Thriller

[CRITIQUE] Trap, de M. Night Shyamalan

Le pitch : 30 000 spectateurs. 300 policiers. Un tueur. Cooper, père de famille et tueur en série, se retrouve pris au piège par la police en plein cœur d’un concert. S’échappera-t-il ?

À peine un an après l’étonnant Knock At The Cabin, le réalisateur prolifique M. Night Shymalan (Old, Glass, Split, The Servant…) revient avec Trap, un thriller psychologique où il explore une facette sombre et torturée à travers le personnage de Cooper, un père de famille qui cache son côté sinistre, alors qu’il assiste à un concert pop avec sa fille ado. La promesse est alléchante et annonce une forme de huis-clos intriguant entre traqueurs et traqué. Malheureusement, malgré quelques éclairs d’intensité, le film peine à maintenir un rythme captivant.

M. Night Shyamalan embrasse sa “Taylor Swift era” et nous immerge dans  une esthétique influencée par la culture pop actuelle, ce qui détonne avec l’aspect thriller de son film. Pourtant, l’idée est intéressante, quand on sait que les concerts se déroulent dans une pénombre calculée et sont entourés de coulisses et de couloirs mystérieux (car le commun des mortels n’y accèdent pas). Cependant, Trap s’éprend de la mise en scène de son concert prolongé et superficiel (*tousse* sûrement pour mettre en avant les talents de sa fille *tousse*), imitant les simagrées d’une foule adolescente surexcitée qui a tendance à prendre le pas sur la première partie du film. Ce choix discutable dilue l’impact potentiel du thriller, reléguant l’intrigue principale au second plan derrière des séquences musicales sans réel intérêt.

Heureusement, le protagoniste entre rapidement en scène. Trap ne laisse aucun mystère quant à sa véritable nature et initie rapidement un jeu du chat et de la sortie dès lors que le héros se découvre en danger. Alternant le rôle du papa poule avec beaucoup d’exagération et celui du psychopathe à l’affût d’une issue de secours, le film se prend les pieds dans le tapis au fur et à mesure qu’il interagit avec des personnages secondaires à la docilité suspecte. Si cela permet de faire avancer l’intrigue, tout devient trop simple et trop facile alors que le film écume des PNJs (personnages non jouables en langage de jeux vidéos) aux réactions trop prévisibles et commodes. La crédibilité de Trap bat de l’aile de minutes en minutes, tandis que le concert s’éternise et que l’intrigue tourne en rond, ponctuée par des interventions audios d’une pseudo-profiler quasi-invisible.

Il faudra attendre plus de la moitié du film pour que l’histoire reprenne du poil de la bête, au détour d’un twist mollasson qui délaisse sans effort son cadre vain.  Le véritable jeu du chat et de la souris, promis par le synopsis, ne s’anime réellement que dans les derniers moments du film. Les trente dernières minutes offrent enfin une dose d’adrénaline et une exploration plus profonde de la noirceur du personnage principal, toujours en le juxtaposant avec son alter-ego paternel et bien trop caricatural.
Seule consolation reste la petite prouesse technique de faire une mise en scène prenant place au cours d’un concert
: j’apprécie le mixage sonore et l’impression réussie que l’événement à réellement lieu, grâce à des chansons dont certaines sont sympathiques et la gestion impressionnante des figurants.

Trap parvient à s’échapper in extremis à la malédiction Shyamalan (Phénomènes, After Earth…), grâce à des touches d’humour noir bienvenues et à la performance solide de Josh Hartnett sur la ligne d’arrivée. Cependant, ces éléments salvateurs ne suffisent pas à masquer les lacunes d’un récit qui semble hésiter entre la profondeur psychologique et une mise en scène superficielle.

Au casting justement, si Josh Hartnett (Oppenheimer, Un Homme en Colère, Operation Fortune…) semble s’amuser comme un petit fou dans son rôle aussi sombre que perché (tout en ressemblant de plus en plus à l’insupportable Channing Tatum – mais avec plus de talent), autour de lui Ariel Donoghue (Wolf Like Me…) remplie son rôle de simili-Swiftie et Saleka Shyamalan étale ses talents de chanteuse à n’en plus finir (merci papa).
On retrouve également Hayley Mills (Unforgotten, Compulsion…) en profileuse inutilement énigmatique, parvenant surtout à soulever un point d’interrogation sur les relations que peut entretenir le réalisateur et la notion de psychologie…), ainsi qu’Alison Pill (American Horror Story, Miss Sloane…) et même un caméo de Kid Cudi. Et bien sûr, comme dans tous ses films, le réalisateur lui-même s’offre un petit rôle.

En conclusion, Trap souligne une fois de plus que M. Night Shyamalan n’excelle que quand il parvient surprendre, mais peine quand il se perd dans ses propres choix artistiques. L’auto-production semble ici restreindre la vision critique externe qui aurait pu polir et améliorer le produit final. À nouveau, le réalisateur survend une coquille vide qu’il étire jusqu’à l’épuisement, avant de recourir à la pirouette bien commode pour emballer un film bâclé et vain. Dommage… Ou alors tout cela n’était qu’une façade pour lancer la carrière d’une autre de ses filles (après avoir introduit une première avec le navet film Les Guetteurs). Après tout, en étudiant les crédits des films de M. Night Shyamalan, son nom de famille revient régulièrement (cool pour eux, potentiellement chiant pour nous). Bref, à tenter… pour échapper à une vague de chaleur, éventuellement…

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