[CRITIQUE] Underwater, de William Eubank

Huis-clos sous-marin oppressant, Underwater s’inspire de la science-fiction culte pour livrer un survival prenant et efficace. Si la narration tient la route, le film de William Eubank montre ses faiblesses à travers un visuel brouillon qui laisse plus souvent filtrer les nombreux clin d’œil vers Alien et Gravity que les intentions d’angoisse, toutefois honorables, du film.

Le pitch : Une équipe scientifique sous-marine fait face à un tremblement de terre. Sous l’eau, ils vont devoir essayer de survivre.

Repéré au Festival de Sundance en 2014 avec son deuxième long-métrage The Signal, le réalisateur américain William Eubank se voit confier un budget conséquent pour réaliser Underwater, un thriller anxiogène situé dans une station de forage sous-marine. Le film entre dans le vif du sujet, teasant une perte de la notion du temps tout en faisant découvrir le décor d’une station sombre tapie au fond des océans, avant qu’une onde de choc fasse basculer l’apparente tranquillité des lieux. Underwater démarre alors une course contre la montre qui va réunir les survivants pour affronter ce qu’ils pensaient être une catastrophe naturelle avant de découvrir un danger tout autre.

William Eubank pétrit son film dans l’urgence, j’ai aimé la tension immédiate d’Underwater qui expédie l’installation pour mieux nous immerger dans son récit haletant. Le format du film est court – à peine plus d’une heure et demie – mais capitalise sur les dangers multiples qui entourent les personnages, de la pression de l’eau jusqu’à la découverte de la menace alentours.
Simple, mais efficace, Underwater fait rimer frisson et suspens dans une trame linéaire qui va rapidement donner l’impression de voir une version marine du film Life – Origine Inconnue de Daniel Espinosa (2017), qui lui-même rappelait déjà le cultissime Alien – Le Huitième Passager de Ridley Scott (1979). Mais ce n’est pas l’unique objectif de William Eubank qui assume totalement s’être inspiré des œuvres de Ridley Scott et de James Cameron : si le film ne s’épanche pas sur l’introduction des personnages, c’est tout de même à travers son héroïne qu’il va laisser filtrer les secrets enfouis de chacun. Entre deuil et espoir, Underwater va bientôt faire de l’œil au film Gravity d’Alfonso Cuarón alors que le portrait du personnage principal lutte pour la survie de ses pairs, comprenant peu à peu les raisons qui ont poussé ces hommes et ces femmes a littéralement s’isoler au fond des eaux, coupés du reste du monde. Si les références sont évidentes, elle évite surtout au film d’être trop plat dans sa narration, animant ainsi une intrigue suffisante pour s’attacher au sort des personnages et alimenter l’angoisse latente.

Cependant, Underwater ne convainc pas jusqu’au bout. Si le film fait de l’effet et provoque quelques sursauts, c’est visuellement que l’ensemble s’effondre, profitant des fonds marins trop obscures pour délaisser la photographie. En intérieur, l’image est soignée, le choix des costumes rappelle évidemment celui des cosmonautes et offrent des plans intéressants, notamment vu de l’intérieur des casques (rien de nouveau, mais toujours appréciable). Mais quand Underwater passe à l’action, le montage est saccadé et criblé de cuts intempestifs, laissant peu de temps au spectateur pour comprendre ce qu’il voit. Une fois que le film se dessine à révéler son twist, c’est d’un seul coup too much pour être véritablement crédible, donnant l’impression que quelqu’un s’est un peu emballé sur sa palette numérique (ou a peut-être trop regardé de films japonais). Bref, Underwater finit par se laisser déborder par ses intentions, ce qui s’ajoute au manque de cohérence générale si on se focalise dès le départ sur le nombre minuscule de personnages (et l’absence d’aide extérieure) par rapport à la taille de la station sous-marine.

Au casting, après avoir joué les Drôles de Dames des temps modernes, Kristen Stewart (Charlie’s Angels, Personal Shopper, Seberg…) revient à l’angoisse, portant le film sur ses épaules et livrant une version hybride de Ellen Ripley / Ryan Stone courageuse et solide. Autour d’elle, on retrouve le frenchy Vincent Cassel (Hors Normes, L’Empereur de Paris…) en capitaine altruiste, T.J. Miller (Deadpool 2, Ready Player One…) joue la tête brûlée de la bande (avec une petit clin d’œil pelucheux à Deadpool), tandis que Jessica Henwick (Iron Fist, The Defenders…) et John Gallagher Jr. (Peppermint, 10 Cloverfield Lane…) gravitent autour et que Mamoudou Athie (The Circle, Patti Cake$…) s’ajoute à la tradition taboue des films de genre.

En conclusion, j’ai passé un bon moment devant Underwater, un thriller catastrophe frissonnant et angoissant, joliment porté par Kristen Stewart. Cependant, les nombreuses références qui collent au film desserve son originalité, même si, visuellement, j’aurai aimé en voir plus. À voir.

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