Comédie, Drame

[CRITIQUE] The Drama, de Kristoffer Borgli

Le pitch : Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage.

Connu du grand public avec Dream Scenario, j’ai personnellement découvert Kristoffer Borgli avec son dérangeant Sick of Myself, portrait acide d’une jeune femme prête à tout pour capter l’attention. Deux films déjà marqués par une obsession : le regard des autres, la validation sociale et la manière dont elle peut déformer les individus jusqu’à l’absurde. Bref, tout ça pour dire que j’attendais The Drama avec impatience et, cerise sur le cheesecake, c’est un film A24 – une société de production qui enfante beaucoup de succès ces dernières années.

L’histoire est simple : juste avant leurs mariages, un couple fiancé et leurs amis échangent leurs secrets sur des actes plus ou moins honteux qu’ils auraient commis par le passé. La révélation de la future mariée va créer une réaction en chaîne imprévisible, faisant vaciller l’équilibre du couple jusqu’alors follement amoureux et sereins à l’approche de leur union. Evidemment, ce qui est intéressant dans ce film, c’est la nature du secret : une révélation presque inquiétante qui va trouver racine dans de nombreuses problématiques sociétales, allant du bien-être mental à la sécurité nationale (et oui). Résultat, le fameux secret va prendre des proportions bien différentes, alors que chaque protagoniste va entamer une digestion difficile de cette vérité dérangeante.

The Drama, au-delà de la dissection du couple, pointe du doigt un phénomène particulièrement américain et la façon dont les gens le considèrent, loin des gros titres de la presse et une fois le choc passé. Les doutes et la paranoïa vont grignoter l’assurance et la stabilité du couple, venant perforer leur bulle prénuptiale. Kristoffer Borgli osculte la dynamique des relations, la façon dont elles se délitent et viennent silencieusement révéler les personnalités, avec un mélange de fascination et de malaise. Mais ce qui est aussi saisissant, c’est la façon dont le film pose un regard accusateur sur le fameux secret sans jamais remettre en cause un système vérolé de l’intérieur.

Difficile de parler de The Drama sans trop en dévoiler, alors restons en surface. Kristoffer Borgli livre une comédie grinçante qui, à travers une simple soirée entre amis, met en lumière l’hypocrisie, la toxicité et surtout la complexité des relations humaines, qu’elles soient amicales, sentimentales ou professionnelles. Comme une anti-romcom, le film pose un regard lucide sur ses personnages, leurs non-dits et ces petits mensonges en apparence anodins au sein du couple. En choisissant un sujet aussi délicat, le réalisateur s’amuse à tester les limites de l’amour, le vrai, ou plutôt l’idée qu’on s’en fait.

Ce n’est pas pour rien que l’histoire du film se situe pile juste avant le mariage, période d’une félicité apparente, où chacun se raccroche aux meilleurs souvenirs pour consolider une image idéalisée de l’autre. The Drama vient donc interroger ce qui nourrit une relation, du premier mensonge à peine perceptible au début d’une histoire (le roman non lu)  jusqu’aux dynamiques plus ambiguës du couple d’en face. Et si, finalement, le véritable secret d’une relation solide consistait à briser cette illusion, pour s’assurer que l’on aime l’autre tel qu’il est, et non comme une projection de soi-même ? Derrière un secret particulièrement explosif, The Drama dérange, questionne et met à nu ce qui pourrait bien être l’un des fondements d’une histoire qui dure.

Cependant, en restant strictement centré sur l’intime, le film laisse hors champ tout un pan de réflexion que son sujet semblait pourtant convoquer. Ce refus d’élargir le regard crée un léger déséquilibre : là où The Drama excelle dans l’analyse des dynamiques personnelles, il paraît beaucoup plus timide dès qu’il s’agit d’en interroger les implications collectives. C’est peut-être là la limite (ou l’atout) d’avoir un réalisateur norvégien et non américain à la tête du film pour aborder ce sujet houleux.

Côté casting, c’est clairement là que le film prend toute son ampleur. Robert Pattinson (Mickey 17, The Batman, Tenet…) et Zendaya (Dune, Spider-Man, Challengers…) forment un duo crédible, oscillant constamment entre attachement, malaise et fragilité. Ils captent parfaitement cette zone grise où l’amour se mélange à la peur de perdre l’autre. En miroir, Mamoudou Athie (Archive 81, Jurassic World : Le Monde d’Après, Élementaire…) et Alana Haim (Une Bataille Après L’Autre, Licorice Pizza…) incarnent un couple en apparence solide, mais dont les fondations sont beaucoup moins saines qu’elles n’y paraissent. Et oui, j’ai adoré détester le personnage d’Alana Haim, la parfaite incarnation de l’amie passive-agressive qui gravite dans l’entourage, prête à dégainer son jugement caustique à la moindre occasion.
Autour d’eux, Hailey Gates (Marty Supreme, Challengers…), Hanna Gross (The Sinner, Joker…) et Damon Gupton (La La Land, Your Honor…) complètent un ensemble solide, qui donne au film cette impression de réalisme un peu gênant, comme si on assistait à un accident au ralenti… sans pouvoir détourner le regard.

En conclusion, Kristoffer Borgli confirme son goût pour les récits qui mettent à l’épreuve les faux-semblants. Derrière son apparente légèreté, The Drama s’impose comme une dissection fine et inconfortable du couple, laissant le spectateur face à une interrogation simple mais vertigineuse : que reste-t-il quand l’image s’effondre ? À voir.

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