[CRITIQUE] Arctic, de Joe Penna

Entre courage et désespoir, Arctic retrace le parcours haletant d’un survival glacé, habité par un Mads Mikkelsen isolé et bouleversant. Joe Penna signe un récit solide, rude et étonnamment engageant, alors qu’il ne repose sur aucune backstory particulière. Remarquable.

Le pitch : En Arctique, la température peut descendre jusqu’à moins –70°C. Dans ce désert hostile, glacial et loin de tout, un homme lutte pour sa survie. Autour de lui, l’immensité blanche, et une carcasse d’avion dans laquelle il s’est réfugié, signe d’un accident déjà lointain. Avec le temps, l’homme a appris à combattre le froid et les tempêtes, à se méfier des ours polaires, à chasser pour se nourrir… Un événement inattendu va l’obliger à partir pour une longue et périlleuse expédition pour sa survie. Mais sur ces terres gelées, aucune erreur n’est permise…

Trouver des informations sur le film Arctic, c’est comme se retrouver comme le personnage du film en plein désert de glace. Inspiré de faits réels ou fiction à part entière, le film de Joe Penna reste néanmoins un joli tour de force, puisqu’à l’instar d’opus similaire (type 127 heures de Danny Boyle), Arctic se repose uniquement sur son personnage et le présent. Pas d’entrée en matière sur son histoire, ni sur l’accident qui l’a amené à se retrouver seul face à une nature hostile, avec un avion en sale état en guise de toit de fortune. En fait, c’est un véritable défi pour Joe Penna, qui réalise son premier long-métrage après avoir été découvert grâce à sa chaîne Youtube en 2005, figurant parmi les pionniers du vlogging. De la publicité au court-métrage, ce nouveau réalisateur s’est fait la main et un nom, en faisant partie de la sélection du Tribeca Film Festival en 2016 avec Turning Point, avant finalement de s’atteler au tournage d’Arctic, décrochant, au passage, un grand acteur pour son rôle principal. À l’arrivée, le film ne passe pas inaperçu et est sélectionné au Festival de Cannes 2018.

Alors, que donne ce drame de survie avec pour unique personnage (ou presque) un homme dont le quotidien se résume à l’attente, la pêche et la tentative mécanique d’obtenir un signal sur une vieille radio. Tourné en Islande, Arctic offre un décor aussi somptueux qu’hostile : ses tableaux fantastiques de glace se transforment rapidement en piège isolé où le silence et le froid sont rois. La première partie du film observe, en retrait, la routine millimétrée d’un homme qui agit par habitude et par survie, plus que par espoir d’être retrouvé malgré un signe SOS entretenu et gravé au sol pour être vu du ciel. La solitude est déjà bien installée et, contrairement à des films catastrophes comme le récent La Montagne Entre Nous ou, dans le même genre, 127 Heures, l’accident est déjà arrivé et a déjà eu ses conséquences dramatiques. Du coup, Arctic n’est pas ampoulé par des détours prévisibles et nous immerge dans une histoire déjà démarrée, obligeant le spectateur à prendre le train en marche. Comment peut-on survivre seul dans un désert arctique, sans espoir d’être retrouvé ? Pourquoi ? C’est ce que Joe Penna semble observer à travers le quotidien las de son héros, donc la seule crainte réside en la présence d’un voisin effrayant : un ours polaire qui traîne dans les parages.

Et tout d’un coup, Arctic prend un virage décisif, réveillant une histoire passablement engourdie par le froid et qui va justement redonner une raison de survivre à son personnage, répondant par la même occasion aux nombreuses questions que suscitent la première partie du film. En effet, ce rebondissement va donner un nouveau sens à Arctic, qui va sortir de sa léthargie teintée d’abandon, pour forcer le destin et s’engager dans un périple colossal afin d’espérer être sauver. Si les conditions de vie en restant sur place n’étaient déjà pas accueillantes, une fois en mouvement, il faudra compter avec tous les dangers que lui réservent cette nature sauvage et inhumaine. Le film est une démonstration de courage, mais également d’un certain altruisme quand on voit se personnage qui était prêt à s’enliser dans l’oubli et qui rassemble ses dernières forces pour une autre vie que la sienne. L’intensité du film s’accroît au fur et à mesure que le parcours se corse : climat virulent, obstacle imposant et faune locale particulièrement agressive, rien ne vient facilité l’histoire dont l’issue devient de plus en plus incertaine jusqu’à la toute fin.

Arctic est une vraie bonne surprise, formant un huis-clos psychologique et sans frontière. Là où d’autres films auraient comblé les creux avec des flashbacks et une backstory quelconque pour attacher le public à son personnage, Joe Penna choisit de rester ancrer dans l’instant et les faits pour construire son intrigue. Le rythme est particulièrement bien maîtrisé, puisqu’on ne s’ennuie pas une minute, au contraire, tant j’ai été happée par la tension permanente. L’appréhension se mêle à l’espoir d’un happy end, tant Arctic ne ménage jamais son personnage… et ne garantit à aucun moment sa survie. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment le film se modifie et change de ton en cours de route : sauver le héros n’est pas le but ultime, Joe Penna cherche finalement à attirer l’attention pour en sauver d’autres. N’y aurait-il pas un message écologique capillotracté et enfoui quelque part ?

Seul micro bémol pour ma part : alors que l’ambiance prête au silence et oblige le spectateur a être constamment à l’affût de la moindre alerte sonore, j’ai trouvé que la musique de Joseph Trapanese démarrait souvent de façon maladroite, car elle rappelait trop souvent une forme de grondement (moteur d’avion ou grognement d’un ours…) et c’était un chouilla déceptif quand je me rendais que compte, en fait, ce n’était que l’introduction d’une séquence musicale !

Quasiment seul face à la caméra, Mads Mikkelsen (Rogue One, Doctor Strange, Hannibal…) livre à lui seul une performance extraordinaire, parvenant à communiquer toutes les émotions nécessaires pour rendre son personnage crédible, touchant et solide. De la découverte à l’incertitude, en passant par la douleur, le courage, la tristesse et parfois même la peur, l’acteur est d’une justesse ahurissante qui fonctionne super bien avec la détresse et le vide qui l’entoure.

En conclusion, Joe Penna signe un film surprenant, bien fichu et haletant à travers le parcours d’un homme livré à lui-même et sans espoir de survie. Arctic contraste son décor aux multiples visages avec une histoire fascinante : vaste et superbe vu du ciel, rude et mortel en réalité. Une belle leçon de courage et une démonstration de mise en scène impeccable à voir, sur grand écran 😉

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