[CRITIQUE] Glass, de M. Night Shyamalan

Dès Split, M. Night Shyamalan avait initié un lien vers Incassable, un de ses premiers succès en 2000. Si la surprise avait ravi les fans du premier film, Glass restait assez flou quant à la tournure qu’allait prendre les événements. À l’arrivée, M. Night Shyamalan déçoit en renouant avec ses vieux travers : installations laborieuses, trame nébuleuse et mystification inutile, Glass passe non seulement à côté du potentiel de ses trois personnages phares mais également à côté d’un point de vue original en prenant la mode super-héroïque à contre-sens. L’ensemble vire rapidement au sens intérêt et le fait de teaser un opération plus vaste pour appâter le chaland et vendre un prochain film rend Glass encore plus vain. Dommage.

Le pitch : Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Comme je l’avais dit dans ma critique de Split, cela faisait longtemps que je ne fondais plus d’espoir véritable sur le cinéma de M. Night Shyamalan. Et pourtant, si The Visit s’était avéré étonnant à travers son twist final, Split était une excellente surprise noire et sous tension, mettant en scène un James McAvoy bluffant et en proposant une théorie élaborée sur les capacités extraordinaires de certaines maladies mentales. Un traitement intéressant et dans l’air du temps alors que le cinéma aime souvent s’interroger sur l’intelligence boostée par certaines afflictions psychologiques (stress post-traumatique, dédoublement de personnalité, autisme…). Pour ma part, la scène finale de Split qui faisait un lien avec Incassable ressemblait plus à du fan service et ne nécessitait pas forcément un film rassemblant les deux, mais hey ! Je ne maîtrise pas Hollywood n’est-ce pas ?

Toujours est-il que deux ans plus tard, Glass débarque sur nos écrans, prêt à confronter ses trois personnages aux particularités extraordinaires dans un film d’anti-super héros au potentiel alléchant. La première partie renoue avec David (Bruce Willis) et les personnalités multiples interprétées par James McAvoy, autour d’une traque similaire aux prémices de Split, pour mieux justifier la rencontre. Mais c’est lorsque nos trois héros se retrouvent sous la coupe d’une psychiatre énigmatique que les choses se corsent.

D’un côté, l’approche autour leurs capacités est intéressante : le parallèle avec les super-héros est bien vu, le questionnement sur les crises identitaires de chacun ajoute de l’eau au moulin de façon efficace. M. Night Shyamalan semble se poser les bonnes questions et offrir une réflexion à contre-courant des vagues de films super-héroïques qui pullulent sur nos écrans. De l’autre côté, Glass s’éparpille. Si certains avaient pointé du doigt le fait qu’on ne voyait pas toutes les personnalités de Kevin dans Split, dans Glass cela devient un gimmick sur-exploité, ce qui a tendance à amoindrir la performance de James McAvoy et ses effets. De plus, les autres personnages passent en retrait – surtout celui de Mr Glass, ironiquement. Mais le plus désolant, c’est qu’une fois le spectacle des Kevin & co digéré, c’est le constat d’une intrigue générale qui tourne en rond : Glass s’étale dans des blablas creux au lieu de proposer du démonstratif, ajoute un soupçon de mystification sur le tard pour faire semblant d’étoffer ses ambitions et se rate incroyablement avec un final pourtant attendu mais qui tourne beaucoup trop court. Le film babille de façon interminable sur les capacités des uns et des autres sans pour autant les confronter en dehors de quelques passages qui ont plus l’allure de running gags que de ressorts narratifs.

Glass est décevant. M. Night Shyamalan dépoussière l’aura de son dernier véritable bon film (Incassable, donc) pour espérer capitaliser dessus en teasant une explication plus globale. Ça m’a un peu fait l’effet de Spectre, le dernier James Bond, où le méchant du film débarqué de nulle part annonce que c’était lui derrière les événements de Casino Royale et Skyfall, ce qui décrédibilisait l’impact qu’on eut des méchants comme Le Chiffre ou encore Raoul Silva sur notre agent 007 préféré. Avec Glass, c’est pareil : en plus de desservir son personnage phare (et les autres), M. Night Shyamalan perd tout l’attrait créé dans Split qui évoluait dans une atmosphère à la fois noire et frissonnante, tout en ruinant tout le travail fait sur Mr Glass et son cerveau brillant, capable de créer des puzzles hyper élaborés. Le film vogue dans une ambiance incertaine bien en-dessous des thrillers psychologique dont il découle, avec une aspiration vaguement réfléchie sur la particularité qui lie ses personnages et semble, tout bonnement avoir été fait pour redorer le blason du réalisateur depuis longtemps en perte de vitesse. Voir tant de bonnes idées gâchées dans cet ensemble soporifique, terne et sans charme, malgré un cast aussi imposant et des premiers films qui possédait un univers bien réel, c’est tout simplement décevant. Comme ses précédents films, avant The Visit, M. Night Shyamalan sert un opus inabouti qui manque de profondeur malgré des fils conducteurs très denses mais qui alourdissent considérablement l’intrigue au lieu de la rendre plus intéressante, puisqu’une fois le blabla terminé, force est de constater que Glass n’est qu’une coquille vide.

Au casting justement, chacun fait de son mieux pour se montrer convaincant à travers une intrigue peu aboutie : James McAvoy (Atomic Blonde, X-Men : Apocalypse, Trance…) satisfait l’opinion publique en montrant (trop) l’éventail des personnalités qui cohabitent dans son personnage, l’acteur est comme toujours, fantastique à chaque interprétation, mais l’intérêt de ce spectacle n’est pas aussi percutant que dans Split. Bruce Willis (Death Wish, Acts of Violence, Sin City : J’ai Tué Pour Elle…) fait le job mais l’utilité de son personnage complètement sous-exploité reste à discuter (surtout quand on voit ce que le film lui réserve au final), tandis que Samuel L. Jackson (Avengers – Infinity War, Hitman and Bodyguard, Kong : Skull Island…) est également convaincant mais son personnage sombre aussi dans la même nébuleuse qui entoure ses acolytes. Autres retrouvailles, Anya Taylor-Joy (Le Secret des Marrowbone, The Witch…), Charlayne Woodard (Pose, Urgences…) et Spencer Treat Clark (Much Ado About Nothing…) reprennent du (fan) service – même si le retour de ce dernier était sympathique, vu qu’il a grandi avec le personnage qu’il jouait enfant. La grande nouvelle dans ce film, c’est Sarah Paulson (American Horror Story, Ocean’s 8, Pentagon Papers…), encore une actrice remarquable qui fait de son mieux pour rendre son personnage crédible malgré tout.

En conclusion, je ne savais pas quoi attendre de Glass tant les univers d’Incassable et de Split me semblaient différents. À l’arrivée, M. Night Shyamalan réunit ses meilleures idées en un seul film mais n’arrive pas à en tirer un thriller à la hauteur des opus précédents. Si le postulat de départ de Glass était bien vu (sont-ils des super-héros ou y a-t-il une explication plus rationnelle ?), l’ensemble est mal développé, indécis et brouillon, tandis que le fait de teaser un arrière-plan plus mystérieux fait l’effet d’un coup de grâce qui, selon moi, enterre tout l’intérêt généré par ces personnages, dans une dernière tentative capitaliste pour vendre un prochain film. Au final, M. Night Shyamalan refait du M. Night Shyamalan : un sujet alléchant pour un résultat creux et vain. Venant d’un réalisateur qui nous avait pondu un film ou le vent tuait les gens, finalement, ce n’est pas étonnant. À éviter, il vaut mieux revoir Incassable et Split séparément, puis oublier le reste.

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