Drame

[CRITIQUE] En Corps, de Cédric Klapisch

Le pitch : Elise, 26 ans est une grande danseuse classique. Elle se blesse pendant un spectacle et apprend qu’elle ne pourra plus danser. Dès lors sa vie va être bouleversée, Elise va devoir apprendre à se réparer… Entre Paris et la Bretagne, au gré des rencontres et des expériences, des déceptions et des espoirs, Elise va se rapprocher d’une compagnie de danse contemporaine. Cette nouvelle façon de danser va lui permettre de retrouver un nouvel élan et aussi une nouvelle façon de vivre.

Trois ans après son dernier film, Deux Moi, Cédric Klapisch (Ce Qui Nous Lie, L’Auberge Espagnole, Paris, Dix Pour Cent…) revient une dramédie dansante, après une pandémie qui nous a forcé à rester sur place.
Étant une flemmarde invétérée quand il s’agit de faire de l’exercice, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les danseurs, notamment les danseurs de ballet qui sont vraiment des athlètes de haut niveau. Entre la rigueur nécessaire pour atteindre à une certaine excellence et la façon dont leurs mouvements paraissent simples et fluides, malgré l’effort physique demandé, la danse est pour moi un art suprême. Du coup, le film En Corps m’a fasciné d’emblée dès son introduction à travers le monde de la danse classique, jusqu’à son évolution vers un art moins rigide et plus libérateur. Une évolution qui agit en parallèle avec le récit de cette danseuse trahie et blessée, qui doit trouver un nouveau but à son existence le temps de, littéralement, se remettre sur pied. 

Sous ses airs choraux et musicaux, le film de Cédric Klapisch raconte une tranche de vie sincère, touchante dans sa simplicité. Comme souvent, ses personnages sont vivants et j’aime leur normalité, car il n’y a pas de grand drama, de crime ou d’excès de passion qui semble surréaliste. Que l’on danse ou pas, En Corps s’intéresse à ce moment crucial où une personne doit reconsidérer ses options et/ou lâcher-prise. Dans le film, la danse classique et ses codes enfermaient l’héroïne dans une route toute tracé et finalement, sa blessure va l’amener à la rencontre des autres et d’opportunités plus libérateurs. Ainsi intervient la danse contemporaine et ses mouvements plus imprévisibles et démonstratifs qui ajoutent un parallèle intéressant à cette histoire de corps et de guérison.

Ceci étant dit, bien que j’ai apprécié le film dans l’ensemble, je l’ai trouvé assez long. Au bout d’une heure, j’ai eu l’impression qu’on avait fait le tour du personnage qui, comme le dit celui de Muriel Robin à un moment, manque de vécu. Comme souvent dans le cinéma de Cédric Klapisch, En Corps reste dans un contexte plutôt safe et ne prend pas de risque dans l’écriture de ses personnages qu’ils ne creusent pas vraiment. L’entourage familial de l’héroïne est trop rapidement mis de coté jusqu’au moment où l’histoire cherche à cocher la case de la relation père-fille à la hâte vers la fin. Comme beaucoup d’aspects du film, cette résolution instantanée fleure bon le prévisible traficoté pour réchauffer les chaumières. Ça reste un poil superficiel, le personnage manque d’épaisseurs malgré tout ce qu’elle est sensée traverser. Entre la blessure, la trahison de son petit-ami et le fait de considérer une vie peut-être sans danser, j’en attendais plus dans l’introspection de ce personnage qui rebondit finalement très vite et avec le sourire. En Corps illustre le changement à travers les styles de danses et le nouveau mode d’expression du personnage central, mais finit surtout par chercher à tricoter de la romance, comme si son personnage n’aurait pas pu remonter la pente sans avoir trouver un homme. Du coup, les prétendants se bousculent au portillon et même si c’est parfois maladroit et touchant, je ne sais pas si cela apporte une réelle valeur ajoutée au film. Ou alors c’est peut-être juste ma jalousie qui parle à cause de François Civil, allez savoir 🙂 

Comme pour son dernier film, je trouve que Cédric Klapisch étire trop sa trame qui, en dehors des passages de danse, manque trop souvent de dynamisme. L’ensemble est relativement monotone et répétitif, bien que parfois piqué par des scènes ingénieuses comme le moment où le père assiste à la répétition du spectacle. Le choix de garder la caméra à son niveau pour ne voir que ses mouvements de tête en train de suivre les allers et venues des danseurs hors champs proposait une vraie cassure intéressante, alors que depuis le début on suivait de près la déconstruction des mouvements jusque là. Le coté décousu jetait presque un doute sur l’issue finale, au moment où En Corps semblait avancer sur une mer d’huile. Heureusement que la danse est présente en toile de fond, car c’est vraiment ce qui permet au film de ne pas sombrer dans l’ennui pendant que ses personnages se cherchent. 

En fait, ce que je trouve dommage dans la filmographie de Klapisch, c’est que je l’ai découvert et suivi grâce à sa trilogie L’Auberge Espagnole, Les Poupées Russes et Casse-tête Chinois : j’ai aimé l’universalité et la diversité de ses personnages, même si son héros n’existait que par ses problèmes de cœur. Mais depuis quelques films, le réalisateur raconte l’histoire de personnages uniformes, modelés par leurs privilèges sociaux qui se ressemblent de films en films. D’un coté, cela rend ses héros « normaux », mais de l’autres, c’est toujours le même portrait de personnages plus ou moins privilégiés, lisses et sans véritable enjeu. Bref, les films de Klapisch sont sympathiques, mais manque de plus en plus de saveur (pour ne pas dire de diversité). 

Au casting justement : danseuse à l’Opéra de Paris, notamment sous la direction de Benjamin Millepied en 2016 pour le dyptique Iolanta – Casse-Noisettes, Marion Barbeau fait ses premiers pas au cinéma et porte le rôle principal avec beaucoup de douceur et de grâce. Autour d’elle, un casting éclectique composé des derniers chouchous du réalisateur : François Civil (Mon Inconnue, Le Chant du Loup, Celle Que Vous Croyez…) donne envie d’aller faire un tour chez le kiné et s’avère surtout touchant en amoureux timide et maladroit, tandis que Pio Marmaï (L’Événement, La Fracture…) joue les seconds couteaux. On retrouve également Denis Podalydès (Les Amour d’Anaïs, Présidents, Effacer l’Historique…), impeccable malgré un personnage trop rare dans le film malgré l’importance qu’il est sensé avoir dans l’histoire, Muriel Robin (Jacqueline Sauvage, Mon Ange…) en matriarche de service et Souheila Yacoub (Climax, Les Affamés…) en petite-amie castratrice. 

En conclusion, Cédric Klapisch livre un film confortable par son univers dansant et doux pour les émotions. Malgré son manque de profondeurs et ses quelques longueurs, En Corps est une tranche de vie pleine d’espoir et qui invite à explorer ce que la vie à offrir, même lorsqu’elle ressemble une impasse. À voir. 

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