The Bling Ring : Attrayant mais lassant

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Coloré et rythmé, le dernier film de Sofia Coppola électrise le grand écran et explore à sa façon le culte du vide et de la superficialité. La réalisatrice du sublime Virgin Suicide (1999) abandonne sa langueur habituelle, le temps de s’offrir, avec The Bling Ring, une parenthèse pop et colorée, sans oublier de d’explorer un de ses thèmes fétiches : la jeunesse, ici en perte de repères et accro aux sensations fortes et instantanées. Un essai intéressant et lumineux mais qui s’épuise de minutes en minutes, offrant un résultat souvent répétitif et creux.

Le pitch :  À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le « Bling Ring ».

Pour son cinquième long-métrage, Sofia Coppola s’inspire d’un fait divers qui a bousculé le petit monde pailleté d’Hollywood : une bande d’adolescents qui, entre 2008 et 2009, ont cambriolé à plusieurs reprises les maisons de célébrités, telles que Paris Hilton, Rachel Bilson et autre Lindsay Lohan. Dès les premières minutes, The Bling Ring nous plonge dans un univers à la fois bling-bling et désabusé, ressemblant à celui d’un épisode de série américaine. Un décor lisse et juvénile, éclaboussé par de nombreux signes extérieurs de richesse, que nous découvrons à travers les yeux de Marc, un adolescent mal dans sa peau et rapidement pris en charge par Rebecca. Cette rencontre, déjà animée par la fascination de Marc envers sa nouvelle amie, marque le début d‘une course à l’adrénaline, vaguement justifiée par un ennui bourgeois et une nonchalance, plutôt détestable, d’enfants gâtés et désinvoltes.
En effet, nos jeunes héros ne viennent ni de quartier défavorisé, ni de familles modestes, au contraire. L’herbe est toujours plus verte chez le voisin, comme dit le proverbe, et après s’être attaqué à des maisons et des voitures laissées inoccupées dans le voisinage, notre duo va alors avoir l’idée d’entrer dans la maison de Paris Hilton. Un premier choix loin d’être anodin, étant donné que Paris Hilton se pose comme une des pionnières quand il s’agit de célébrité construite sur du vide et exacerbée par un narcissisme éhonté. The Bling Ring tente alors de dépeindre une certaine jeunesse moderne, obsédée par le luxe que peut apporter la célébrité instantanée et facile, dont l’attitude devient encore plus discutable lorsqu’on réalise qu’ils ont déjà la possibilité de fréquenter les mêmes endroits que ces peoples, tout en disséquant leurs moindres mouvements grâce à la presse people et internet.

Après cet exploit resté impuni, notre duo s’enhardit, inconscient de la gravité de leurs actes et boostés par une fierté insolente, et invite d’autres amis à se joindre à leurs virée nocturne. Rapidement, le fanatisme passif de ces adolescents envers leurs starlettes chéries vire à la convoitise dévorante et les simples visites se transforment en une véritable razzia, où l’envie de posséder des objets de luxe dépasse l’idée, à la limite compréhensible, de vouloir récupérer un objet appartenant à une star. The Bling Ring prend un malin plaisir à s’attarder sur l’avidité palpable de ces adolescents voleurs, ne cessant en parallèle de nous rappeler leur univers déjà privilégié. Au milieu de toute cette agitation, autour de Louboutin et autres objets hors de prix, The Bling Ring contemple l’évolution de ce gang atypique, semblable à des montagnes russes : des premiers frissons jusqu’à la chute vertigineuses, en passant l’excitation alliée au sentiment d’invincibilité. Le film nous transporte aisément jusqu’au bout de ce périple à la fois captivant, mais déconcertant.

