[CRITIQUE] Coupez !, de Michel Hazanavicius

Le pitch : Un tournage de film de zombies dans un bâtiment désaffecté. Entre techniciens blasés et acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à un énième film d’horreur à petit budget. L’irruption d’authentiques morts-vivants va perturber le tournage…
Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022 et en fait l’ouverture.

Papa des deux premiers films OSS 117 (Rio ne Répond Plus en 2006 et Le Caire, Nid d’Espions), le réalisateur français Michel Hazanavicius s’est surtout fait connaître grâce au film The Artist, sorti en 2011. Oscarisé, BATFAisé, évidement Césarisé et j’en passe, The Artist est un succès aujourd’hui international et le cinéma français avait hâte de voir ce qu’il allait proposer par la suite. Une suite discutable finalement, puisque malgré les sélections cannoises du drame de guerre The Search (2014) et du biopic Le Redoutable en 2017, Michel Hazanavicius a du mal à retrouver le chemin du succès populaire, surtout après son dernier film Le Prince Oublié (sorti et oublié en 2020) qui a reçu des critiques mitigées.
On pourrait croire que son humour décalé et ses collaborations avec Jean Dujardin sont la recette unique du réalisateur, et pourtant la vérité est ailleurs. Il se pourrait bien que sa muse, Bérénice Bejo, compagne à la ville comme à la scène soit son véritable porte-bonheur.
Mais trêve d’actualités people, la vérité c’est que jusqu’à présent je n’ai jamais été touchée ni intéressée par le cinéma de Michel Hazanavicius, que je n’ai pas vu le film original Ne Coupez Pas ! de Shin’ichirō Ueda et que j’ai bien failli passé à coté du petit bijou et trésor de mise en scène qu’est le film Coupez !.

Original, dangereusement culotté et pourtant maîtrisé de A à Z (c’est le cas de le dire), le film est une comédie à la fois noire, absurde et furieusement barrée qui n’a cessé de me faire réagir de minutes en minutes. C’est simple, j’ai failli partir au bout de vingt minutes tant la première partie est faite de malaises et d’acting approximatifs. Je me suis vraiment demandé si j’avais affaire à un vrai film mais j’ai pris sur moi pour tenir jusqu’au bout. Si vous n’avez pas encore vu le film et que vous comptez le voir, lisez bien la suite : TENEZ BON ! Coupez ! vaut sacrément le détour et la patience. Ca m’a rappelé la première fois que j’ai vu le film Moulin Rouge de Baz Luhrmann : les premières minutes m’ont refroidies et j’ai arrêté le film. Je l’ai vu en entier des années plus tard et j’ai été déçue d’avoir perdu autant de temps à bouder ce film qui aujourd’hui fait parti de mes favoris. Ne faites pas cette erreur avec Coupez !

C’est évident que dès l’affiche et, éventuellement, avec la bande-annonce, je me suis doutée que le film cachait a minima un rebondissement qui expliquerait le look ultra kitch. Une histoire de zombies au look peu probable, un personnage peint grossièrement en bleu : Coupez ! devait bien avoir un angle pour tenter la comédie piquante, absolument pas horrifique mais très certainement cynique.
En effet, le film de Michel Hazanavicius déconcerte dans son entrée à la matière particulièrement bizarre (mauvais jeu, temps morts inopportuns, effets de styles maladroits…) mais finit par trouver un sens alors que l’intrigue finit par prendre forme dans un second temps. Si le coup du « film dans le film » est un classique, Coupez ! prend la formule à revers. Un pari osé car le démarrage pourrait en rebuter plus d’un par sa forme complètement absurde et insaisissable. À la manière d’un Tenet qui forme une boucle, Coupez ! parvient à se revisiter en cours de route, réparant magistralement les incompréhensions du début pour finalement révéler la pépite cachée qui se cachait derrière cette folie décousue et faussement maladroite. De plus, même sans avoir vu le film original japonais, Michel Hazanavicius parvient à y faire écho, même si, pour ma part, je ne sais pas à ce stade s’il s’agit d’un remake fidèle ou non.
Toujours est-il que j’ai été bluffée, si bien que je ne recommande pas de voir l’original avant de découvrir Coupez ! pour être cueilli par cette comédie surprenante et finalement hilarante.

