After Earth : Une promenade en forêt sans intérêt

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Avec le temps, M. Night Shyamalan est devenu une référence… en matière de déception. Oubliée, la période d’or où son nom était sur toutes les lèvres après Sixième Sens en 1998 et Incassable en 2000. Le vent a tourné et nous avons eu le droit à des œuvres plus discutables (Signes en 2002, puis Le Village en 2004), puis d’autres vraiment mauvaises (Phénomènes en 2008). Malgré tout, Shyamalan ne renonce pas, après avoir produit le navrant Devil (2010) et réalisé Le Dernier maître de l’air la même année, il enfonce le clou et s’associe au clan Smith (sic) pour nous servir le dernier né : After Earth. Prévisible, geignard et inintéressant au possible, After Earth ne fait même pas l’effort d’essayer de surprendre et s’empêtre dans du déjà-vu mollasson. Noyé sous un flot de dialogues interchangeables et balisés, After Earth se plante en beauté avec ce duo père-fils fadasse et moralisateur qui fatigue bien plus qu’il ne captive…

Le pitch : Après un atterrissage forcé, Kitai Raige et son père, Cypher, se retrouvent sur Terre, 1000 ans après que l’humanité a été obligée d’évacuer la planète. Cypher est grièvement blessé, et Kitai s’engage dans un périple à haut risque pour signaler leur présence et demander de l’aide. Il va explorer des lieux inconnus, affronter les espèces animales qui ont évolué et dominent à présent la planète, et combattre une créature extraterrestre redoutable qui s’est échappée au moment du crash.
Pour avoir une chance de rentrer chez eux, père et fils vont devoir apprendre à œuvrer ensemble et à se faire confiance…

Grâce à un scénario qui tient sûrement sur un post-it, After Earth s’empresse de dresser un décor succinct et d’éliminer rapidement tout ceux qui se trouvent sur le chemin des Smith. En cinq minutes top chrono, le film fait un rapide flash-back sur les derniers jours de la Terre avant d’introduire la famille de nos héros, gouvernée par Dieu le père Will Smith (le premier a avoir réussi à être invisible face aux monstres créés par des aliens (absents) qui reniflent la peur des humains, tout un programme…). Dès le départ, le piédestal sur lequel est posé ce dernier est légèrement agaçant et offre un bon aperçu de ce qui nous attend. After Earth poursuit son avance rapide en nous entraînant dans un voyage vers une planète obscure qui se terminera en crash sur notre jolie planète devenue inhabitable pour l’homme (pourquoi ? mystère…). Jusque là, on peut penser que le meilleur est peut-être encore à venir, bien que, comme d’habitude, Shyamalan ne prend même pas la peine de mettre en scène le plus intéressant et cache ce qui nous intéresse (le crash par exemple) par des subterfuges d’apprenti. Du coup, on ne voit rien. Première frustration.
Pour faire simple, la majeure partie du film se résume en un mot : Jaden. Jaden grimpe sur une falaise, Jaden court, Jaden a peur, Jaden pleure, oops Jaden est malade, Jaden dort (comme si c’était le moment !), Jaden vole, Jaden court encore alors qu’il n’a plus assez de fluide pour pouvoir respirer l’air sur Terre (et oui), ouh lala Jaden est tout chafouin à cause de son papa… Que d’émotions ! Petit homme deviendra grand, comme veut nous faire comprendre After Earth, qui poursuit son parcours facile et attendu en surfant sur le thème chéri des cinéastes, à savoir le passage à l’âge adulte. Ici, l’enjeu est d’autant plus compliqué pour le gamin, vu que son papounet est un héros respecté et qu’il veut lui prouver qu’il est à la hauteur. Afin de guider le petit Jésus notre héros sur Terre, son père sera la voix de la sagesse, le guidant à chacun de ses pas (grâce à une caméra magique qui lui permet de suivre à distance et en image l’avancée de son fils) et l’abreuvant de paroles ô combien moralisatrices sur le besoin d’affronter et de vaincre ses peurs (surtout à cause du monstre renifleur de peur qui rôde dans les parages).

