[CRITIQUE] Deadpool 2, de David Leitch

Le pitch : L’insolent mercenaire de Marvel remet le masque ! Plus grand, plus-mieux, et occasionnellement les fesses à l’air, il devra affronter un Super-Soldat dressé pour tuer, repenser l’amitié, la famille, et ce que signifie l’héroïsme – tout en bottant cinquante nuances de culs, car comme chacun sait, pour faire le Bien, il faut parfois se salir les doigts.

Après le succès surprise de Deadpool en 2016, le mercenaire à l’humour trash et déjanté reprend du service pour un deuxième opus. Cette fois, David Leitch, l’autre moitié du duo qui avait servi le premier John Wick, qui s’y colle, quelques mois après son premier film solo, Atomic Blonde. Qui dit Deadpool 2 dit deux fois plus d’humour, d’action et de personnages. Mais évidemment, en ayant osé le film de super héros irrévérencieux, l’enjeu était de taille et beaucoup se sont cassés les dents en proposant une suite trop souvent calquée sur les empreintes encore fraîches du premier opus (Kingsman – Le Cercle d’Or, par exemple…), tandis que d’autres ont divisé en changeant leur fusil d’épaule (Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2).

Sur le papier, Deadpool 2 répond au cahier des charges, notamment en abusant de sa particularité : à savoir sa possibilité d’être au courant qu’il est un personnage de film (self awareness) afin de multiplier les références pop et les vannes bien senties pour amuser la galerie. Le film de David Leitch renoue avec l’ADN du premier Deadpool, entre violence et réflexions trashs pour alimenter une trame jonchée d’actions et d’effets spéciaux. Si le film de Tim Miller vous a plu tel quel et que vous ne connaissez pas le personnage via les comics, Deadpool 2 reste un divertissement sympathique et tolérable.

Oui mais voilà… L’intérêt de faire une suite à un film, c’est pour mieux explorer le ou les personnages centraux afin de les faire évoluer. Il fut un temps où les deuxièmes films étaient souvent consacrer à la partie obscure d’un héros, révélant de sombres secrets qui les tourmentent et qu’ils doivent affronter pour être la meilleure version d’eux-mêmes (The Dark Knight, Iron Man 2, Captain America – Le Soldat de l’Hiver…). Dans Deadpool 2, vous ne retrouverez rien de tout cela. David Leitch vise la surenchère à tous les étages et livre un film pas rebutant et souvent drôle, mais méchamment bancal, en remâchant les meilleurs ingrédients du premier film sans jamais faire avancer le schmilblick. Résultat, Deadpool 2 assomme avec une première partie épuisante concentrée autour d’un one-man-show dense autour du héros qui enchaînent les vannes à la minute et les pitreries pour amuser la galerie. Le sketch est d’une lourdeur déconcertante et déjà vue, on l’a compris : Wolverine, l’absence d’autres X-Men, les blagues sous la ceinture… Le film se cache derrière ses propos politiquement incorrects pour masquer l’absence réelle de prise de risque. Certes, l’humour tendancieux de Deadpool colle à celui des comics, mais où est passé le coté sanguinaire et sans état d’âme que les fans attendent ? Le bon sentiment latent des films de super héros finit par reprendre le dessus, alors que Deadpool 2 amorce, après une heure de bavardage sans queue ni tête, une seconde partie enfin plus dynamique et variée.

En effet, le film de David Leitch regagne un peu d’intérêt lors que la X-Force s’assemble, notamment grâce à une Domino très cool et quelques autres surprises bien trouvées (gardez bien les yeux ouverts !). Au bout d’une (longue) heure, Deadpool 2 trouve finalement un sens et un objectif, permettant de nous immerger dans des scènes d’action bien plus réjouissantes et attractives. L’ajout de nouveaux personnages permet d’aérer un peu l’ensemble un peu lourdingue et centré sur un héros cannibal, tandis que d’autres plus secondaires trouvent une véritable place.
Cependant, l’ensemble reste assez fragile et creux car dans sa globalité : une fois les blagues retirées du scénarios et les moments d’esbroufe (des ralentis léchés et des affrontements musclés entre Deadpool et Than… pardon, Le Winter Sold… arf, désolée, je veux dire Cable), il ne reste qu’un bout de papier assez transparent, fabriqué difficilement autour d’une trame cousue de fils blancs. Au final : qui sont (ou étaient) les vrais méchants ? quels étaient leurs objectifs ? Deadpool 2 ne donne aucune réponse et se contente de se précipiter dans le sauvetage d’un gamin sans aucune raison apparente, en hachurant le récit par un trip spirituel mal dégrossi. David Leitch saute à pieds joints dans les pièges qui tendaient les bras à cette suite décousue et réalise un film qui se repose sur les lauriers du premier opus, oscillant entre une première partie trop lourde et une seconde plus punchy et blindée d’action, sans pour autant parvenir à créer un ensemble solide, aussi léger et surprenant que le premier.
Il faut aussi ajouter des problèmes de timeline pour cause de montage à la hâte (et d’incrustation d’images à la dernière minute, hm-hm), ainsi que le désintérêt total pour les origines de Cable et Domino. Dommage.

Au casting : Ryan Reynolds (Hitman and Bodyguard, Life : Origine Inconnue, Criminal : Un Espion Dans La Tête…) reprend le rôle de sa vie et s’éclate dans son nouveau film, peut-être un peu trop et souvent dans son coin en explosant le compteur de vannes et de répliques irrévérencieux (parfois difficile à suivre). À ses cotés, on retrouve également Brianna Hildebrand (Tragedy Girls…) qui continue de bouder et la voix de Stefan Kapičić retrouve un Colossus mieux exploité, tandis que Morena Baccarin (Gotham, Spy…), Karan Soni (SOS Fantômes…) ou encore T.J. Miller (Ready Player One, Silicon Valley…) et Leslie Uggams ferment la marche des retrouvailles. Côté petits nouveaux, Josh Brolin (Avengers – Infinity War, Sicario, Everest…) parvient à incarner un Cable bourru à souhait, bien qu’un poil trop monolithique, Zazie Beetz (Atlanta, Geostorm…) est une excellente surprise en Domino et Julian Dennison est également convaincant. Ce sera également l’occasion de découvrir Shiori Kutsuna (Oh Lucy!…) et de voir des visages bien connus comme Terry Crews (Brooklyn Nine-Nine…), Bill Skarsgård (Ça…) ou encore Eddie Marsan (Atomic Blonde…). D’autres surprises sont au rendez-vous coté caméo… sauf celui de Stan Lee !

En conclusion, pour être honnête, je n’attendais pas vraiment ce film. Après une excellente origin story, j’espérais un Deadpool 2 plus solide et plus ambitieux, mais je me suis retrouvée devant une redite verbeuse, noyée dans un flot presque incessant de vannes réchauffées et une trame mal équilibrée. Déjà après avoir vu Atomic Blonde, souvenez-vous, je craignais que David Leitch soit le maillon faible du duo de John Wick… Ces craintes semblent à présent confirmées. Si l’ensemble est relativement sympathique, il est loin de retrouver la fraîcheur et l’audace du premier Deadpool. À voir.

PS : il y a une scène et demi bonus pendant le générique de fin et rien tout à la fin. On en reparle bientôt ^^

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