[CRITIQUE] Carol, de Todd Haynes

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Encensé par la critique américaine et porté par deux actrices talentueuses, Carol semblait réunir tous les critères pour être un de ses films sensibles et envoûtants narrant l’histoire d’un couple homosexuel dans une époque conformiste. À l’arrivée, le film de Todd Haynes propose bien plus ce que cela, mais finit tout de même par décevoir tant il manque cruellement d’émotion et de profondeur. Taillé pour les Oscars, Carol mise tant sur les deux stars du film qu’il oublie finalement de parler d’amour ou d’exprimer une quelconque passion, faisant de l’ensemble un film longuet, beau et… comment dire… ennuyeux. Dommage.

Le pitch : Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

Dans la course aux Oscars, il y a les films qu’on voit arriver à des kilomètres, avec leurs histoires destinées à secouer les mœurs, leurs visuels léchés à la mise en scène parfaite et un casting royal. Cette année, deux films se montrent assez peu subtiles dans leurs intentions : The Danish Girl de Tom Hooper et Carol de Todd Haynes. Si le premier parvient à combiner un visuel certes calibré mais magnifique, il a surtout le mérite d’avoir su créer de l’émotion palpable entre les personnages principaux – au-delà de l’intrigue en elle-même, déjà très forte.

Avec Carol, une adaptation du roman de Patricia Highsmith, Todd Haynes (I’m Not There, Velvet Goldmine…) sort des sentiers battus. On est loin de l’histoire d’amour cachée entre deux femmes dans les années 50, le film propose bien plus que cela en se focalisant sur son personnage principal qui se trouve à une étape cruciale de sa vie : en plein divorce, Carol s’efforce d’assumer ses choix face à un mari prêt à tout pour la retenir, au risque de devoir renoncer à son rôle de mère. Dans l’ensemble, j’ai aimé la pudeur de Todd Haynes qui dresse le portrait d’une femme charismatique et forte, osant braver la morale bienséante de l’époque, sans jamais virer à la revendication féminine et sexuelle. Le film ne cherche pas à justifier ni à expliquer ses personnages mais tente de raconter un amour discret mais suffisamment fort pour pousser ses héroïnes à s’affirmer. Carol avance doucement, sublime chaque tableau grâce à une attention particulière sur les décors et les costumes, si bien que le film semble avoir traversé le temps et les âges pour conserver la tendresse et le glamour des films d’époque. Mais les phares sont tellement braqués sur le personnage principal que le film occulte la romance naissante entre les deux femmes, si bien qu’au début, Carol donne l’impression de s’amuser avec la jeune Therese tant elle se l’accapare comme une distraction pour oublier son mariage qui part en fumée. Derrière sa caméra, Todd Haynes pose un regard amoureux et admiratif sur sa Carol, qu’il dissèque jusque dans ses moindres moues pour capter son ennui tellement bourgeois qui contraste avec ses amours qui froissent la morale. Mais de la pudeur à la distance, il n’y a qu’un pas et si Todd Haynes mise sur cette fameuse histoire d’amour entre deux femmes, le résultat se révèle bien moins convaincant que prévu.

carol1Malgré son ambiance années 50 soignée jusqu’au grain épais de l’image, le film ne parvient pas à faire transparaître la moindre émotion. Si j’ai été touchée par l’histoire de Carol, l’histoire d’amour qui est sensée la lier à Thérèse ne m’a pas transportée. Carol a beau présenté un personnage fort, prêt à s’assumer quitte à se sacrifier, la romance ne prend pas. Trop froid ou trop pudique, le film de Todd Haynes manque cruellement de passion pour rendre son histoire convaincante, alors que le scénario est pourtant bien écrit et même intéressante, présentant des femmes loin des clichés de l’époque. L’histoire est totalement aseptisée, on y croit tout simplement pas devant ce film qui s’éternise. Je me demande même si Carol n’aurait pas été plus intéressant si cette pseudo histoire d’amour avaient été reléguée au second plan, sans partager les points de vue de l’héroïne avec celui de Therese étant donné que les deux personnages évoluent différemment. Devant ce type d’histoire, je m’attendais à plus de feu et de démonstration, surtout que le contexte s’y prêtait. Malheureusement le film survole les pépites qui se cachent dans son scénario en oubliant de creuser cet amour interdit, ni l’époque hyper conservatrice dans laquelle l’histoire se situe. Le résultat est décevant, Todd Haynes privilégie le visuel pour calibrer son film pour les Oscar et n’ose finalement pas aller plus loin, de peur de ne pas pouvoir rentrer dans le mouleLes nominations sont bien là, mais le cœur n’y est pas.

Et je me demande aussi si le choix des actrices était réellement le bon. Bien sûr, Cate Blanchett (Cendrillon, Dragons 2, Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées…) est magnifique et la caméra de Todd Haynes le lui rend bien tandis qu’elle incarne une femme charismatique et superbe, face à une Rooney Mara (Pan, Les Amants du Texas, Her…) élégante et juste. Cependant, il faut bien avouer que ce ne sont pas les actrices les plus chaleureuses d’Hollywood : la première ayant tendance à avoir une approche glacée tandis que l’autre inspire de la distance. Du coup, la combinaison des deux explique certainement le manque de tendresse et de passion dans le film. Autour d’elles, Sarah Paulson (American Horror Story, Twelve Years A Slave…) parvient à apporter un peu de chaleur et de sourire dans un second rôle attachant, tandis que Kyle Chandler (Le Loup de Wall Street, The Spectacular Now…) s’en sort très bien en mari jaloux et dépassé.

En conclusion, Todd Haynes tente de jouer dans la cour des grands en se reposant sur une recette qui a déjà fait ses preuves sans réussir à la renouveler. Si l’histoire est audacieuse (bien qu’attendue), le résultat se révèle très académique : de la mise en scène classique au cadres magnifiques, la maîtrise perfectionniste du réalisateur va même jusqu’à ajouter un peu de bruit à l’image pour rappeler les films d’époque et les deux actrices principales sont superbes… Tout y est, sauf les émotions. Alors que j’espérai l’histoire d’amour impossible mais irrésistible, Carol n’offre qu’une romance mimée et exécutée impeccablement, sans réussir à susciter une quelconque passion entre ses deux personnages principaux. Le résultat est glacé, l’encéphalogramme reste plat, bref, l’ennui total. À tenter pour la beauté du film et la performance des acteurs.

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Carol, de Todd Haynes

  1. Pour ma part, sans dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé ce film que j’ai trouvé très touchant, je trouve que la mise en scène pas forcément chaleureuse a priori permet justement de rendre le film plus subtil. J’ai trouvé l’écriture plus intéressante qu’elle en a l’air et Blanchett/Mara excellentes.

    • Effectivement la mise en scène est plus dans la contemplation que dans l’émotion. Personnellement ça m’a manqué. Je pense que Haynes aurait pu faire de meilleurs choix car le parcours de Carol, en dehors de la romance, est bien plus intéressant.

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