Drame

[CRITIQUE] Gourou, de Yann Gozlan

Le pitch : Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…

Avec Gourou, Yann Gozlan (Dalloway, Vision, Burn Out…) retrouve l’acteur Pierre Niney pour la troisième fois après Un Homme Idéal et Boîte Noire pour s’emparer d’un sujet actuel : l’influence des coachs (lifestyle, développement personnel ou autre…). Un sujet intéressant puisque avec la montée des mouvements masculinistes et les dérives sectaires de certains leaders du développement personnel, cela a même été discuté à l’Assemblée Nationale l’année dernière.
Ambitieux, Gourou s’aventure sur un terrain contemporain, riche et anxiogène. Peut-être un Magnolia à la française ?

Sur le papier, le film a tout pour disséquer les mécanismes de l’emprise moderne. À l’écran, pourtant, le résultat reste étonnamment sage. Car Gourou survole plus qu’il n’explore. Le film observe la chute d’un coach au sommet de son influence sans jamais réellement interroger la nature de ce pouvoir. Yann Gozlan aligne les signes extérieurs du phénomène : maîtrise de l’image, slogans creux déguisés en métaphores inspirantes, foules galvanisées ou opposants politiques qui privilégie les diplômes au street savvy. Puis, rapidement, le film esquisse des thèmes plus profonds : le mensonge, la manipulation, la paranoïa ou encore le piège d’une célébrité bâtie sur du vide. Autant de pistes prometteuses, lancées comme des perches… rarement attrapées.

Dans les faits, Gourou montre peu : un adepte fragile dont on devine trop vite la trajectoire par-ci, un frère diplômé présenté comme jaloux du succès de son autodidacte frangins par-là et au milieu, des foules extatiques, prêtes à suivre un coach en séminaire sans que l’on comprenne réellement pourquoi… Malgré toutes ses promesses, le film se recentre excessivement sur son personnage principal, modelé sur les clichés vus sur internet (le bain de glace, la routine sportive, les vidéos poussives, le modèle américain…) au point d’en oublier l’essentiel : les conséquences concrètes de ces discours sur ceux qui les reçoivent. Le film ne donne jamais de cadre précis, affichant son héros comme le numéro un et questionnant son impact sur ses suiveurs, et pourtant il n’est jamais mentionné ni de stratégie, ni de coût, ni de véritable dérapage toxique. Ne maîtrisant pas les fondamentaux de son sujet, le film d’Yann Gozlan finit lui aussi par surfer sur du vide.  

Gourou me fait penser à une nouvelle variation du film Un Homme Idéal où Yann Gozlan observait déjà un homme, incarné par Pierre Niney, dont le succès flamboyant était basé sur un mensonge. Ou alors, le film ressemble à une démonstration un peu caricaturale du “coaching pour les nuls”. Peut-on vraiment parler de gourou sans parler d’emprise ni s’attarder sur les adeptes ? Peut-être est-ce aussi une question de regard : lorsqu’on s’intéresse un peu (comme bibi) aux phénomènes sectaires, aux mécanismes d’emprise et d’asservissement social et que  le phénomène des masculinistes ou des incels est passé dans votre radar, Gourou paraît d’autant plus fade et incomplet. Le film semblait avoir mille choses à dire, mais il choisit de n’en effleurer aucune jusqu’au bout, abandonnant même en fin de course toute réflexion sur les dégâts laissés derrière lui.

Heureusement, coté casting, il reste la performance de Pierre Niney (Les Bad Guys, Fiasco, Le Comte de Monte-Cristo…). Fidèle muse de Yann Gozlan, l’acteur porte le film à bout de bras et incarne avec justesse ce personnage sûr de lui jusqu’à l’excès, mû par une détermination presque inquiétante. Mais cette omniprésence a un coût : les personnages secondaires peinent à exister. Marion Barbeau (En Corps, Drone…) et Christophe Montenez (13 Jours, 13 Nuits, Les Femmes du Balcon…) se fondent dans le décor, Jonathan Turnbull (Dossier 137, Sambre…) parvient à émerger tardivement. Seul Anthony Bajon (L’Amour Ouf, Une Jeune Fille Qui Va Bien…) tire son épingle du jeu avec un personnage qui capte à lui seul toute la complexité psychologique que le film aurait gagné à développer davantage. Un potentiel là encore sous-exploité.

En conclusion, Yann Gozlan a eu les yeux plus gros que le ventre et est probablement trop aveuglé par l’aura et le capital sympathie attrayant et bankable de son acteur fétiche. Malheureusement, Gourou reste en surface et botte en touche en préférant se fondre en thriller mollasson et inachevé, au lieu d’explorer la dimension psychologique de son intrigue. Dommage. À tenter.

PS : par contre, j’aurai aimé être prévenue que j’allais subir la grosse tête d’un certain présentateur télé 🤢 je vais pas au cinéma pour souffrir à la base et encore moins pour le voir lui et son émission de merde.

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