Thriller

[CRITIQUE] Mata de Rachel Lang

Le pitch : Blessée lors d’une opération clandestine au Niger, Mata, une agente du service action de la DGSE, perd la trace de son compagnon Antoine, capturé sur place. À son retour, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire et se saisit d’une mission de contre-espionnage dans les Alpes : une ombre semble relier ce dossier à l’embuscade en Afrique. Convaincue que ses supérieurs lui dissimulent des informations et hantée par la captivité d’Antoine, elle se lance dans une course contre la montre, hors de tout cadre officiel… au risque de tout perdre.

Pour son troisième long-métrage, Rachel Lang change de registre avec Mata, un thriller d’espionnage tendu qui s’aventure dans les coulisses de la DGSE. Si les films qui flirtent avec l’espionnage ne sont pas rares au cinéma, ils mixent souvent l’intrigue avec beaucoup d’action. Ici, contrairement au récent Badh, de Guillaume de Fontenay, Mata est un peu plus posé mais ne manque pas de tension, grâce un bon équilibre entre intrigue géopolitique, enquête de terrain et portrait intime. La réalisatrice (et scénariste) pose un cadre simple, sans fioriture, livrant les informations nécessaire pour prendre par à l’intrigue. Dès que l’héroïne se lance dans son enquête parallèle, elle s’enfonce progressivement dans un enchevêtrement de secrets et d’intérêts divergents… y compris les siens.

L’une des grandes réussites du film est sa capacité à nous faire pénétrer dans un univers dont on ne voit habituellement que la surface. Même si on se doute que le tout est relativement romancée, simplifiée voire fabriquée, Mata donne tout de même l’impression d’être une petite souris infiltrée au sein d’une machine ultra-cloisonnée, observant discrètement les méthodes, les protocoles et les jeux d’influence qui régissent le monde du renseignement. Comme le Dossier 137 de Dominik Moll, avec un registre différent, le film de Rachel Lang s’intéresse moins aux scènes spectaculaires qu’aux rouages d’un système complexe où chacun avance et se côtoie selon leurs propres intérêts.

Entre les informations qui arrivent au compte-gouttes, les secrets qui s’emboîtent comme des poupées russes et les motivations opaques des différents protagonistes, Mata maintient en haleine, alors qu’on attend le dénouement dans l’incertitude d’une issue positive ou non. Rachel Lang parvient à éviter le piège qui surexplique en permanence son propre scénario. Certes, il faut accepter de monter dans le train en marche, mais cela permet aussi d’embarquer le spectateur dès le départ, au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’emboîtent. Mata se concentre sur l’essentiel et accroche.

Résultat : Mata propose un récit fluide, direct et étonnamment accessible malgré la complexité apparente de son sujet. Dans un univers où le secret est précisément la règle, cette sensation de flou contrôlé paraît finalement très cohérente. Mata fonctionne également grâce à la tension constante qui traverse le récit. Au-delà des enjeux géopolitiques, le film raconte surtout l’obstination d’une femme, tout aussi insaisissable que son cadre de travail, qui refuse d’abandonner son partenaire, autant par devoir que par loyauté. Rachel Lang capte avec justesse l’attente interminable, l’espoir qui ronge et la détermination presque obsessionnelle qui pousse son héroïne à continuer coûte que coûte.

La mise en scène accompagne intelligemment cette dualité permanente. D’un côté, les bureaux administratifs, le cadre feutré et impersonnel, les collègues faussement anodins ; de l’autre, des fragments du Niger, ses paysages hostiles et les blessures laissées par une mission qui continue de hanter l’héroïne. Deux mondes qui coexistent en permanence sans jamais réellement se rejoindre, comme si la guerre menée dans l’ombre continuait d’imprégner chaque instant du quotidien.

Au casting, c’est Eye Haïdara (La Maison des Femmes, Monsieur le Maire, Brillantes…) qui mène la danse, nerveuse et convaincante. Je souligne en plus la rareté d’avoir une actrice Noire en premier rôle, d’autant plus que l’intrigue n’a rien à voir avec sa couleur de peau. Autour d’elle, Raphaël Personnaz (L’Opéra, La Femme la Plus Riche du Monde, Boléro…) hante le film, tandis que Joséphine Japy (Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan, Les Fantasmes, Mon Inconnue…) est parfaite en jeune espionne débutante. Hakim Jemili (Adieu Jean-Pat, L’Amour, c’est Surcôté…), Chloé Jouannet (Banlieusards 3, Mon Héroïne…) et Mélanie Laurent (Vice-Versa 2, Le Retour du Héros…) complètent l’ensemble.

En conclusion, sans révolutionner le thriller d’espionnage, Mata s’impose comme une proposition solide, maîtrisée et prenante. Rachel Lang privilégie l’intelligence de son intrigue à la surenchère spectaculaire et signe un film qui parvient à maintenir l’intérêt jusqu’au bout, tout en laissant une vraie place à l’humain derrière les mécanismes du renseignement. À voir.

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