Entre ces star(lette)s à paillettes, préfabriquées et formatées pour en mettre plein les yeux, et cette sur-abondance, presque vulgaire, d’objets de valeurs aussi accessibles que dans un marché aux puces, The Bling Ring parvient à mettre le doigt sur le manque de repère grandissant de ces adolescents influencés et envahis par ce monde presque virtuel, où on peut devenir « quelqu’un » en claquant des doigts. Ils finissent par s’étioler petit à petit, laissant de coté l’insouciance et la légèreté qui vont avec leurs âges, pour tenter d’accéder à vitesse grand V à un monde dont ils ne connaissent pas vraiment les règles mais dont ils ne voient que les avantages. Que de naïveté derrière une apparence de rapaces, encore un sujet bien maîtrisé par Sofia Coppola.

Certes The Bling Ring réussit à séduire et à nous entraîner dans son ambiance fun et girly. Jouant à fond la carte du superficiel, le film a su recréer un univers à la fois juste et cohérent, soignant justement les personnages de son film, de leurs attitudes à leurs relations entre eux (amitiés aussi instantanées que leurs stars favorites). Cependant, en y regardant de près, difficile de retrouver la patte de Coppola. En dehors de quelques plans, comme le ralenti sur Rebecca vue par les yeux de Marc par exemple, The Bling Ring semble trahi par son propre sujet et manque cruellement de rythme. Le film a tendance à être répétitif et se contente de poser un œil observateur sur son histoire, sans vraiment aller plus loin. Du coup, on finit rapidement par tourner en rond et se lasser du dressing de Paris Hilton (ce qui ne la rend pas plus sympathique d’ailleurs). D’ailleurs, la fin précipitée du film et le changement de personnage principal en fin de parcours contribuent à dérouter le spectateur.

Au casting, après avoir appâter le chaland en multipliant les images d’une célèbre ex-sorcière en brunette sexy, c’est finalement Israel Broussard que nous découvrons avec plaisir dans un rôle touchant et sincère, celui de l’adolescent gauche fasciné par son voisin plus dévergondé que lui. Un personnage dans lequel beaucoup n’auront certainement pas de mal à se retrouver. A ses cotés, Katie Chang séduit dès ses premières apparitions, moitié star moitié ado, dans un rôle délicat quelque part entre l’ingrate détestable et la jeune fille sympa et casse-cou.
Et enfin, nous retrouvons Emma Watson en bimbo délurée qui, bien qu’on ait encore du mal à séparer l’actrice d’Hermione Granger, se révèle plutôt convaincante.

En conclusion, en abordant autant de sujets superficiels, il fallait pouvoir tenir la route. Si The Bling Ring semble attrayant pendant les premières minutes, le film s’essoufle trop rapidement et finit par se perdre dans ses trop nombreuses scènes contemplatives. Toutefois, en adaptant cette histoire assez étonnante, Sofia Coppola permet de dénoncer l’influence néfaste de ces nouvelles icônes tape-à-l’œil dont la cible (marketing) prioritaire est, bien sûr, les ados qui rêvent de leurs ressembler.
Pour terminer, si on devait comparer The Bling Ring et Spring Breakers, bien que ces deux films soient très différents, je dirais que le film de Sofia Coppola bénéficie d’une fraîcheur et d’un réalisme que nos agitées de la gâchette n’avaient pas.

The Spice Girls are back. Can't wait for their new album! (Mel B changed a little bit, tho...)

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Une réflexion sur “The Bling Ring : Attrayant mais lassant

  1. Je garde un souvenir très douloureux et pénible du visionnage de ce film, qui réussit l’exploit d’étaler du vide sur l’écran (et dans les yeux d’Emma Watson aussi) pendant quasiment deux heures… Je m’attendais pas au film du siècle, mais j’avoue avoir trouvé le temps long et les acteurs insupportables.

    Bon, en même temps, quand on te demande d’incarner des adolescents dont la profondeur frise le néant (j’avoue avoir peur quand je me dis que des filles fantasment réellement sur le dressing de Paris ou Lindsay), difficile d’insuffler de la vie dedans. Je crois que je n’ai trouvé aucun personnage touchant, ou même crédible deux secondes.

    & si c’est ça, le way of life de la génération Z, ça a de quoi faire un peu peur quand même.

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