Épouvante-horreur, Comédie

[CRITIQUE] They Will Kill You, de Kirill Sokolov

Le pitch : Engagée comme femme de ménage dans un immeuble new-yorkais aussi luxueux qu’énigmatique, une jeune femme découvre peu à peu que le bâtiment est lié à une série de disparitions inexpliquées.

Repéré en 2019 avec Why Don’t You Just Die, Kirill Sokolov s’était imposé comme un cinéaste à suivre, avec un goût prononcé pour l’humour noir et une violence stylisée assumée. Un parcours qui rappelle celui de Timur Bekmambetov, passé d’un cinéma local ambitieux (Nightwatch et Daywatch) à des productions américaines plus démonstratives comme Wanted. Et They Will Kill You semble justement marquer ce virage.

Le film ne perd pas de temps et plonge immédiatement son héroïne dans l’action, révélant au passage ses enjeux un peu trop tôt. Une entrée en matière efficace, mais qui court-circuite toute montée en tension. S’ensuit une longue traque d’environ 1h30, rythmée par des séquences de violence graphique où le sang gicle généreusement, dans une esthétique presque ludique où on suit une héroïne évoluer comme dans un jeu vidéo alors qu’elle passe de niveau en niveau, jusqu’à atteindre le fameux « big bad ». Sur ce point, difficile de nier une certaine virtuosité : Kirill Sokolov sait cadrer, dynamiser ses plans, jouer avec les espaces, notamment dans les couloirs et tunnels, et construire des séquences lisibles malgré le chaos ambiant et des espaces parfois confiné.

Pourtant, cette surenchère formelle finit par tourner à vide. They Will Kill You ressemble à une bande-démo géante où chaque scène cherche à prouver que son réalisateur maîtrise ses effets. L’accumulation de plans stylisés et de chorégraphies violentes finit par saturer, évoquant autant les délires pulp de Quentin Tarantino (Kill Bill en tête de liste) que le cinéma d’action de David Leitch (Bullet Train, Atomic Blonde…), sans jamais atteindre leur sens du rythme ou leur capacité à donner du poids à la violence.
Et c’est bien là que le film s’effondre : il ne raconte rien ou presque. Malgré quelques tentatives d’explications à coups de flashbacks et d’apartés, le mystère a l’épaisseur d’une feuille de PQ, flirtant avec le prévisible du début à la fin. Pire encore, le film pompe largement la trame du film Wedding Nightmare du duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (dont la suite arrive bientôt, d’ailleurs !), jusque dans son concept de pacte diabolique !

Mais le vrai problème, en réalité, c’est qu’on s’en fout de ses personnages. Ces derniers sont à peine esquissés, enfermés dans des archétypes simplistes. L’héroïne elle-même peine à susciter de l’empathie, introduite sous un jour peu engageant et jamais réellement développée (comment a-t-elle appris à se battre ? en prison, parce que visiblement les prisons sont des camps d’entrainements au MMA 🤷🏽‍♀️). Quant aux antagonistes, ils restent des figures creuses, sans épaisseur ni véritable menace, et en dehors des acteurs principaux, se réduisent à de la chair à pâté anonyme et gratuite. On assiste à une succession de meurtres sans enjeu, ni émotion, ni impact puisque, on l’apprendra assez tôt, les morts ne comptent pas. Juste du sang et des morceaux qui giclent. Alors oui, le contrat est rempli, mais avouons-le : on se fait rapidement chier.

En effet, la violence graphique au cinéma n’est pas toujours un ticket gagnant, ni l’ingrédient magique pour un film réussi : elle peut être le prolongement d’une volonté viscérale de survivre (comme dans Wedding Nightmare justement) et ainsi susciter de l’empathie envers un personnage qu’on a envie de voir réussir. Mais elle peut aussi devenir un terrain de jeu assumé où elle devient la réponse juste à un contexte équivalent (comme dans un Destination Finale, par exemple). Avec They Will Kill You, Kirill Sokolov tombe dans le piège béant de la violence comme ressort comique, usant et abusant de la gratuité de ses effets jusqu’à rendre le moindre effort sanguinolent risible (oh, un œil qui se balade tout seul, hihi). Même pour un film pop-corn, j’en demande un chouilla plus.

Même la conclusion, censée en mettre plein la vue, sombre dans un grand n’importe quoi démonstratif (rappelez-vous, le big bad de jeu vidéo), où l’esbroufe prend définitivement le pas sur toute logique interne. Entre symbolique forcée et absurdité pure, They Will Kill You empile les idées sans jamais les justifier, laissant derrière lui une série de questions sans réponse… et surtout, un profond désintérêt.

Au casting : Zazie Beetz (Deadpool 2, Joker, Les Bad Guys 2…) ne démérite pas dans son personnage combatif et prêt à tout, face à un groupe d’assaillants mené par un combo surprenant porté, entre autres, par une Patricia Arquette (Boyhood, Murdaugh Murders, Severance…) énigmatique et peu inspirée, une Heather Graham (Wander, The Last Son…) méconnaissable, un Paterson Joseph (Wonka, The Leftovers…) inexpliqué et un Tom Felton (Harry Potter, Flash…) abonnés aux rôles de “ptits cons”. On y découvrira également une Myha’la Herrold (Black Mirror, Industry…) peu remarquable, tandis que James Remar donne de la voix à un personnage de l’ombre.

En conclusion, They Will Kill You peut impressionner et amuser grâce à sa mise en scène survoltée et démonstrative, mais échoue à raconter une histoire digne de ce nom. Malgré ses quelques fulgurances visuelles et une énergie presque convaincante, le film de Kirill Sokolov se résume à un spectacle gore mais gratuit, desservi par un manque cruel d’écriture et d’incarnation. À tenter, comme un amuse-bouche avant Wedding Nightmare 2, j’imagine…

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