[CRITIQUE] Tomb Raider, de Roar Uthaug

Le pitch : Lara Croft, 21 ans, n’a ni projet, ni ambition : fille d’un explorateur excentrique porté disparu depuis sept ans, cette jeune femme rebelle et indépendante refuse de reprendre l’empire de son père. Convaincue qu’il n’est pas mort, elle met le cap sur la destination où son père a été vu pour la dernière fois : la tombe légendaire d’une île mythique au large du Japon. Mais le voyage se révèle des plus périlleux et il lui faudra affronter d’innombrables ennemis et repousser ses propres limites pour devenir « Tomb Raider »…

Créé en 1996, Tomb Raider a connu un succès alors que les jeux vidéos commençaient à se sophistiquer, en terme de graphisme et de plateformes novatrices. Si à l’époque, Lara Croft était plus un avatar cubique à grosse poitrine qu’une animation réaliste, cela a suffi pour transformer ce personnage en icône auprès des gamers, généralement sexualisée pour ses formes mais tout de même plébiscité pour le caractère ludique du jeu (même si on s’amusait souvent à la faire disparaître dans un mur ou la faire sauter bêtement à ses débuts – notez mon niveau hautement élevé en jeu vidéo, au passage). Parmi toutes les adaptations de jeux vidéos sur grand écran, les films Lara Croft (sortis en 2001 puis en 2003 pour Le Berceau de la Vie) font partie de ceux qui ne s’en sont pas trop mal sortis, parvenant à mixer le sex-appeal de l’héroïne au caractère bien trempé – grâce à la superbe Angelina Jolie, évidemment – au divertissement alliant actions, mythes et blockbusters.

Pour ses 22 ans, Lara Croft s’offre un relooking basé sur le reboot du jeu vidéo en 2013 où l’héroïne repart de zéro. Le film de Roar Uthaug (Cold Prey, The Wave…) conserve l’ADN du jeu à travers son héroïne casse-cou, sa relation avec son père et l’aventure dangereuse à l’autre bout du monde pour découvrir des secrets obscures, mais Tomb Raider choisit malheureusement de montrer une facette peu intéressante de Lara Croft. Ce que j’aimais dans les films de Simon West et Jan de Bont, au-delà de l’actrice, c’était le tempérament impétueux de Lara et goût du risque qui lui permettait d’aller en amont de situations périlleuses, quitte à rivaliser avec des hommes : une vraie héroïne des temps modernes. Dans cette nouvelle version, Tomb Raider propose une Lara plus jeune et moins affirmée qui semble plus souvent subir ce qui lui arrive que mener la danse. Si le film de manque pas de rythme : course poursuites, combats et autres rebondissements plein de suspens, j’ai cependant eu du mal à m’attacher à cette nouvelle Lara Croft, certes convaincante dans l’action mais finalement peu charismatique. Ballottée par les événements, Tomb Raider mise trop sur le coté survie de l’histoire avec un personnage constamment en fuite, bien loin de l’héroïne intrépide des jeux vidéos.

Alors que les premiers films nous avaient proposé une femme forte et sûre d’elle, Roar Uthaug nous sert une femme-enfant certes intelligente et physiquement impressionnante (respect aux biceps d’Alicia Vikander, même s’il y a eu une doublure et des effets spéciaux, sa transformation physique est remarquable), mais qui se fait porter par les événements au lieu d’en être véritablement l’initiatrice. En fait, ce film est plus une sorte de « Tomb Raider Begins » (à l’image de Batman Begins, n’est-ce pas) qu’autre chose, et c’est là que le bât blesse. Si la relation entre Lara et son père est à l’origine du jeu, cette partie imposante de l’intrigue sent le réchauffé même l’histoire est nouvelle. Cependant, le problème vient surtout de la narration plate qui suit le personnage courir, nager, plonger, sauter et grimper comme si elle accomplissait une sorte de marathon multi-disciplinaire, ce qui donne l’impression de plus observer la carte de visite de Lara Croft – voyez tout ce dont elle est capable – qu’une véritable intrigue qui inclurait toutes ces scènes d’actions façons intelligentes, utiles et enthousiasmantes.
De plus, en adaptant le reboot du jeu vidéo, le film fait l’impasse sur pas mal d’éléments (entre personnages et rebondissements), ainsi que beaucoup de raccourcis dans l’histoire pour servir des rappels flagrants des anciens films (par exemple, le final est quasiment calqué sur la partie dans le temple du premier Tomb Raider !!).

Enfin le plus décevant, c’est que si Roar Uthaug livre un film plein d’actions, dynamique et rythmé, c’est pourtant l’ennui total. Entre la transparence de l’héroïne et le scénario hyper attendu (Lara manque de mourir toutes les 15 minutes, au bout d’un moment ça lasse puisqu’on sait bien qu’elle finira par s’en sortir… c’est son film !), visuellement Tomb Raider est un gloubi-boulga sur-daté et pas très attrayant. Si l’idée était de garder une tonalité naturelle au film, pour conserver le coté « aventures dans la jungle » de notre simili-Indiana Jones en herbe, le résultat n’est pas très affriolant et manque sacrément de panache. En 2018, on pourrait s’attendre à chose de plus pêchu et esthétiquement léché, mais Tomb Raider fait le minimum syndical pour rester crédible. Du coup, le film ne parvient jamais à faire monter un semblant de climax ou d’attrait pour un spectacle plutôt fade et sans ambition autre que de réveiller une franchise.

Au casting : promis, je n’en ai pas voulu à Alicia Vikander (Une Vie Entre Deux Océans, The Danish Girl, Ex-Machina…) de succéder à Angelina Jolie ! L’actrice suédoise fait de son mieux pour donner du corps à son personnage desservi par une écriture sans relief. Autour d’elle, Dominic West (The Affair, Money Monster…) est tout aussi correct, Walton Goggins (Le Labyrinthe : Le Remède Mortel, Les Huit Salopards…) écope d’un rôle de méchant sacrément bidon, tandis que le personnage de Daniel Wu (Warcraft : Le Commencement…) est accessoire. On retrouve également Kristin Scott Thomas (Les Heures Sombres…) qui aura potentiellement plus d’intérêt dans une très éventuelle suite, tandis que parmi les presque figurants, il y a Hannah John-Kamen (Ready Player One…) et Nick Frost (Le Chasseur et la Reine des Glaces…).

En conclusion, Roar Uthaug propose un reboot réchauffé et peu engageant. À l’heure où le cinéma propose de plus en plus de personnages féminins forts et imposants, Tomb Raider réduit la légendaire Lara Croft en un ersatz d’aventurière en devenir qui semble plus subir le film que le porter. Et ça, c’est impardonnable. À tenter…

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