelques phrases d’introduction pour présenter le contexte, vous serez tout de suite immergé dans le coeur du film grâce à un scénario palpitant, réfléchi et structuré. Le travail de Rian Johnson est vraiment remarquable car il a su créer un univers futuriste, mais quand même assez réaliste pour qu’il soit crédible, tout en définissant ses propres règles sur le voyage temporel et la hiérarchie des Loopers. Si bien qu’au final, la forme n’est jamais remise en question, car on y adhère dès le départ, et on a largement le temps de se focaliser sur le fond. En fait, si le postulat de départ parait complexe, Rian Johnson réussit à nous le faire avaler immédiatement.

Dès le début, on plonge dans un monde aussi sombre que torturé, une ville noire aux allures “gothamesque” et futuristes (où les plus aguerris noteront des références à certains univers urbains des illustrations nipponnes), une ville qui ne serait en fait que le reflet de l’état d’esprit de Joe, le héros du film, un jeune Looper égoïste et immoral, qui vit sa vie au jour le jour en exécuteant ses “victimes” sans remettre en question le bien-fondé de sa mission. Plutôt que de se perdre dans des explications didactiques sur le voyage temporel et ses conséquences, ce qui aurait alourdit la compréhension du film, Rian Johnson choisit une mise en scène visuelle et explicite (notamment dans une scène magnifique et un poil dérangeante qui retiendra votre attention) et développe ses arguments à travers des dialogues acérés et percutants entre les personnages (la fameuse scène du “dinner”, le face-à-face épique entre les deux Joe, par exemple).

Bien malgré lui, le jeune Joe se retrouve entraîné dans une série d’évènements incontrôlables, une odyssée vertigineuse aux allures d’un rollercoaster incessant, qui aura non seulement pour but de nous divertir mais aussi, pour le (ou les ?) personnage, de revenir sur les choix qu’il a pu faire. Et pourtant, si vous pensez avoir tout compris rien qu’en ayant vu la bande-annonce, préparez-vous à être sur le c*l. Vous réaliserez rapidement, qu’on ne vous a pas tout dit. Looper est deux (voire trois) films en un !

La première partie plante le décor : le monde du jeune Joe, sa rencontre avec le vieux Joe, la présentation de leurs buts respectifs, et le tout évolue tel un film d’action presque lambda, l’un cherchant à stopper l’autre tout en essayant d’échapper à ses ennemis… La seconde partie du film change la donne au moment où le jeune Joe rencontre Sara. Si on note un léger ralentissement de rythme à ce niveau-là, cela ne gâchera en rien votre appréciation du film, car les nouveaux personnages qui entreront en scène, dans cette nouvelle partie du film, vous laisseront bouche bée faisant grimper l’attrait du film au niveau supérieur. Rian Johnson laisse un peu de coté l’intrigue de départ (jeune Joe poursuivant le vieux Joe) pour développer l’idée maîtresse de son film. Petit à petit on a presque l’impression de voir deux histoires différentes tant la mise en scène change de cap, on passe d’une ville suintante et sombre dans la première partie, à un paysage qui s’illumine et se réchauffe dans la seconde… toujours pour coller à l’état d’esprit du jeune Joe ; l’atmosphère se détend plus ou moins, les personnages se dévoilent peu à peu et on découvre le véritable enjeu de Looper… Mais les rebondissements ne sont jamais bien loin et cette seconde partie débouche directement sur une troisième et dernière partie qui conclut en reliant tous les personnages dans une seule et même histoire, pour un final sublime aussi bien esthétiquement que visuellement. Une fin peut-être un peu facile, mais qui sera, c’est certain, très controversée..

Et c’est ça, la particularité et la réussite de Looper : le film pourrait très bien ressembler à n’importe quel autre film de science-fiction, car il y a tous les éléments clés : le héros, le vilain, la fille, le monde futuriste et le combat entre le bien et le mal (et Bruce Willis !). Mais voilà, plutôt que de nous proposer du déjà vu, Rian Johnson joue avec les codes, si bien que ce sera au spectateur de faire le choix (qui est bon / qui est mauvais ?) et se poser les bonnes questions (à l’instar du film d’Eric Bress – L’effet Papillon : peut-on revenir en arrière afin de corriger son futur ? ou : ce qui est arrivé est arrivé et ne peut être changé ?). Une morale ambiguë, et pouvant être interprétée de plusieurs façons, complètement assumée par le réalisateur, qui a réellement voulu nous bousculer dans nos habitudes et dans notre mode de pensée. C’est d’ailleurs pour cette raison que la fin du film sera à l’origine de nombreux débats.

Coté casting : Joseph Gordon-Lewitt est superbe et charismatique. Tout d’abord son maquillage (3h de travail tous les matins, aucun effet numérique) qui déstructure partiellement  les traits de son visage et une performance d’acteur impressionnante qui donne vraiment l’impression qu’il pourrait finalement ressembler à Bruce Willis dans le futur, sans sombrer dans la parodie. JGL électrise le film dès les premières minutes, si vous n’aviez pas réalisé que c’était un acteur brillant auparavant, vous ne pourrez plus le nier après avoir vu Looper. Bruce Willis incarne la version futuriste de Joe (le vieux Joe), désespéré, déboussolé (à juste titre) et cherchant à tout prix à réparer les erreurs du passé (et quel prix !). C’est toutefois dans un personnage plus sensible que nous le retrouvons, par rapport à ce qu’on a l’habitude de voir, mais Rian Johnson n’a pas oublié le coté McLane (ou Butch, au choix) qui sommeille en Bruce Willis et nous régale d’une scène purement, hmm…, jouissive.

A leurs cotés, on retrouve Emily Blunt (Le Diable s’habille en Prada, Sunshine Cleaning), la touche féminine du cast, qui assure dans un rôle qui aurait pu être assez fadasse mais elle s’en tire haut la main. Jeff Daniels interpréte le boss du jeune Joe qui, sous des airs affables, se révèle plutôt cruel et insensible. A noter également la présence de Paul Dano (Ruby) et de Piper Perabo (Coyote Girls), deux personnages intéressants de l’intrigue.

Une mention toute particulière à Pierce Gagnon : la surprise du casting. Il avait 5 ans lors du tournage et en plus d’avoir épater le réalisateur et l’équipe du film, son talent vous clouera sur place. Ce bout de chou est déja un grand acteur et j’espère qu’il aura la carrière qu’il mérite.

En conclusion et au risque de radoter, Looper, sous ses airs de séries B, est LE film à voir. Tout d’abord pour son scénario original (c’est important de le rappeler), incroyablement bien écrit et recherché qui vous maintiendra en haleine tout au long du film. Looper c’est aussi une mise en scène remarquable et recherchée, là aussi on retrouve l’imagination et la passion d’un réalisateur, qui a travaillé pendant près de huit ans sur son film. Même si Rian Johnson, comme tout réalisateur, s’inspire de ceux qui l’ont marqué (Hitchcock, Akira, comme il les a cité), Looper propose vraiment de l’inédit. Rien que pour tout ce travail là, Looper mérite (doit) d’être vu.

En dehors de tout cela, c’est simple : si vous voulez voir un excellent film, courrez le voir dès sa sortie. Ce serait vraiment dommage de le “looper” ! 🙂

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