[CRITIQUE] Carnivores, de Jérémie et Yannick Renier

Le pitch : Sam est une star de renom. Sa sœur, Mona, est beaucoup plus effacée et surtout moins connue. Elle a toujours rêvé d’être actrice mais sa cadette en est devenue une contrairement à elle. Fragilisée par un tournage éprouvant, Sam propose à son aînée de devenir son assistante, ce qu’elle accepte. Mona y voit une opportunité pour s’immiscer dans sa carrière…

Jérémie et Yannick Renier se lancent dans l’aventure du premier film avec Carnivores, un thriller psychologique autour de la relation complexe entre deux sœurs, l’une, star du grand écran et l’autre, wannabe comédienne. Un sujet évident pour ces deux (demi) frères, puisque le plus jeune, Jérémie, est très connu (L’Amant Double, Saint Laurent, Cloclo…), tandis que l’aîné a une carrière plus discrète mais néanmoins fournie (Patients, Toute de Suite Maintenant…). La rivalité entre frères et sœurs, surtout lorsque l’un connait plus de succès, est un sujet hyper accessible et qui passe toujours bien au cinéma. Les frères Renier ont donc proposé leur version, plus inspirée par le regard des autres que par leurs propres vécus, à travers l’histoire de ses deux sœurs, entre ombres et lumières.

Ce qui était à l’origine une comédie a évolué vers un film plus noir et contemplatif. Carnivores observe la relation toujours tendue entre ces deux sœurs, dans un cadre incertain oscillant entre l’envie palpable de l’une et l’égoïsme las de la seconde. C’est à demi-mots que le film s’étoffe, explorant la vie loin d’être glamour d’une actrice à bout de nerfs, souvent à travers les yeux de sa sœur. Rappelant parfois des films comme Le Rôle de Sa Vie, de François Favrat ou le plus récent Le Prix du Succès de Teddi Lussi-Modeste, Carnivores étonne par la façon dont le récit reste en retrait mais aiguisé. Entre attente et appréhension, le film semble se glisser dans la peau d’un prédateur qui attend patiemment son heure.
Si les frères Renier parviennent à faire vivre l’ambiguïté du film dans sa première partie, la seconde s’effondre malheureusement comme un soufflé. Derrière un pitch aussi commun mais un titre aussi alléchant, il semblait évident que Carnivores allait creuser la noirceur latente dans la relation déjà mise à mal de ces deux sœurs. Cependant, le récit rate son twist qu’il survole complètement dans un saut dans le temps mal dégrossi, avant de s’étaler dans un rapprochement trop prévisible et la réécriture d’une cellule familiale déjà bancale. Malgré un focus certain sur le personnage de Mona (Leila Bekhti), le film n’explore jamais réellement ce personnage complexe. Carnivores laisse deviner certains éléments de réponses mais refuse le récit frontal pour s’éparpiller dans un road-movie obscure. Pire, si les deux sœurs sont au centre du film, leur relation restera floue jusqu’au bout, malgré une conclusion explicite mais dénuée de fondations. Si ressentiment ou jalousie il y a, d’où vient ce sentiment ? Leur mère est-elle responsable ? Est-il question de rivalité sororale qui vire à l’extrême ou de quelque chose de plus noir porté par le personnage principal ? Difficile d’avoir une histoire aussi viscérale quand la relation des frères réalisateurs semblent bien différente. À défaut de pouvoir mettre des tripes sur la table, Carnivores élude l’obscurité du film et ne parvient pas à aller jusqu’au bout de ses idées. 

En restant autant en surface, Carnivores ne propose pas de point de vue et se contente d’observer ses protagonistes emmêlés dans leurs vies à peine bousculées après le twist de mi-parcours. Le film tente de combler les creux et de raviver la flamme en multipliant les effets de style coté réalisation pour semer le trouble. Seulement, si Jérémie Renier assume s’être inspiré du travail de François Ozon, avec qui il a collaboré dans L’Amant Double, le résultat est un peu trop visible. Très (trop) calqué sur l’ambiance du film suscité – dont la thématique n’est finalement pas si éloigné, les frères Renier font face aux pièges classiques du premier film : une vision inaboutie et un style non maîtrisé qui ressemble à celui d’un autre. À cela, il faut bien l’admettre, s’ajoute une histoire sans surprise, dont les ficelles sont transparentes. Carnivores se révèle finalement d’une platitude décevante et prévisible, qui se complaît dans une ambiance contemplatrice et peu maîtrisée, tandis que l’absence de confrontation et/ou de réponse fragilise les ambitions trop vagues du film.

Au casting : Leila Bekhti (Nous Trois ou Rien, Maintenant Ou Jamais, Nous York…) est probablement la valeur sûre. Son talent d’actrice permet de faire grimper l’intensité de son personnage et l’ambiance tendue du film, il faut dire que son personnage est le mieux écrit. Car en face, Zita Hanrot (La Fête Est Finie, Fatima…), malgré une belle présence solaire, se retrouve coincée dans un rôle peu développé et un sous-récit autour d’un film d’auteur alambiqué et sans intérêt. À l’affiche également, Bastien Bouillon (La Prunelle de mes Yeux…), Hiam Abbass (Blade Runner 2049…) et Octave Bossuet (Belle et Sébastien 3…) servent d’accessoires, tandis que Johan Heldenbergh (Larguées…) joue les réalisateurs arty.

En conclusion, malgré une histoire prévisible, j’espérais que Carnivores allait relever les attentes de ce genre de thrillers et proposer un récit plus viscéral que contemplateur. Mais à l’arrivée, le film de Jérémie et Yannick Renier s’embourbe dans l’exercice de style contemplatif, peu maîtrisé et surtout calqué sur le style de François Ozon. Peut-être que la première idée de faire une comédie sur le même sujet était la bonne ? À tenter… vaguement.

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