[CRITIQUE] Old, de M. Night Shyamalan

Le pitch : En vacances dans les tropiques, une famille s’arrête pour quelques heures sur un atoll isolé où ils découvrent avec effroi que leur vieillissement y est drastiquement accéléré et que leur vie entière va se retrouver réduite à cette ultime journée.

Ayant de nouveau le vent en poupe depuis le succès de Split en 2017, précédé par The Visit deux ans auparavant, M. Night Shyamalan reprend ses habitudes boulimiques et livre un nouveau film deux ans après Glass, période pendant laquelle il a également showrunner la série Servant sur Apple TV. Prolifique, oui, mais attention, il y a presque vingt ans le réalisateur avait déjà la confiance des studios et avait enchaîné les projets devenant tous plus médiocres les uns que les autres après Le Village (2004), jusqu’à un After Earth (2013) catastrophique. Alors si M. Night Shyamalan semble avoir retrouver du poil de la bête, je reste méfiante face aux bandes-annonces alléchantes de ces films, me rappelant qu’après le génial Split il y a eu le décevant Glass.

Old est l’adaptation d’un roman graphique, Château de Sable, écrit par Pierre Oscar Lévy et Frederik Peeters – le réalisateur en a lui-même adapté le scénario. Sur grand écran, Old a tout d’un thriller fantastique intriguant et angoissant, qui tient ses promesses dès que les personnages sont confrontés à l’impossible. Grâce à une poignée de protagonistes, M. Night Shyamalan maintient une tension avide alors que le temps presse – littéralement – et commence à avoir des conséquences dramatiques. Enfants qui grandissent à vue d’œil et maladies qui évoluent à vitesse éclair, le film compote un piège réjouissant et haletant, faisant l’effet d’un huis-clos en plein air. En effet, ce petit bout de plage paradisiaque devient rapidement un enfer cloisonné par une nature hostile qui va influencer les échanges, voire les envenimer.
M. Night Shyamalan pose un regard inquisiteur sur ces personnages qui se révèlent avec le temps, se nourrissant de leurs peurs intimes et de leurs secrets, sous un soleil de plomb et une photographie aride, comme sous l’effet halluciné d’une insolation. Old se repait de la paranoïa inhérente à son intrigue, attise la curiosité du spectateur et étire son fil conducteur au maximum, entre science-fiction et folie. Si bien qu’on pardonne presque les trous scénaristiques ou certaines explications bancales sur les effets du temps sur les personnages (qui passent un bon moment sur la plage sans rien remarquer, puis d’un coup, tout s’accélère après la découverte d’un corps), c’est bien parce que le film nous tient par les tripes avec sa saveur simili-Hitchcockienne, donnant envie de savoir le pourquoi du comment.

Et arrive le moment où il faut terminer le film. Avec un spécialiste des fins aléatoires comme M. Night Shyamalan, il faut se préparer à tout (Phénomènes, ce trauma…). Si Old se boucle avec un twist, c’est certainement l’issue imprévisible qui a été retenue mais qui, encore une fois, détonne avec l’atmosphère surnaturelle et fataliste qui règne pendant tout le film. Sans décevoir, Old laisse un effet en demi-teinte une fois le générique final engagé : l’ensemble est captivant, neuf et enthousiasmant mais la fin reste en dessous des effets conquérants du film, comme si le soufflé retombait soudainement alors qu’il avait si bien tenu après la sortie du four. M. Night Shyamalan s’accroche encore et toujours à ses travers, à savoir composer des personnages et les animer jusqu’à plus soif, s’amusant à griller les plus encombrants comme un sadique pointerait une loupe sur une fourmi en pleine canicule. Oui je sais, ça fait beaucoup de métaphore en si peu de phrases, mais c’est ce que m’inspire ce réalisateur : il y a l’idée et l’envie, mais cela ne suffit pas pour aboutir à un ensemble convaincant jusqu’au bout car M. Night Shyamalan ne cesse de s’éparpiller dans ses essais de style, entre les émotions de ses personnages et ses intentions en tant que scénariste et réalisateur. Résultat, Old est un étrange fouillis, saisissant mais inabouti.

Au casting : Gael Garcia Bernal (Cuban Network, Coco, Si Tu Voyais Son Cœur…) et Vicky Krieps (Millénium : Ce Qui Ne Me Tue Pas, Phantom Thread…) sont en tête d’affiche, portant le modèle familial classique qui tient par des bouts de scotch, accompagné par Rufus Sewell (The Father, The Man in the High Castle…) et Abbey Lee (The Neon Demon, La Tour Sombre…) dans le rôle du « power couple » dévoré par ses secrets et les apparences, tandis que Nikki Amuka-Bird (My Lady, The Laundromat…) et Ken Leung (The Night Shift, Industry…) ont le double lot d’incarner les minorités ethniques et l’image du couple plus sensible. Trois tableaux significatifs dont les rôles vont mouvoir au fur et à mesure que les événements s’installent, les uns permettant de stabiliser les autres et ces derniers illustrant la perte de repères inévitables dans ce contexte aussi incompréhensible qu’effrayant. Un casting varié et accessible auquel s’ajoute Alex Wolff (Jumanji: Next Level…), Thomasin Mckenzie (Jojo Rabbit…) et Eliza Scanlen (Le Diable, Tout Le Temps…), tandis que M. Night Shyamalan s’autorise, comme souvent, un petit rôle (il joue le chauffeur).

En conclusion, M. Night Shyamalan livre un thriller plutôt efficace, qui tient rapidement en haleine et parvient à ménager ses effets pour surprendre. L’ensemble est relativement satisfaisant mais en y regardant de plus près, Old s’évente en cours de route jusqu’à un dénouement anti-climatique, desservi par un trop plein d’intentions pas toujours maîtrisées. Ceci étant dit, je pense que Old aurait fait une très bonne série – ou un meilleur film entre les mains d’un autre. À voir.

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