
Le pitch : Doug et Griff sont amis d’enfance et partagent depuis toujours un rêve un peu fou : réaliser leur propre remake de leur film préféré, le cultissime Anaconda. En pleine crise de la quarantaine, ils décident enfin de se lancer, et se retrouvent à tourner en plein cœur de l’Amazonie. Mais le rêve vire rapidement au cauchemar lorsqu’un véritable Anaconda géant fait son apparition et transforme leur plateau déjà chaotique en un véritable piège mortel. Le film qu’ils meurent d’envie de faire ? Va être vraiment mortel…
Qui s’attendait à revoir Anaconda ressusciter au cinéma ? Certainement pas moi ! Mais quand Hollywood est en panne d’inspiration, ce genre de revival devient presque logique. À la fin des années 90, entre les nanars à requins et la mode des grosses bébêtes, les reptiles avaient clairement la cote.
Le Anaconda original de 1997, réalisé par Luis Llosa, coche toutes les cases du film d’aventure de l’époque : une bestiole surboostée, des effets spéciaux qui faisaient illusion, une jungle moite et hostile, et la romance obligatoire. Sauf que le film se démarquait par son casting improbable, avec Jennifer Lopez en tête d’affiche, alors au sommet de sa carrière pop, entourée d’Ice Cube, Owen Wilson, Jon Voight et même Danny Trejo le temps d’un clin d’œil.

Pensé comme un pur blockbuster misant sur le spectacle et l’exotisme, Anaconda a cartonné à sa sortie et s’est depuis hissé au rang de nanar culte : jeu d’acteurs douteux, VFX improbables, mais un vrai potentiel de divertissement. Et malgré son ADN nanardesque, ce premier opus fait figure de masterpiece… comparé à ce qui a suivi. Car la franchise Anaconda, c’est aussi trois suites calamiteuses, un crossover douteux avec Lake Placid et un revival chinois sorti en 2024. Des films souvent relégués au direct-to-video, plombés par des budgets rachitiques, des scénarios absurdes et des effets spéciaux affreux. Ni fun, ni beaux, ni même amusants au nième degré. Croyez-moi, j’ai tenté.
Et voilà que Sony décide de racler le fond de ses tiroirs et nous livre un nouvel Anaconda fin 2025, ce qui en fait, techniquement, mon premier ciné de 2026. Honnêtement, je savais exactement dans quoi je mettais les pieds. Le casting, le concept du film-dans-le-film qui devient le film quand la réalité rejoint la fiction… On a vu ça mille fois, de Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980 jusqu’à Coupez ! de Michel Hazanavicius, en passant par – tiens, donc ! – Tonnerre Sous Les Tropiques de Ben Stiller. Mais pourquoi pas ? Au moins, ce n’est pas un reboot paresseux plan par plan.

Avec cette approche méta, Anaconda tente de parler à toute une génération nourrie aux films de grosses bébêtes, aux teen horror movies et à l’humour régressif de la frat pack. Un gloubi-boulga nostalgique qui fonctionne plutôt bien dans sa première partie, à travers les retrouvailles d’un groupe d’amis qui ont mis leurs rêves de cinéma de côté (à l’exception d’un acteur “raté”) et qui s’embarque, presque sur un coup de tête, dans la folle idée de réaliser un reboot du film Anaconda.
Le problème, c’est qu’à l’arrivée, le film de Tom Gormican (Un Talent en Or Massif…) est tellement stupide que ça peut parfois faire mouche… mais bien trop souvent, c’est très gênant. Coincé quelque part entre Tonnerre sous les tropiques (en version beaucoup plus politiquement correcte) et l’énergie des récents Jumanji, Anaconda sent le projet monté entre potes, probablement pitché pour rire à la base. Il joue la carte de la nostalgie, balance quelques surprises, mais ne sait jamais vraiment s’il se prend au sérieux ou non.

Dans son délire d’hommage, Anaconda rate surtout plusieurs occasions d’assumer pleinement ce qu’il est. À force de vouloir être une comédie d’action décomplexée, le film devient décousu, bâcle ses clins d’œil à l’original et le fameux Anaconda géant apparait et disparaît (à vitesse variable) seulement pour les bons vouloirs d’un scénario contorsionniste, au lieu d’être le véritable antagoniste tout du long. Et c’est quand même un comble : pour un film qui s’appelle Anaconda, et qui bénéficie de presque trente ans d’évolution technologique en matière d’effets spéciaux, le serpent est à la fois trop discret et à peine crédible. Les VFX sont visibles, le monstre est constamment planqué dans des scènes nocturnes et l’ensemble manque cruellement d’impact.
Heureusement, le film de Tom Gormican n’est ni trop long ni trop court, oscillant en permanence entre le gag et le cringe. Porté par son énergie port-nawak et dynamique, Anaconda parvient tout de même à laisser un souvenir relativement léger… malgré un ensemble mal fagoté, dégrossi à la machette, qui peine clairement à maintenir l’intérêt dans sa seconde partie.

Alors, que retenir de ce revival inattendu, qui assume être le produit d’un imaginaire hollywoodien à bout de souffle (quitte à nous le rabâcher tout au long du film) ? Anaconda appâte principalement grâce à son casting, composé d’acteurs qu’on connaît déjà pour leur humour potache et parfois lunaire. Jack Black (Borderlands, The Mandalorian…), à l’affiche de Minecraft, un des meilleurs box-office de 2025, retrouve Paul Rudd (Friendship, SOS Fantômes : La Menace de Glace, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania…), Steve Zahn (The White Lotus, La Planète des Singes : Suprématie…) et Thandiwe Newton (Westworld, Mufasa : Le Roi Lion…) dans ce délire potache et échevelé. À l’affiche également, Daniela Melchior (Fast and Furious X, The Suicide Squad…) s’invite à la fête sans véritablement trouver sa place, tandis deux caméos viennent récupérer leur chèques.
En conclusion, c’est bête et pas méchant. Ce nouvel Anaconda 2.0 est un nanar assumé, oui. Mais sera-t-il aussi mémorable que l’original ? Franchement… j’en doute. À tenter.

