[CRITIQUE] Adoration, de Fabrice du Welz

Parenthèse réchauffée par un été sur le déclin, Adoration suit la fuite amoureuse de deux adolescents, entre dérive et fascination. Fabrice du Welz livre un drame à la fois solaire et trouble, captant l’impulsivité et la liberté significative d’un âge où tout est possible et en même temps trop réel. Adoration est une échappée belle et impossible, qui semble vouloir renouer avec la pureté et l’innocence des sentiments amoureux, même les plus instables.

Le pitch : Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes…

Dans la religion, l’adoration est le fait de vouer un culte sans borne à Dieu. Dans un contexte plus générale, cela implique un état forcément irrationnel, incontrôlable et plus fort que le simple amour. Et pourtant, de nos jours – tout comme la notion même de l’amour – l’adoration est galvaudée et utilisée à toutes les sauces, d’une marque de parfum à une expression de contentement, « J’adore » est devenu commun.
Faisant une nouvelle pause dans le cinéma de genre, Fabrice du Welz (Message From The King, Colt 45…) pour clôre justement sa trilogie ardennaise après Calvaire et Alleluia avec Adoration, un drame aux accents de suspens et de romance solaire. Niché dans une nature indomptée, le film narre la rencontre entre deux adolescents : l’un, fils de psychiatre, vivant dans l’institut où travaille sa mère, l’autre, une adolescente colérique internée par ses parents. Entre jeux d’enfants et premiers émois, le film choisit le point de vue du jeune garçon pour observer une fascination naître grâce à l’incursion soudaine dans sa bulle tranquille et trop sage. Le tempérament impétueux de l’adolescente bouscule la tranquillité ambiante, les opposés s’attirent et dans un monde trop brute, trop vide et trop réduit, la rencontre entre ces deux personnages du même âge va provoquer une amitié immédiate et interdite. Seule issue possible : la fugue.

Rapidement, le tableau posé du film s’anime lorsque ces deux mondes entrent en collision, l’un dominant l’autre par ses émotions débordantes. Au fil d’une course sans ligne d’arrivée, Adoration fleure bon la liberté et l’innocence, comme une belle parenthèse estivale où les responsabilités disparaissent avec les remous du fleuve qui longe les abords des paysages ardennais. Fabrice du Welz ne cherche rien de plus que l’histoire qu’il étire, se plaisant à sublimer une histoire linéaire bousculée par des interactions avec le monde des adultes qui viennent peu à peu fissurer la bulle bienheureuse. La bonhomie ne dure pas car évidemment le caractère instable de la jeune fille vient perturber la trame, et pourtant, le film reste coller aux émotions de son héros, pétri d’amour, d’admiration et de crainte pour sa belle. De la hauteur d’adulte, on perçoit la simplicité d’un petit garçon, confiné avec une mère tristoune dans un endroit sinistre, qui se laisse dépasser par les événements. La fugue est une échappatoire irréelle, résonnant avec une volonté de petit homme : celle de vouloir sauver cette jeune fille à défaut de pouvoir sauver sa mère. L’ensemble est touchant et d’une naïveté maîtrisée pour faire d’Adoration un joli récit mélancolique, gratinée par la pellicule 35mm qui lui donne des faux airs de films de vacances.

Au casting : Thomas Gioria (Jusqu’à La Garde) et Fantine Harduin (Dans La Brume, Happy End…) portent le film et sont formidables de justesse. Autour d’eux, quelques visages connus complètent une partition douce, dont Benoît Poelvoorde (Au Poste !, Le Grand Bain…).

En conclusion, après un film d’action en demi-teinte, Fabrice du Welz me réconcilie avec son cinéma linéaire, cette fois en assumant son caractère plus contemplatif qu’il soigne dans un tableau poétique et doucereux. Adoration est un film rafraîchissant, pas forcément mémorable mais conquérant le temps de la séance. À voir.

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