[CRITIQUE] Atomic Blonde, de David Leitch

Action survitaminée et ambiance après-guerre, Atomic Blonde a les atours du film testostéroné classique dont la principale originalité est d’avoir une femme dans le rôle du héros. Dans l’ensemble, le film de David Leitch est plutôt bien fichu car ambitieux et marqué par une réalisation maîtrisée. Mais en y regardant de plus près, Atomic Blonde est surtout desservi par un scénario trop complexe et peu engageant, ce qui rend le film aussi froid que lassant, malgré une surdose d’action explosive et une volonté bien présente de livrer un film cool et une héroïne badass. Entre manque d’enjeux clairs et une valse de personnages peu attachants, le film ne se repose que sur son visuel (plutôt pas mal) et le potentiel accrocheur de ses acteurs, au-delà d’un quelconque intérêt pour ses personnages.  David Leitch serait-il le maillon faible du duo de John Wick (et surtout, doit-on s’inquiéter au sujet de Deadpool 2) ?

Le pitch : L’agent Lorraine Broughton est une des meilleures espionne du Service de renseignement de Sa Majesté ; à la fois sensuelle et sauvage et prête à déployer toutes ses compétences pour rester en vie durant sa mission impossible. Envoyée seule à Berlin dans le but de livrer un dossier de la plus haute importance dans cette ville au climat instable, elle s’associe avec David Percival, le chef de station local, et commence alors un jeu d’espions des plus meurtriers.

L’été est souvent le moment idéal pour lâcher en liberté un bon vieux film d’action des familles où un héros sans peur ni reproche déjoue les mauvais plans de ses ennemis avec sa [bip] et son couteau – comme le veut l’expression. Après le reboot de Jason Bourne l’année dernière, c’est au tour d’Atomic Blonde de dépoussiérer le genre en proposant une héroïne. Un choix plutôt rare sur nos écrans, pourtant pas inédit (Salt de Phillip Noyce en 2010 s’offrait la belle Angelina Jolie pour remplacer Tom Cruise dans le rôle titre), mais qui a le mérite d’attirer l’attention, surtout avec une Charlize Theron qui aime faire des choix étonnants avec sa carrière. Si à l’origine le film devait être réalisé par le même duo de John Wick (2014), Chad Stahelski a préféré se concentrer sur l’excellent John Wick 2, laissant David Leitch aux rennes du projet – ce qui restait rassurant puisque ce dernier a fait ses armes sur de nombreux et récents blockbusters (Ninja Turtles, Captain America – Civil War, Jurassic World…).

Atomic Blonde est donc un popcorn movie assumé, destiné à divertir les salles obscures durant l’été, en proposant de l’action et une héroïne badass. À l’arrivée, David Leitch livre un résultat en double teinte. Sur la forme, Atomic Blonde propose un film d’espionnage très stylé et visuellement réussi, situé dans une Allemagne au bord de la réunification qui oscille entre des décors gris marqués par les stigmates d’une guerre encore présente et des pointes de couleurs punchys qui marquent aussi bien l’identité du film que le frisson de rébellion qui traverse le contexte. David Leitch propose un ensemble bien rôdé et fluide, qui met le spectateur dans le bain tandis que le film aligne les codes du thriller d’espionnage classique. J’ai apprécié la beauté des cadres et les jeux de lumières qui, en plus de mettre en valeur la belle Charlize Theron, offre une dimension supplémentaire au film qui, techniquement, se surpasse pour flatter l’œil du spectateur. Les flashs de blond platine et les lumières néons électrisent une photographie noire et blanche, Atomic Blonde assume ses origines glaciales jusqu’au bout de ses stillettos avec une assurance bien méritée. David Leitch joue avec ses espaces, les scènes d’actions sont très lisibles, bien que millimétrées au mouvement près.