Déclaration d’amour ou lettre ouverte à l’industrie du cinéma, Michel Hazanavicius en profite également pour montrer l’envers du décors. Devant et derrière la caméra, Coupez ! souligne les enjeux et les travers de ses protagonistes. Du réalisateur moyen au producteur opportuniste, en passant par une galerie d’acteurs clichés, un clin d’oeil humble aux métiers de l’ombre et une métaphore du studio qui exige que certaines cases soient cochées en dépit de la crédibilité du projet, Coupez ! n’épargne personne sans pour autant jouer les dénonciateurs. Grâce à son approche décalée et piquante, le coté bordélique de la première partie finit par s’installer dans une trame incroyablement fluide et relativement organique, alors qu’il explore la genèse d’un projet de film – et particulièrement le film de commande. Là où Michel Hazanavicius épate, c’est surtout à travers une mise en scène impressionnante qui a dû être réglée comme du papier à musique pour que l’ensemble tienne la route ! 

Entre un plan-séquence déroutant et après coup incroyable de 30 minutes (vrai ou faux ? je n’ai pas eu l’oeil assez aiguisé pour détecter les coupes), un montage extraordinaire et une direction d’acteurs millimétrée, l’ensemble fait quasi office d’une masterclasse sur le tournage d’un film où tous les métiers (ou presque) sont représentés tout en étant au service de l’intrigue. J’ai vraiment trouvé ce film fantastique (une fois passée la surprise du début), car il offre une expérience unique où on peut voir un film prendre vie sous nos yeux en répondant à tous les points d’interrogation posés depuis l’ouverture.
Notons également que la musique du film est signée Alexandre Desplat (également Césarisé, Oscarisé, etc… pour notamment La Forme de l’Eau, The Grand Budapest Hotel, De Rouille et d’Os, et…) et malgré son utilisation forcément décousue, elle accompagne parfaitement la trame détonnante du récit. Clairement, je pense qu’adapter ce film n’était pas fait pour n’importe qui, mais Michel Hazanivicius a habilement réussi à composer un scénario aussi insolite et original.
La seule chose qui est dommage finalement, c’est que comme tout bon film à twist(s), le plaisir de la découverte ne pourra pas se reproduire au prochain visionnage. 

Au casting, le film est porté par un quatuor solide : Romain Duris (En Attendant Bojangles, Eiffel, Dans La Brume…) frôle la crise de nerfs, Bérénice Bejo (L’Homme de la Cave, Le Bonheur des Uns…, Le Jeu…) se lâche, Mathilda Lutz (Revenge, Rings, Summertime…) est parfaite en ingénue dépassée et Finnegan Oldfield (Disparu à Jamais, Le Poulain, Selfie…) est excellent en jeune acteur cannois arrogant. On retrouve également Luàna Bajrami (L’Événement, Portrait d’une Jeune Fille en Feu…), Grégory Gadebois (Chère Léa, Tout S’est Bien Passé…), Jean-Pascal Zadi (Tout Simplement Noir…) ou encore Sébastien Chassagne (Le Discours…) et Lyes Salem (La Vraie Famille…) dans un ensemble cocasse. On notera également un caméo du réalisateur Quentin Dupieux. 

En conclusion, j’ai failli quitter la salle à plusieurs reprises… mais j’ai bien fait de rester ! Fou, drôle et original, Coupez ! ose le risque avec une comédie noire faîte de zombies, de burlesque et d’étrange, qui aurait facilement pu imploser en plein vol. Michel Hazanavicius signe un film non-conventionnel, féroce, hilarant et absurde qui s’amuse avec les genres tout en faisant preuve d’une technicité impeccable. À voir absolument !

PS : ne partez pas trop vite car une scène bonus se cache dans le générique. 

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