Möbius : Creux, brouillon et mal exploité

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D’une platitude presque douloureuse, Möbius se rêvait film d’espionnage moitié thriller, moitié glamour et finalement se rétame en beauté. Réalisé par Eric Rochant qui, après avoir réalisé deux saisons de Mafiosa, le clan (diffusé sur Canal+), a cru avoir compris les ficelles pour obtenir un bon film palpitant et sombre. Et bien, c’est raté. Avec une écriture aussi brouillonne que maladroite, Möbius s’essouffle au bout de quelques minutes pour s’enterrer dans un semblant de romance peu crédible et inintéressante au possible.

Le pitch : Gregory Lioubov , un officier des services secrets russes (FSB), est envoyé à Monaco afin de surveiller les agissements d’un puissant homme d’affaires russe. Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice, une surdouée de la finance. Au cours d’une surveillance, Gregory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec Alice, son agent infiltré. Naît entre eux une passion impossible, qui va précipiter leur chute…

Dès le départ, Möbius perturbe en essayant de planter un décor trouble. On découvre donc une jeune femme, une tradeuse brillante mais persona non grata aux US, qui suscite l’intérêt de services secrets monégasco-russes et ces derniers lui confient une mission pas très claire. Heureusement, cette première mission passe magiquement à la trappe quand le grand méchant loup entre en jeu, pour notre plus grande confusion.
Ayant apparemment passé plus de temps à apprendre le russe qu’à écrire le scénario, le film soi-disant d’espionnage va s’axer de plus en plus sur la romance naissante entre les deux personnages principaux, si bien qu’on ne sait finalement pas ce qu’on reproche au méchant (qui se fait largement supplanter par son valet d’ailleurs).
Möbius va alors briller d’une banalité sans nom tandis que nos Roméo et Juliette de seconde zone font de plus en plus connaissance, s’illustrant notamment dans des scènes d’amour particulièrement longues et embarrassantes (madame grelotte de froid tandis que monsieur la regarde, amorphe). Möbius choisit de jouer la carte de l’amour interdit et dangereux mais plus fort que tout, sans pour autant aller jusqu’au bout et sombrer dans du mélo de bas étage.
Alors finalement, que se passe-t-il dans Möbius ? Et bien pas grand chose, aucune idée n’est proprement exploitée et le film tourne carrément à vide. Malgré le russe en VO, l’énonciation de sigles sensés nous appâter (FSB anciennement KGB, CIA…) et l’évocation d’enjeux financiers lourds, Möbius manque largement d’une bonne dose de suspens et on sombre carrément dans l’ennui tant le film les rebondissements se font rares et que les dialogues se ringardisent dès que le couple se retrouve en tête-à-tête (« tu as des bras concrets »). Même le danger dans lequel se positionne le personnage de Dujardin ne parvient pas à nous réveiller, notamment au moment où lorsque que son secret est découvert et que personne ne vient le confronter (ou alors bien trop tard).
En bref, rien ne vient sauver cette tragédie. Le film d’espionnage est abandonné en court de route et la romance impossible n’a aucune envergure.

Seul point positif au tableau, l’ambiance sombre de Möbius alimentée par sa jolie photographie métallique saura égayer ce film sinistre et ennuyeux.

Coté acteurs, pourtant, il y avait de quoi se lécher les babines. Jean Dujardin, qu’on ne présente plus depuis The Artist (ou Brice de Nice, ça dépend), fronce beaucoup les sourcils et parle russe couramment (dans le film en tout cas). Un rôle qui aurait pu lui aller comme un gant, mais malheureusement desservi par un personnage peu approfondi. A ses cotés, Cécile de France (Superstar en 2012) est magnifique et son personnage semblait au début très prometteur, mais encore une fois, la malédiction du scénario pourri a frappé et on ne retiendra finalement que quelques tremblottis rythmés par des couinements en règle. Dommage, car cela aurait pu être un couple très glamour à l’écran, mais finalement la vacuité du film n’a pas su les assortir de façon crédible. Résultat, la magie ne prend pas.
Tim Roth (Funny Games US, L’incroyable Hulk, Broken…) incarne le vilain et aurait dû être l’appât numéro deux du film, malheureusement, à part le présenter comme un riche dragueur lourd et capricieux, son personnage n’a aucun, lui aussi, intérêt.
Finalement, c’est Alexeï Gorbounov qui, dans un rôle secondaire, réussit à susciter un léger, très léger intérêt dans le film.

En conclusion, Möbius se voulait palpitant et passionnant, mais c’est un échec sur les deux tableaux. Creux et brouillon, il rejoindra rapidement l’océan des bonnes idées mal exploitées et décevantes dans la grande tradition bessonnienne.

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