Les Sorcières de Zugarramurdi : Fun, brillant et surprenant

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Follement déjanté, étonnant et brillant, le nouveau film d’Álex de la Iglesia éclabousse le grand écran, entre humour caustique et féminisme sadique. Les Sorcières de Zugarramurdi flirte avec le saugrenu et le bizarroïde dans une comédie noire et déchaînée, un peu glauque sur les bords et tout simplement excellente. Accrochez-vous, car dans ce film, l’expression « chasse à l’homme » prend enfin tout son sens !

Le pitch : En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…

Après les sorties discrètes de Balada Triste et d’Un Jour De Chance, Álex de la Iglesia revient avec un nouveau film explosif. Mi-comédie, mi-épouvante, Les Sorcières de Zugarramurdi pourrait être rangé aux cotés de films tels que Shaun of The Dead d’Edgar Wright ou encore Zombieland de Ruben Fleischer, s’il n’y avait pas cette pincée de folie survoltée, ni cette atmosphère macabre entretenue avec soins, rappelant parfois la démence nihiliste et extrême de certains passages du film Doomsday de Neil Marshall.

Álex de la Iglesia nous entraîne à toute allure dans une aventure surprenante, parfois dérangeante, qui frôle le génie, notamment grâce à une scène d’introduction complètement dingue autour d’un braquage catastrophe mêlant Jésus, Bob l’éponge et un gamin prêt à tirer ! Mais le réalisateur, connu pour sa filmographie marquée par son grain de folie légèrement désabusé, offre un film à double lecture étonnant.
A première vue, Les Sorcières de Zugarramurdi est un festival désopilant et complètement barré, ponctués de dialogues mordants, partageant l’homme et la femme dans deux catégories bien distinctes : d’un coté les femmes dominatrices, revanchardes, mauvaises et indépendantes, entretiennent une hystérie ambiante particulièrement jouissive, tandis que de l’autre coté, les hommes sont tous de sombres idiots, animés par le sexe et la cupidité, irresponsables et incapables de mettre un pied devant l’autre sans tomber. Misogyne ou féministe ? La question n’est pas vraiment là, car cette rivalité homme/femme donne lieu à des scènes savoureuses et drôles, où magie païenne rime avec châtiments et où toutes les situations dérapent avec un effet boule de neige. Les Sorcières de Zugarramurdi s’amuse justement avec ces rôles inversés et creuse grossièrement les traits de caractères de leurs personnages, si bien qu’on finirait presque par oublier comment et pourquoi nos trois héros en sont arrivés là !

Jamais prévisible, le film d’Álex de la Iglesia repousse les limites de la décence pour donner vie à ces sorcières excessives et hautes en couleurs, tout en entretenant son aspect glauque et souvent monstrueux. Pourtant, de son rythme effréné à son scénario farfelu qui mêle des hommes en cavale, un lieu étrange et des créatures surnaturelles et assoiffées de chair fraîche, Les Sorcières de Zugarramurdi ressemble beaucoup à un des films écrits par Quentin Tarantino, à savoir Une nuit en Enfer de Roberto Rodriguez. Ce n’est d’ailleurs pas la seule ressemblance, car si dans Une nuit en Enfer on y voyait Harvey Keitel affronter des vampires armé d’une « croix-fusil », dans Les Sorcières de Zugarramurdi, Álex de la Iglesia en profite lui aussi pour confronter les croyances religieuses et la suprématie masculine, notamment à travers une scène finale aussi absurde que fantastique. Finalement, derrière tout ce bordel ambiant, Les Sorcières de Zugarramurdi possède un véritable message, en méditant sur une société déséquilibrée et probablement proche du chaos, régentée par des institutions religieuses possiblement créées de toutes pièces. En y regardant de plus près, Les Sorcières de Zugarramurdi laisse filtrer à travers de nombreux détails des indices appuyant cette théorie, démontrant que le moindre choix du réalisateur n’est pas si anodin, comme par exemple les déguisements des braqueurs au tout début du film (Jésus, un soldat, une créature imaginaire…) et la présence d’un enfant (l’innocence, l’absence de perversion…). Pas si dingue que ça, cet Álex de la Iglesia !
Derrière tout ce fatras incroyablement déjanté, Les Sorcières de Zugarramurdi parvient à rester étonnamment cohérent et abouti. Le réalisateur explore les moindres ficelles de son film jusqu’à plus soif et frôle constamment la limite entre le clownesque et la comédie noire, avec une maîtrise visible et une générosité sans limite. On en ressort retournés, mais conquis.

Coté casting, si Javier Botet (la saga [Rec], Mama…) et Mario Casas (Grupo 7…) animent le film du début à la fin, entre pitreries et échanges musclés, c’est surtout les apparitions de la troublante Carolina Bang (Balada Triste, Un Jour de Chance…) qui maintiennent en haleine. Et quel plaisir de retrouver Carmen Maura (Volver, Les Femmes du 6e étage…) avec un rôle aussi surprenant, dans lequel elle semble s’éclater.

En conclusion, Les Sorcières de Zugarramurdi bouscule nos habitudes. Álex de la Iglesia réalise une comédie noire à l’humour décapant et incisif, alliant fantastique et bêtise humaine. Le résultat est aussi surprenant qu’amusant, d’autant plus que derrière ce film à l’apparence bordélique se cache une interprétation plutôt caustique, mais intéressante, des relations homme/femme et de la société actuelle. Ensorcelant !

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