
Le pitch : Muriel et son mari Lee démarrent une nouvelle vie en Californie lorsque qu’il revient de la guerre de Corée. Rapidement, l’équilibre de leur couple va être bouleversé par l’arrivée du charismatique Julius, le frère de Lee, un flambeur au passé secret. Un triangle amoureux se forme. Mais Julius décide de suivre Henry, un jeune joueur de cartes dont il est tombé amoureux. Ébranlée par ce départ et plus éprise d’indépendance que jamais, Muriel trouve un exutoire dans les courses de chevaux et l’exploration d’un amour qu’elle n’aurait jamais osé imaginer…
Après un parcours remarqué dans l’univers des séries télé et un premier long-métrage accessoire, Daniel Minahan (True Blood, Game of Thrones, House of Cards…) adapte le roman On Swift Horses, écrit par Shannon Pufahl.
Avec Les Indomptés, le réalisateur coche toutes les cases du film indé “à l’ancienne”, un chouille prétentieux pour faire grimacer les profanes et autres néophyte du genre, mais assez indolent pour faire vibrer ceux qui adorent étaler leurs cinéphilies pompeuses sur les réseaux sociaux. Lumière naturelle, regards en coin, plans contemplatifs, bande-son feutrée, présentation aux festivals qui font bien… Tout y est, et surtout une volonté manifeste d’évoquer des amours interdites et tourmentées dans un société rétrograde. En gros, c’est l’opposition classique de la passion ardente mais impossible vs le modèle conventionnel dans le cadre d’une Amérique en plein âge d’or. Basique.

Le film se délasse autour de son anti-triangle amoureux, avec ce couple apparement énamouré, ébranlé par le retour d’un frère ex-soldat et un peu fougueux. Derrière ce pitch — qui ressemble beaucoup à la trame classique d’un drama (*tousse* Brothers, de Jim Sheridan en 2010 *tousse*), Les Indomptés cherchent son insolence à travers les désirs inavouables de ses protagonistes. Alors que l’un s’éloigne pour mieux échapper au modèle familial qui l’étouffe, l’autre s’émancipe en cherchant le frisson à l’époque réservé aux hommes, avant de se découvrir elle-même.
Les Indomptés cherchent à égratigner la face sombre de la carte postale des fifties à l’Américaine, en visitant des clichés à la porte grande ouverte. D’un coté, il y a Las Vegas, aka la Ville du Vice (Sin City), avec ses jeux d’argent et ses combines, ses motels aux chambres pleines de secrets moites et tabous ; de l’autre, on découvre Los Angeles, aka la Cité des Anges, où le rêve américain se formalise par l’émancipation financière et l’exploration sexuelle. Deux faces d’une même pièce qui flirtent avec des formes d’amour invisibles, clandestines, toujours étouffées par la bienséance.

Mais voilà : malgré la sincérité évidente du propos, Daniel Minahan semble trop souvent regarder ses personnages de loin. Ça palpite, mais doucement. Ça brûle, mais sous vide. Et surtout, ça ne tranche jamais vraiment. Les Indomptés a l’air d’être le petit cousin arty d’un mélange entre le Brokeback Mountain d’Ang Lee et le Carol de Todd Haynes, mais il lui manque la tension, le souffle, l’impact viscéral. Sûrement parce que l’histoire s’étale et s’éparpille, ne parvenant pas à faire de choix ni à donner la même place à chaque membre de son trio. C’est peut-être mieux écrit dans le livre, mais je trouve que Les Indomptés aurait dû choisir la passion viscérale coté Vegas ou l’exploration émancipatrice coté LA. En jouant sur tous les tableaux, le film manque de profondeur et s’épanche dans des scènes contemplatives et pleines de non-dits surfaits, ce qui a tendance à minimiser les ambitions introspectives du film. Pire, j’aurai aimé voir un peu plus le point de vue de personnage qui, au final, paie les pots cassés.

Avec Les Indomptés, Daniel Minahan coche toutes les cases du film indépendant classique et aux abords prétentieux, qui se caresse le nombril en débitant un récit qui fleure parfois le réchauffé. Certes, les performances sont solides, l’image léchée, le sous-texte élégant, mais l’ensemble reste trop poli pour vraiment remuer. On observe plus qu’on ne ressent, et c’est dommage, parce qu’avec de tels enjeux, le film aurait pu être un véritable uppercut émotionnel.

Au casting, on expérimente et on confirme : choix attendu de tous films indés du moment, Daisy Edgar-Jones (Twisters, Là Où Chantent Les Écrevisses, Sur Ordre de Dieu…) propose une nouvelle itération de son personnage toujours un poil trop fade à mon goût, mais toujours juste attachant pour ne pas la rendre antipathique, tandis que Jacob Elordi (Euphoria, Saltburn, The Kissing Booth…) se prend pour Ennis Del Mar et continue d’essayer de nous faire croire qu’il n’est pas juste un physique à travers un rôle pseudo-transgressif qui ne choque plus personne de nos jours. Au milieu, Will Poulter (Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3, Midsommar, Black Mirror…) devient malheureusement invisible à cause d’une écriture qui ne lui laisse pas de place.
À l’affiche également, Diego Calva (Babylon, Bird Box : Barcelona…) et Sasha Calle (The Flash, In The Summers…) vivotent au second plan, coincés dans des archétypes sans profondeur, là pour faire joli et servir de faire-valoir aux premiers rôles.
En conclusion, Daniel Minahan livre une œuvre honnête, bien jouée et parfois touchante, mais le résultat reste à la surface de ses propres audaces. Les intentions sont là, mais à défaut d’Indomptés, l’ensemble ne fait qu’emprunter aux grands sans rien proposer de nouveau. À tenter.