Cependant, si la première partie d’Atomic Blonde titille la curiosité, l’originalité du film s’émousse rapidement au fur et à mesure que le film avance. À l’image du récent Conspiracy, le scénario ne propose rien de nouveau : Atomic Blonde nous plonge dans un monde où la méfiance déborde de l’écran par tous les pixels possibles, empêchant immédiatement le moindre attachement pour chaque personnage, tandis que l’intrigue ne cesse d’évoluer pour se complexifier chaque minute un peu plus. J’ai rapidement perdu le fil entre les intérêts et les enjeux de chaque protagoniste, en attendant la prochaine bagarre ou scène d’action qui viendrait réveiller cet ensemble un chouilla bavard et m’as-tu-vu. En effet, David Leitch vise l’esbroufe : trop occupé à vouloir démontrer ses capacités en tant que réalisateur, tout en collant au plus près à l’identité du roman d’Antony Johnston (The Coldest City), il en oublie finalement de soigner la mise en avant de ses personnages. Rapidement, le scénario écrit par Kurt Johnstad (300 et 300 – La Naissance d’un Empire…) s’enlise dans un méli-mélo de personnages manipulateurs, à peine rehaussé par une sous-intrigue saphique et un peu d’érotisme au rabais pour exciter le lourdeau du fond de la salle. Atomic Blonde a beau se rattraper avec une avalanche d’actions bienvenues, le cadre trop propret et soigné du film dénote avec le caractère insolent du film qui propose finalement des scènes si léchées qu’elles perdent de leurs dynamismes, freinées par une chorégraphie bien trop visible… On pourrait presque compter le tempo entre chaque mouvement !

Oui, visuellement Atomic Blonde en jette et remplit partiellement son contrat en proposant action et jolie héroïne qui se castagne comme un bonhomme, avec, au passage, un faux plan-séquence d’une dizaine de minutes très sympathique. Mais finalement, y a-t-il réellement quelque chose à retenir de ce film ? À force de faire des nœuds dans l’intrigue, le divertissement et l’action ne suffisent pas à renforcer un film sans véritable intérêt et prévisible surtout par défaut que par souci d’originalité. Malgré une réalisation maîtrisée et des choix de mises en scène audacieux, David Leitch délaisse le divertissement pour une démonstration appliquée de son répertoire, transformant un concept vaguement original en un opus trop froid et peu engageant. Dommage.

Au casting, Charlize Theron (Fast and Furious 8, Le Chasseur et la Reine des Glaces, Mad Max : Fury Road…) règne en maîtresse sur le film, son charisme naturel l’emporte aisément sur son personnage peu expressif. Autour d’elle, James McAvoy (Split, X-Men : Apocalypse, Docteur Frankenstein…) est un régal, même si son personnage tourne en boucle et s’encanaille avec un twist prévisible dès le départ, et Sophie Boutella (La Momie, Kingsman – Services Secrets…) écope d’un rôle bien trop cliché et superficiel pour un film qui se veut subversif en proposant un action hero au féminin, tandis que Til Schweiger (Inglourious Basterds, Target…) aurait mérité plus de visibilité car son personnage déterminé et cruel fait froid dans le dos.
À l’affiche également, John Goodman (Kong: Skull Island, 10 Cloverfield Lane…), Toby Jones (Tale of Tales…), Eddie Marsan (Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde…) et Bill Skarsgård (Divergente 3…) sont plus ou moins accessoires, certaines retrouvailles sont sympathiques mais ils donnent aussi l’impression de n’être là que pour récupérer leur chèque.

En conclusion : malgré une réalisation maîtrisée, le savoir-faire et l’envie de se démarquer en solo de David Leitch desservent le divertissement voulu. Si Atomic Blonde est rattrapée par une ambition cool et badass qui filtre à travers la photographie léchée du film, l’ensemble est entortillé autour d’un scénario à la fois trop complexe et sans intérêt qui rend le film et les personnages aussi froids que peu intéressants. Dommage. À tester, pour la beauté de l’image.

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