[CRITIQUE] Irréprochable, de Sébastien Marnier

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Le pitch : Sans emploi depuis un an, Constance revient dans sa ville natale quand elle apprend qu’un poste se libère dans l’agence immobilière où elle a démarré sa carrière, mais son ancien patron lui préfère une autre candidate plus jeune. Constance est alors prête à tout pour récupérer la place qu’elle estime être la sienne.

Pour son premier film, Sébastien Marnier choisit de narrer un polar aussi troublant qu’imparfait, dressant le portrait d’une femme aux abois. Irréprochable tisse une intrigue surprenante, criblée de pointes de tension qui permettent de rester attentif à l’histoire qui a tendance à s’enliser dans des échanges abstraits. En effet, Sébastien Marnier joue sur l’empathie que suscite son personnage en dépeignant cette femme un peu paumée, obligée de retourner dans sa ville natale loin de Paris et de supplier son entourage pour retrouver du travail. Le film nous enferme dans ce contexte social afin d’accrocher le spectateur grâce à son réalisme, du coup l’héroïne a les atours d’une victime dont les décisions extrêmes sont excusées par les difficultés qu’elle doit surmonter.
Partant de ce principe, Irréprochable noue un thriller multiple, oscillant entre le polar hystérico-sensuel et le drame social, à travers une tranche de vie à la dérive accumulant les décisions désespérées. Le point fort du film de Sébastien Marnier c’est qu’il parvient à nous emmener sans effort à travers une trame tout de même attendue, avant d’asséner le coup de grâce qui vient chambouler tous les acquis et réveiller un ensemble un poil laborieux.

En effet, si dans sa globalité Irréprochable est plutôt intéressant, Sébastien Marnier l’ampoule d’erreurs de « débutant » (sans condescendance aucune). Coté mise en scène, le réalisateur teste beaucoup, entre des cadrages étranges, une lumière naturelle peu flatteuse et surtout des effets de style trop prononcés (notamment les jeux de réflexion…), du sexe agressif dans un style très français (brut et non sensuel)… le tout n’est pas vraiment subtile et parfois trop aléatoires pour passer crème. Mais le plus gros problème réside dans l’écriture du scénario et des personnages : Irréprochable a souvent tendance à rester plat et figé dans une construction linéaire qui rend ses personnages un peu gris et sans saveur. Si le film n’était pas porté par des acteurs convaincants, on friserait parfois le téléfilm à cause de ses nombreux défauts qui ont tendance à l’allonger.

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Heureusement, Irréprochable se concentre sur son héroïne et j’ai été séduite par ce personnage rongé par ses obsessions et ses illusions, mais qui semble pourtant réfléchie et concentrée sur chacune de ses décisions. Le désespoir est palpable chez cette femme qui met tous ces espoirs sur un poste pourtant lointain, tandis que sa ténacité va grignoter sa raison déjà fragilisée par ses échecs précédents. Du coup, on se laisse porter jusqu’à la dernière minute ou plutôt jusqu’au moment ou le film abat toutes ses cartes, créant une dernière surprise efficace. Finalement, le plus intriguant dans Irréprochable n’est pas le but de son héroïne mais la facilité avec laquelle Sébastien Marnier réussit à nous berner à son sujet, tout en dépiautant les méandres de la solitude et les illusions perdues.

Au casting justement : Marina Foïs (Papa Ou Maman, Polisse, Happy Few…) incarne cette héroïne au bord du gouffre, gentiment titillée par la folie et marquée par ses choix passés, avec une exactitude déroutante (même si j’aimerai bien la revoir sourire un jour…). Autour d’elle, les hommes de sa vie sont campés par un Jérémie Elkaïm (Marguerite et Julien, Les Bêtises…) sympathique, un Benjamin Biolay (Vicky, Encore Heureux…) trop rude et un Jean-Luc Vincent (Ma Loute…) peu présent. Enfin, quel plaisir de retrouver Joséphine Japy (Paris-Willouby, Respire…), ici plutôt secondaire mais parmi tous ces personnages sombres et/ou ébréchés, la jeune femme souffle un peu de fraîcheur et de vie sur cet ensemble un poil grisâtre.

En conclusion, si Sébastien Marnier a du mal à canaliser ses différents fils conducteur et ses tests de mises en scènes, ce qui alourdit parfois le film, Irréprochable reste un thriller satisfaisant, notamment grâce à la performance tendue et maîtrisée de Marina Foïs. Cependant, l’ensemble est parfois un peu plat et figé, j’ai souvent décroché en cours de route, avant d’être rattrapée par un twist final salutaire. À voir.

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