Action, Comédie

[CRITIQUE] Bullet Train, de David Leitch

Le pitch : Coccinelle est un assassin malchanceux et particulièrement déterminé à accomplir sa nouvelle mission paisiblement après que trop d’entre elles aient déraillé. Mais le destin en a décidé autrement et l’embarque dans le train le plus rapide au monde aux côtés d’adversaires redoutables qui ont tous un point commun, mais dont les intérêts divergent radicalement… Il doit alors tenter par tous les moyens de descendre du train.

Remarqué grâce au premier John Wick, co-réalisé avec Chad Stahelski, David Leitch a enchaîné les blockbusters avec notamment Deadpool 2 et Fast and Furious: Hobbs and Shaw. Deux films particuliers, puisqu’il s’agit respectivement d’une suite et d’un spin-off, qui ont été soumis aux désidératas de leurs studios respectifs, ce qui a donné un premier film saturé de gimmicks drolatiques codifiés par la pop-culture et un second bourré de testostérones à la mise en scène commune voire interchangeable. Du pop-corn qui fait le job, mais qui donnait surtout l’impression que Chad Stahelski était très certainement la meilleure partie du duo, en réalisant John Wick 2 et John Wick Parabellum entretemps.

Pourtant, la carrière de David Leitch est plus qu’honorable : cascadeur et doublure pour Brad Pitt et autre Matt Damon, mais également assistant réalisateur (ou réalisateur de seconde équipe) sur quelques films plus ou moins pop-corn remarqués ces vingt dernières années (Ninja Turtles 2, Captain America Civil War, Jurassic World…) : David Leitch baigne dans le cinéma d’action depuis longtemps et s’inspire largement des codes du genre… malheureusement avec un léger manque de finesse. Une lueur d’espoir scintillait déjà dans la filmographie de David Leitch grâce au film Atomic Blonde, sortie en 2017, où Charlize Theron campait une espionne aussi castagneuse que capiteuse. Cependant, l’imagerie bétonnée percée de néons roses participait à l’affadissement d’un film certes prometteur mais bien trop bourrin et grossier pour rester dans les mémoires (même si le fameux faux plan séquence du film reste une prouesse honorable). 

C’est donc avec une filmographie cahin-caha que David Leitch s’entoure de ses copains faits au passage (et de copains de copains) pour proposer Bullet Train, une comédie d’action à bord d’un train à grande vitesse japonais – et entrecoupé de pas mal de flashbacks explicatifs. L’installation est longue et démarre en dehors du fameux train, mais l’attente en vaut le coup. Les personnages sont tous aiguisés dans des moules pop qui transforment leurs potentiels dangereux en ressorts comiques qui seront utilisés (et réutilisés) tout au long du film pour amuser le spectateurs.
Certes, l’effet kiss cool de trop se marrer en humanisant des tueurs finit par rendre la menace un poil diffuse, mais l’avantage c’est que la poignée de personnages qui animent le film sont quasiment tous aussi conquérants que pratiquement accessoires. Du coup, entre un gentil méchant en pleine introspection karmique, un duo de vrais méchants et une jeune femme qui a l’air bien trop gentille pour être honnête, David Leitch propose une série de sous-intrigues qui vont se violemment se percuter à bord du train, donnant lieux à des scènes graphiques et tape-à-l’œil (même si on est très loin du talent de Bong Joon-ho dans son Snowpiercer). Du huis-clos au film à twists, en passant par une bonne dose d’actions chorégraphiée, Bullet Train se démarque par sa tonalité colorée et décomplexée qui assume son pendant comique tout en se mettant sur la gueule dans une ambiance paradoxalement légère. 

