Comédie, Romance

[CRITIQUE] L’Amour C’est Surcoté, de Mourad Winter

Le pitch : Diagnostiqué “nul avec les meufs” depuis son plus jeune âge, Anis mène une existence charnelle placée sous le signe du calme plat. Trois ans jour pour jour après la perte d’Isma, son meilleur ami et mentor, il prend son courage à deux mains et se décide enfin à sortir faire de nouvelles rencontres. Sauf qu’en abordant Madeleine, Anis ignore que débute une grande aventure. Un truc inattendu. Un truc qui s’appelle “l’amour”.

Pour son premier long métrage, Mourad Winter adapte son propre roman L’Amour C’est Surcoté (paru en 2021), et livre une comédie romantique drôle, touchante et résolument ancrée dans son époque. Loin des romcoms trop lisses et trop parisiennes, il signe un film aux accents populaires, porté par un langage franc du collier et une sensibilité à fleur de peau. Une œuvre qui préfère la sincérité à la séduction, et qui raconte le parcours d’un jeune homme largué sentimentalement, décidé à se reprendre en main tout en tentant de faire la paix avec un deuil mal digéré.

Ce qui marque d’entrée, c’est ce ton populaire, ce phrasé banlieusard assumé et un peu brut qui pourrait choquer les non-initiés. Mais derrière l’humour, derrière le côté un peu “teubé” (mais jamais con), se cache un vrai film sur la pudeur émotionnelle, notamment celle des hommes. En effet, alors que L’Amour C’est Surcoté se focalise en premier lieu sur la rencontre entre Anis et Madeleine, Mourad Winter signe une parenthèse touchante dans un univers où les sentiments sont des trucs qu’on planque derrière des vannes bien grasses ou un silence gêné. Et au milieu, il y a le deuil, l’absence et les regrets qui se glissent entre les scènes, comme des fantômes familiers.

À travers des souvenirs qui filtre en surface, Mourad Winter montre les limites du stéréotype masculin des quartiers, si peu habitué (ou autorisé ?) à exprimer ses émotions que l’amour devient une partie d’échec aussi complexe que le deuil. Entre ce qui aurait pu être dit ou éviter, L’Amour C’est Surcoté cherche des réponses sous les strates d’humour et de sentiments refoulés. C’est justement là que le film trouve son humanité. Dans un monde où la vanne sert souvent de carapace, L’Amour C’est Surcoté joue la carte d’un réalisme désarmant. Brut, un peu régressif par moments, mais toujours sincère, le film s’appuie sur une galerie de personnages « nature peinture », ni lisses ni parfaits, qui n’ont pas peur de franchir la ligne jaune pour mieux exposer leurs failles. Mourad Winter n’évite pas les sujets sensibles – religion, transidentité, préjugés sociaux – mais les aborde frontalement, avec un humour grinçant, jamais gratuit.

À mi-chemin entre Narvalo et un épisode de Serge le Mytho qui aurait viré sensible, le film réussit à faire cohabiter le rire et la douleur, sans jamais surjouer l’un ou l’autre. Les dialogues sonnent vrais, les personnages sont gauches, frontaux, parfois limites, mais toujours profondément humains. Le film ose les sujets touchy, souvent considérés comme tabous ou sensible chez les bien-pensants pour une romcom. Sous ses airs décontractés, L’Amour C’est Surcoté capte avec finesse un instantané de la masculinité contemporaine — sans posture militante ni grand discours idéologique. Juste des êtres humains paumés, coincés dans des normes de genre trop rigides et un contexte social trop codifié. Et au milieu, l’envie d’avancer, et pourquoi pas à deux ?

Au casting : Hakim Jemili (Tapie, Validé, Chasse Gardée…) et Laura Felpin (Bref 2, Joli Joli, Le Flambeau : Les Aventuriers du Chupacabra…) portent le film dans un duo conquérant, léger et sincère. Autour d’eux, on retrouve l’humoriste Benjamin Tranié (Nous, Les Leroy, Veuillez Nous Excuser Pour La Gêne Occasionnée…) qui écope du lourd rôle du side-kick dérangeant qu’il parvient à rendre sympathique malgré tout. À l’affiche également, Abdulah Sissoko (Le Jeune Imam…), Alassane Diong (La Fièvre, Tirailleurs…) et Marilou Aussilloux (En Corps, Adieu Les Cons…) complètent un casting éclectique tandis que des visages plus connus comme François Damiens (Des Gens Bien, Le Bonheur des Uns…), Clothilde Courau (Nouveau Départ, Une Fille Facile…) ou encore Steve Tientcheu (Neneh Superstar, Les Misérables…) s’invitent à la fête.

En conclusion, alors que je n’en attendais pas grand chose, le film de Mourad Winter m’a cueilli par surprise, d’abord en me faisant beaucoup rire mais surtout grâce à ses portraits sincères et actuels. Et surtout, L’Amour C’est Surcoté montre une autre image de la banlieue, plus inclusive et authentique, loin des clichés de la violence permanente… et c’est toujours bon à prendre. À voir.

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