Super héros

[CRITIQUE] Supergirl, de Craig Gillespie

Le pitch : Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.

Commençons par le positif : Milly Alcock fait très bien le job et se révèle convaincante et conquérante dans cette nouvelle version de Supergirl, plus moderne, plus rentre-dedans et nettement moins ingénue que la version de 1984 et bien moins vertueuse que son incarnation dans la série de la CW. Son interprétation fonctionne, son tempérament aussi. Malheureusement, tout ce qu’il y a autour peine à être à sa hauteur.
Et il faut bien reconnaître une chose : sortir un film de super-héroïne en 2026, c’est partir avec un handicap.

Le film de Craig Gillespie arrive au moment où les films de super-héros n’ont plus vraiment la cote, alors que le public peine encore à digérer quinze ans de capes et de super-pouvoirs. Si Superman a réussi à tirer son épingle du jeu, Supergirl connaît un accueil bien plus compliqué. Pourquoi ? Parce qu’une partie du fandom continue de juger les super-héroïnes différemment. Physique des actrices, « capital sympathie », polémiques aussi absurdes que des oreilles percées… les débats tournent souvent autour de tout, sauf du film. Il suffit de voir le bashing subi par The Marvels, largement réhabilité une fois arrivé en streaming.
Les studios entretiennent eux aussi ce problème en collant presque systématiquement à leurs héroïnes un arc familial, sentimental ou un féminisme de façade, suffisamment visible pour sembler dans l’air du temps, mais jamais assez assumé pour éviter de froisser un fandom encore très masculin. Résultat : ces adaptations affaiblissent souvent des personnages pourtant bien plus libres et intéressants dans les comics. Pour un Wonder Woman, combien de Madame Web ou de Black Widow se sont plantés avant même de laisser leur héroïne exister ?

Tout ce blabla pour dire que malheureusement, Supergirl ne fait pas totalement exception. Pourtant, le choix de Craig Gillespie avait de quoi rassurer. Entre Moi, Tonya, Cruella ou Pam And Tommy, le réalisateur a prouvé qu’il savait raconter et illustrer des femmes fortes, complexes et profondément ancrées dans leur époque, tout en faisant le pont avec la nôtre. Des personnages qui avaient autant de personnalité que de choses à raconter. Ici, on ne retrouve quasiment rien de cette patte insolente et déterminée.
En réalité, c’est là le principal problème de Supergirl. Le film ressemble davantage à un James Gunn bis qu’à un véritable Craig Gillespie. Après Superman, le nouveau DCU semble déjà s’enfermer dans une seule identité : humour décalé, road trip spatial, bande-son omniprésente et créatures extraterrestres improbables. Difficile de ne pas voir Les Gardiens de la Galaxie derrière cette version de Kara, qui ressemble parfois à la petite sœur de Star-Lord. C’est d’autant plus frustrant que j’aurais aimé voir ce que Craig Gillespie aurait pu apporter à l’univers de Kara, une héroïne à part entière qui n’a plus besoin de son cousin pour exister depuis longtemps. Et pourtant, l’écriture du film ne cesse de rajouter des béquilles à un personnage qui n’en a pas besoin.

Résultat : du début à la fin, Kara évolue très peu. Ou plutôt… elle n’évolue pas, car le scénario passe son temps à empiler des excuses pratiques pour empêcher l’héroïne d’être Supergirl à 100%. Un ou deux soleils qui altèrent ses pouvoirs, des mauvaises rencontres, du poison, un sieste… tout devient prétexte à retarder le moment où elle pourrait simplement régler le problème en deux minutes, parce que, oui, le vilain qu’on lui colle dans les pattes ne tiendrait en réalité pas un seul round face à elle. À force de freiner en continu, l’intrigue avance d’un pas pour immédiatement reculer de trois, donnant surtout l’impression que le film cherche surtout à s’étirer pur justifier son existence.