Globalement, j’ai passé un bon moment devant cette comédie d’action punchy, enrobé dans un emballage pop. Même si l’ensemble repose sur ses personnages décalés et bavards, Bullet Train assume son installation ostentatoire aux accents bordéliques, tandis que l’intrigue divertit suffisamment pour oublier les quelques défauts du film qui l’empêche d’être pris trop au sérieux. Fun et décontracté, le film de David Leitch sera oublié d’ici la fin de l’été, certes, mais il a le mérite de tenir ses promesses. Heureusement, entre son casting attachant et les nombreuses cascades qui rehaussent la dynamique déjà effervescente du film, Bullet Train se révèle être un découverte un chouille fastoche et souvent grossière, mais relativement efficace.  

Si je lorgne de plus près du coté des bémols du film, il est difficile d’oublier la tentative évidente de marcher sur les traces d’un certain Quentin Tarantino (ou d’un old school Guy Ritchie), à travers ses personnages multiples dont les histoires se croisent, à grand coup de flashbacks souvent trop longs. Cependant, le manque de maîtrise à la narration apparaît dès l’ouverture du film à cause de son exposition bavarde et ne parvient pas à éviter le quart d’heure explicatif final pour justifier toute son intrigue. David Leitch se repose sur sa carrière de cascadeur pour fabriquer des affrontements visuellement cools, mais oublie souvent de soigner l’ensemble de sa mise en scène, ce qui rend parfois le film brouillon là où j’aurai aimé voir plus d’originalité. En réalité, en allant voir le film, j’avais oublié qui le réalisait et en cours de route, je me suis demandée pourquoi il y avait autant de références à Deadpool 2… Je sais maintenant pourquoi : au-delà du casting et d’un certain caméo, les artifices de Bullet Train font justement l’effet d’un déjà-vu puisque David Leitch reproduit des idées qu’il avaient déjà exploitée auparavant… Et ca se voit. 

Enfin, l’un des atouts principaux de Bullet Train fait aussi office de désavantage : David Leitch fait appel à son carnet d’adresses et réunit un casting aussi flamboyant qu’un chouilla flemmard sur les bords. En effet, si Brad Pitt (Le Secret de la Cité Perdue, Ad Astra, Once Upon a Time… In Hollywood…) amuse par son attitude nonchalante mi-hippie sur le retour, mi-tueur invincible, l’acteur fait le minimum syndical pour asseoir la « coolitude » de son personnage, qui tue presque malgré lui (malgré des années d’expérience). Autour de lui, Bryan Tyree Henry (Les Éternels, Godzilla vs Kong…) et Aaron Taylor-Johnson (The King’s Man : Première Mission, Tenet…) forment un duo insolite qui fonctionne grâce au panache de l’un et à la force tranquille de l’autre, tandis que Joey King (The Act, The Kissing Booth…) s’éclate dans son rôle de jeune fille faussement innocente – même si le manque de subtilité de l’ensemble du film laisse peu de doute quant à la face cachée de son personnage. À l’affiche également, Hiroyuki Sanada (Life: Origine Inconnue…) sauve Andrew Koji (Snake Eyes…) de son rôle un poil inintéressant, tandis que le reste du casting compte aussi Zazie Beetz (Joker…), Benito A. Martinez Ocasio aka Bad Bunny, Michael Shannon (À Couteaux Tirés…) et Logan Lerman (Le Monde de Charlie…) ainsi que Sandra Bullock (Le Secret de la Cité Perdue, Ocean’s 8…) renvoie l’ascenseur à son « copain » Brad *wink wink*.
Aussi, deux caméos sont à découvrir pendant le film. 

En conclusion : oui, on dirait un sous-Tarantino (notamment Pulp Fiction et Kill Bill…) mal rythmé avec les gimmicks lourdingues de Deadpool 2 ; oui, c’est parfois grotesque et façonné au burin ; oui, l’échappatoire comique et l’intention visible d’être « super cool » rend l’ensemble tapageur et grossier. Ceci étant dit : Bullet Train est un gros bonbec criard et bien sucré qui saura caler toutes envies de comédie d’action délirante, entre une bonne dose de violences ponctuées par des morts certaines et un humour décalé pour faire passer la pilule. À voir. 

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