Comédie, Drame

[CRITIQUE] La Femme La Plus Riche du Monde, de Thierry Klifa

Le pitch : La Femme La Plus Riche du Monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu’il ne dit. Des secrets de famille. Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2025, La Femme La Plus Riche du Monde s’inspire librement de l’affaire Banier-Bettencourt et la transforme en une comédie grinçante sur l’argent, le pouvoir et la solitude dorée. Thierry Klifa (Les Yeux de sa Mère, Tout Nous Sépare, Les Rois de la Piste…) reprend ici un fait divers aussi fascinant que toxique pour en tirer une chronique de la grande bourgeoisie, entre satire, mélancolie et vaine recherche d’amour.

Au détour d’une rencontre entre une riche héritière et un photographe flamboyant, La Femme La Plus Riche du Monde se construit sur ne relation ambiguë où la sincérité et l’emprise se confondent dans une tragicomédie élégante, sur fond de dépendance affective et de reconnaissance. Thierry Klifa ouvre son film sur une note enjouée, presque légère, avec des dialogues pleins d’esprit et une direction d’acteurs bien huilée. On rit (jaune) de ces gens qui possèdent tout mais s’ennuient quand même, et l’on observe avec un plaisir coupable leurs petits drames de salon. La Femme La Plus Riche du Monde rappelle parfois L’Origine du Mal de Sébastien Marnier, pour cette ironie sociale un peu grinçante qui flirte avec la satire sans tomber dans la caricature. C’est dans ces moments-là qu’il brille : lorsqu’il assume son goût pour l’ambiguïté, la comédie et la cruauté douce.

Malheureusement, cette énergie initiale s’essouffle rapidement. Thierry Klifa, qui semblait tenir une trame solide, se perd dans une multitude de sous-intrigues : une fille jalouse, un majordome taiseux, des magouilles politiques et même quelques relents d’Histoire mal digérés. Tout cela alourdit un récit qui aurait gagné à rester centré sur la relation centrale. La satire vire à la conversation mondaine, et la mise en scène, malgré ses jolis costumes et ses salons dorés, devient statique.

On finit par s’ennuyer devant tant de bavardages, alors que tout appelait à un duel plus tendu, plus sensuel, plus cruel. La Femme La Plus Riche du Monde finit par se regarder (le nombril) avec le même mélange de curiosité et de lassitude : fascinant au début, puis un peu creux à force de trop en dire. À l’arrivée, les intentions du films se brouillent : voulait-on dénoncer la déconnexion des ultra-riches ou pointer l’hypocrisie d’un système politique qui les protège ? À force de ne pas choisir, le film de Thierry Klifa perd en mordant ce qu’il gagne en politesse.

Au casting, on retrouve Isabelle Huppert (La Prisonnière de Bordeaux, Les Gens d’À Coté, Mon Crime…), parfaite comme souvent, en héritière désabusée et un peu glaciale, dans un mélange de contrôle et de fragilité qui la rend accessible. Face à elle, Laurent Lafitte (Les Barbares, Le Comte de Monte-Cristo, Classe Moyenne…) domine l’ensemble dans son personnage multiple : drôle, charmeur, manipulateur et parfois méprisant. On retrouve ce qu’il a de meilleur, ce mélange unique de légèreté et de noirceur. À une Virginie Efira ou Sandrine Kiberlain près, on était pile dans le Laurent Lafitte Universe, tant l’acteur côtoie bien souvent les mêmes partenaires !

Autour d’eux, Marina Foïs (Moi Qui T’Aimais, Barbaque, En Roue Libre…) joue la belle-fille rigide et Raphaël Personnaz (Le Tourbillon de la Vie, L’Opéra, Persona Non Grata…) incarne un majordome taiseux mais observateur et dévoué. Tout deux complètent un quatuor de tête et donnent du contraste au duo principal, entre inquiétude et méfiance. On retrouve également André Marcon (Une Jeune Fille Qui Va Bien, Boîte Noire…), Mathieu Demy (Le Procès du Chien, La Pampa…), Joseph Olivennes (Le Roi Soleil, Les Magnétiques…) ou encore Paul Beaurepaire (Planète B, Quand Vient L’Automne…) en toile de fond.

En conclusion, si certains parlent de La Femme La Plus Riche du Monde comme une sorte d’Anora pour les vieux (lol), Thierry Klifa livre surtout un film parfois caustique, souvent bavard et jamais tout à fait maîtrisé. Comme un miroir poli, c’est beau, élégant, mais un peu vide. À tester.

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