[CRITIQUE] Larguées, d’Eloïse Lang

Comédie girly entre vacances et romances, le nouveau film d’Éloïse Lang propose une relation mère-filles fortes en tribulations dans un cadre idyllique. Larguées propose un bon moment à l’accroche facile et divertissante, à travers un casting attachant et des personnages aux clichés identifiables. Cependant, l’overdose de sucre et les ficelles trop visibles rendent l’ensemble finalement anecdotique : malgré quelques moments de rires, Larguées fait tout juste le job, mais s’oublie vite.

Le pitch : Rose et Alice sont deux sœurs très différentes. Rose est libre et rock n’roll. Alice est rangée et responsable. Elles ne sont d’accord sur rien, à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère, fraîchement larguée par leur père pour une femme beaucoup plus jeune. La mission qu’elles se sont donnée est simple « sauver maman » et le cadre des opérations bien défini : un club de vacances sur l’Ile de la Réunion…

Après la série Connasse, puis le film Connasse, Princesse des Cœurs, Éloïse Lang revient avec Larguées, salué au Festival International du film de comédie de l’Alpe d’Huez 2018 avec le Prix du Public et le Prix d’interprétation féminine pour Camille Cottin. Ce film est également l’adaptation d’une comédie suédoise, All Inclusive, réalisée par Hella Joof en 2014.
Dès le départ, Larguées assume son identité très girly en visant le chick-flick multi-générationnel à travers cette mère quittée par un mari volage et ses deux filles, l’une mère de famille psycho-rigide et l’autre adulescente fêtarde. Comme beaucoup de comédie de ce genre, le film d’Éloïse Lang dessine des personnages à grand coup de caricatures accessibles, prenant le risque de les réduire à des clichés sur pattes. Cependant, Larguées compte bien se nourrir de ce postulat pour proposer une aventure somme toute sympathique et rafraîchissante, autour d’une relation mère-filles orageuses aux fameuses prises de conscience salutaires.

Comme un bonbon bien sucré, Éloïse Lang empile les artifices efficaces : décor paradisiaque, personnages attachants, romances attendues… Les codes s’alignent impeccablement et font de Larguées un divertissement agréable et drôle qui, malgré son caractère hyper prévisible, offre des moments cocasses qui fonctionnent très bien, comme un karaoké mémorable et un duo improbable avec un enfant finalement assez touchant. Conscient des facilités qui s’enchaînent, Larguées les utilise à bon escient en explorant les relations entre chaque personnage, donnant ainsi à cette mère larguée un nouveau départ, tandis que ses filles vont chacune trouver un moyen de se réaliser. La dynamique entre ses femmes est savoureuse, alors que le cadre vacancier invite à l’évasion. Vrai film de nanas, Larguées survole les meilleurs sujets, de l’amour à l’estime de soi, en passant par le rôle de chacune (mère, femme, enfant), les liens familiaux et la sexualité, le tout sans prise de tête ni jugement de valeur. Comme un vrai film de vacances, c’est une parenthèse qui s’ouvre où tout est permis, même le fait de s’exciter à l’idée d’apprendre la chorégraphie d’un club de vacances (je suis passée par là, je connais). Si l’histoire reste très superficielle et romancée, le film d’Éloïse Lang reste néanmoins accessible, tant on peut facilement s’y retrouver et s’amuser grace à sa tonalité moderne, légère et colorée.

Cependant, il y a tout de même quelques points faibles au compteur. Dans un premier temps, je ne peux m’empêcher de remarquer que, pour un film tourné à La Réunion, les personnages de couleurs manquent cruellement à l’appel (à l’heure où on appelle à plus de diversité au cinéma, c’est un peu dérangeant… surtout quand le seul pseudo Antillais est joué par un acteur marocain !). Au-delà de cela, Éloïse Lang avait de quoi faire mieux avec son concept, certes emprunté, mais pas très élevé. Si la simplicité narrative du film permet de livrer une comédie sympathique, c’est également son plus gros défaut : Larguées enfonce des portes ouvertes, surfe sur du déjà-vu/déjà-fait et ne propose rien de vraiment inédit qui permettrait au film de se démarquer et de rester en mémoire. Du coup, le film est aussitôt vu, aussitôt oublié et c’est dommage car la réalisatrice avait déjà réussi à surprendre une première fois avec l’adaptation de sa série Connasse en proposant un film qui avait su créer la surprise grâce à son coté novateur et surtout son mordant. Ici, à défaut de piquant – malgré la présence de Camille Cottin et de son habituel personnage « rock’n’roll » – Larguées préfère un traitement plus passe-partout pour viser large à défaut de viser juste.

Au casting, pour ma part, j’ai beaucoup aimé Miou-Miou (La Monnaie de Leur Pièce, Arrêtez-Moi, Populaire…) et l’approche autour de cette femme d’un certain âge qui redécouvre les plaisirs de la vie après une séparation douloureuse et humiliante. L’actrice est hyper attachante aussi bien dans son rôle de femme que dans son rôle de mère. Autour d’elle, deux Camille pour le prix d’une : Camille Chamoux (Faut Pas Lui Dire, Rupture pour Tous, Les Gazelles…) et Camille Cottin (Telle Mère, Telle Fille, Iris, Dix Pour Cent…) reprennent sans grande surprise leurs personnages habituels, entre mère rigide et femme fêtarde, qu’elles maîtrisent comme une seconde peau. En retrait, Olivia Côte (Embrasse-moi !..) fait partie des seconds rôles, également dans son personnage clownesque habituel révélé par la série Vous Les Femmes. Quelques hommes sont présents : Thomas Scimeca (Les Grands, Le Voyage au Groenland...) traîne ses cheveux gras et un air bougon tout du long, se faisant voler la vedette par l’adorable Elliot Daurat, tandis que Youssef Hajdi (Problemos…) incarne, pour une raison obscure, l’antillais cliché de service. La surprise, c’est de retrouver Johan Heldenbergh (Alabama Monroe, Belgica…), toujours aussi charismatique et étonnant, ici, dans son rôle de séducteur qui lui va bien.

En conclusion, Larguées est une comédie girly et agréable à regarder sans réfléchir, malgré ses ficelles sont trop visibles. Éloïse Lang a su miser sur un casting attachant et une histoire sucrée à découvrir entre copines, mais dans le fond, le coté passe-partout, sans véritable identité ni surprise, rend l’ensemble trop commun et anecdotique. À voir.

4 réflexions sur “[CRITIQUE] Larguées, d’Eloïse Lang

  1. J’ai, contrairement à vous trouvé la une comédie réjouissante. Camille Chamoux excelle dans le rôle de la mère de famille un peu coincée et pleine de principe, Camille Cottin est très nature et Miou Miou obtient là un joli rôle ce qui ne lui était pas arrivé depuis fort longtemps.

    • Je ne dis pas le contraire, je reproche simplement au film de se contenter de la facilité. Si Miou-Miou a effectivement un joli rôle (mieux que dans La Monnaie de leur Pièce !!), mais les deux Camille reprennent le même type de personnage qu’elles ont l’habitude de faire. Éloïse Lang fait un peu le même cinéma que Noémie Saglio : sucré, fastoche mais pas mémorable.

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