Au-delà du besoin de sauver Rocket Krypto, le récit s’articule surtout autour de Ruthye, une adolescente bien décidée à venger sa famille. L’idée n’est pas mauvaise, mais le scénario ne fait quasiment rien pour nous investir émotionnellement. Très vite, elle m’a rappelé Maisie dans Jurassic World : Le Monde d’Après. Je viens pour voir des dinosaures (ici, Supergirl) et le film passe son temps à détourner mon attention vers les états d’âme d’une gamine sortie de nulle part, alors que ce n’est absolument pas ce qui m’intéresse. Et voilà que Supergirl ressemble plus à une baby-sitter improvisée qu’à une héroïne ayant son propre parcours à accomplir.

Même constat du côté de la réalisation. Les effets spéciaux donnent l’impression que toute l’énergie de l’équipe VFX est partie dans la création du bestiaire extraterrestre, laissant derrière elle des décors numériques parfois très pauvres. Les différents lieux visités dans le film portent bien leur nom de décors tant ils font vides et factices. Le manque d’imagination se poursuit jusque dans la bande-originale qui fait étrangement penser à celle de Pacific Rim, allez savoir pourquoi.
Les nombreuses scènes d’action manquent d’impact, en partie parce que Supergirl est constamment diminuée, mais surtout parce qu’elles ressemblent souvent à du remplissage. Les interventions de Superman sont ajoutées au forceps, tandis que les flashbacks sur les origines de Kara n’apportent jamais la profondeur recherchée. Si le film de Craig Gillespie tente bien d’aborder le deuil, les sentiments d’abandon et de colère, le sujet reste constamment à la surface, ayant du mal à trouver sa place au milieu de la quête principale de l’intrigue (dont la morale tombe à l’eau vu que Kara finit par se contredire, mais bon…). Quant à l’arrivée de Lobo, et bien… en dehors de tenter de vendre un film solo, il n’apporte rien à la choucroute.

Au final, c’est Millie Alcock qui sauve largement les meubles. Elle incarne une Supergirl attachante, plus rock’n’roll, plus mordante et suffisamment différente pour donner envie de la revoir (en solo, de préférence, mais bon…). Elle aurait pu être un modèle de confiance en soi tant elle affronte toutes ces péripéties sans la moindre inquiétude, mais malheureusement, le film ne croit jamais en son potentiel et l’héroïne-titre doit composer avec un scénario qui préfère la jouer safe plutôt que d’exploiter toutes les capacités extraordinaires de son personnage. Vu l’échec du film au box-office, je pense que la présence de Kara dans Man of Tomorrow (Superman 2) va être fortement réduite. Dommage.

Au casting, bien que j’en ai déjà pas mal parlé : Milly Alcock (Sirens, House of the Dragon, Superman…) qui tient le rôle titre et confirme qu’elle était un excellent choix pour incarner Kara, accompagnée d’une jeune Eve Ridley (The Witcher, Le Problème à 3 Corps…) un poil moins convaincante. Face à elles, Matthias Schoenaerts (The Regime, The Old Guard 2, Amsterdam…) campe un super-méchant sans réelle motivation autre que d’être méchant – franchement, ce niveau d’écriture en 2026 c’est plus que gênant ! – tandis que Jason Momoa (Fast and Furious X, Minecraft, Aquaman et le Royaume Perdu…) s’incruste dans le DCU en recyclant encore la même partition, cette fois avec le maquillage d’une groupie de Kiss et l’énergie du tonton un peu trop bourré qui monopolise les repas de famille. Certains adoreront, perso j’ai du mal.

En conclusion, Supergirl est un divertissement qui se regarde sans déplaisir, mais qui ne parvient jamais à exploiter pleinement son héroïne ni le talent de son réalisateur Craig Gillespie. Milly Alcock mérite largement une seconde chance… quand les studios oseront enfin croire au potentiel de leur(s) super-héroïne(s). À voir.

PS : pas de scène bonus.

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