Tout cela aurait pu fonctionner et transformer le tout en un film agréable et impressionnant, si seulement il n’y avait pas eu de nombreux défauts. Tout d’abord, After Earth nous promettait une aventure périlleuse dans un monde hostile pour au final ressembler à une randonnée rapide en forêt, sous un climat capricieux (parfois il fait très froid – un point météo est toujours utile en voyage). Coté action, on repassera car en dehors des crises de panique de notre jeune héros et de rares rencontres avec la faune locale, on s’ennuie ferme. Où sont passées les créatures qui ont soi-disant évoluées pour tuer les humains ? Elles devaient probablement être en RTT le jour du tournage, quoiqu’il en soit, en dehors d’une bande de singes méchants et de gros félins mangeurs de poussins (temps d’apparitions : 30 secondes), il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent.
Ensuite, la relation père-fils ne propose absolument rien de nouveau. Oscillant entre l’assistance sanitaire à distance et des monologues pesants, les deux seuls personnages du film évoluent chacun dans leur coin, n’osant qu’une seule confrontation bâclée et finalement stérile, puisqu’elle ne sert qu’à introduire un événement, au lieu d’enfin mettre les points sur les i. Si l’un tente de prouver qu’il a l’étoffe d’un acteur polyvalent en exhibant toutes les émotions de son répertoire avec un naturel peu convaincant, l’autre y croit dur comme fer, sans pourtant parvenir à nous toucher une minute (et ce, malgré une intervention chirurgicale qui pourrait faire pâlir McGyver de jalousie). After Earth nous offre des personnages caricaturaux et superficiels qui auraient mérités d’être approfondis. Ce manque aurait pu être excusable s’il y avait quelque chose à sauver du film, mais bon…
Et enfin, derrière la caméra, tout fout le camp. En plus d’un scénario téléphoné et sans surprise, Shyamalan et son équipe ne se foulent ni sur la mise en scène ni sur la partie artistique du film. En effet, pour un film qui se déroule dans un monde post-apocalyptique, le minimum aurait été de travailler un chouilla sur les décors et sur la photographie. Ici, en dehors de quelques effets spéciaux brumeux, After Earth se contente d’une carte postale des différents lieux de tournages (Etats-Unis, Costa Rica…), alors que certains plans auraient pu être fantastiques. Et pour couronner le tout, la bande-originale du film ne cesse de s’enflammer dès le moment où nos héros posent les pieds sur Terre. Pourtant agréable à l’écoute, elle ne fait que renforcer le sentiment grandissant de s’être, encore une fois, faits avoir par un film de M. Night Shyamalan…

Au final, After Earth partait d’une bonne intention mais ne va pas au bout de ses idées. Partant déjà avec un bel handicap (la mafia Smith / Shyamalan), le film manque d’ambition et d’originalité au bout de quelques minutes, si bien qu’il devient complètement transparent. Pire, l’absence de sincérité est palpable, rendant le résultat très froid et peu dynamique, notamment à cause de ses personnages trop souvent impassibles et à la gestuelle robotique. Grandiloquent et fade, After Earth s’étire comme une âme en peine, pour finalement déclarer forfait cinq minutes avant la fin, en bâclant le tout comme si rien ne s’était passé.

Au casting, ça va être rapide. D’un coté, nous retrouvons Monsieur-je-suis-trop-bien-pour-jouer-Django Will Smith, anciennement acteur sympathique et aujourd’hui agent artistique (pour son fils), dans un rôle décevant et en retrait. De l’autre, Jaden Smith montre qu’il est un bon élève studieux et tente clairement de prouver qu’il n’est pas qu’un « fils de ». Malheureusement, son air appliqué ne réussit pas à le rendre attachant et quand on est le personnage principal d’un film, c’est problématique.

En conclusion, passez votre chemin. After Earth ne vaut pas le détour.

You and I, son, are going to rule the world...

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4 réflexions sur “After Earth : Une promenade en forêt sans intérêt

  1. D’ailleurs le scénario est tellement naze qu’ils ont été obligé de prendre des références dans alien : la bave du monstre qui tombe du ciel, une seule poche d’air accessible sous l’eau, le monstre qui agrippe le pied, qui reprend de l’élan sous l’eau et revient essayer de choper le ptit dans le seul axe de sortie, les sauveteurs qui ouvre la carlingue de l’extérieur au chalumeau, … regardez bien les plans c’est ouf d’en arriver là, abusé !!

  2. Et ben moi, cette déception, elle me saoûle grave, même si c’était prévisible… J’ai besoin d’un bon film de SF, stat!
    *Main en visière sur l’horizon*.
    Merci pour la review. 🙂

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