[CRITIQUE] Le Retour du Héros, de Laurent Tirard

Simple et drôlement efficace, Laurent Tirard signe une comédie amusante, animée par une intrigue pleine de supercheries et de gags, mêlant humour, aventures et costumes d’époque. Jean Dujardin est bien décidé à redorer son blason à travers Le Retour du Héros, sur lequel il règne en maître face à une Mélanie Laurent étonnamment complice. Si le duo est mis en avant tout du long, il faut aussi composer avec des seconds couteaux encombrants qui déséquilibrent parfois la fluidité de l’ensemble malgré une ambiance vive et enthousiaste. Sympathique et idéal pour les fans de Chouchou (ou alors était-ce Loulou ?) et d’un certain Hubert…

Le pitch : Elisabeth est droite, sérieuse et honnête. Le capitaine Neuville est lâche, fourbe et sans scrupules. Elle le déteste. Il la méprise. Mais en faisant de lui un héros d’opérette, elle est devenue, malgré elle, responsable d’une imposture qui va très vite la dépasser…

S’il y a une chose dont le cinéma français ne manque pas, c’est de la comédie. Et il y en a pour tous les goûts, entre humour potache avec la nouvelle vague menée par des Philippe Lacheau, Ary Abittan et compagnie, l’humour beauf populaire et redondant des Christian Clavier, Jean-Paul Rouve, Dany Boon et autres, ou encore celui plus branchouille des Guillaume Canet, Yvan Attal, etc… Et au milieu de ces films instantanément populaires gesticulent une variété d’œuvres, parfois de bonnes surprises et d’autres fois des produits bons pour les oubliettes.
Laurent Tirard fait partie de la bonne catégorie, après le succès de ses Petit Nicolas et le très sympathique Un Homme à la Hauteur il y a deux ans. Pas étonnant d’ailleurs qu’il rempile avec Jean Dujardin, en taille réelle cette fois, pour lui confier un rôle à la hauteur du comédien humoriste qu’on aimait bien autrefois. En effet, si la carrière de Jean Dujardin a explosé rapidement grâce à Brice de Nice (2005), puis le premier OSS 117 l’année suivante, il a capté l’attention d’Hollywood après le succès de The Artist en 2011, récompensé par l’Oscar du Meilleur Acteur. Toujours un pied entre deux côtes, l’acteur cumule les rôles plus sérieux, mais il faut avouer que ses rôles dans les films français (Mobiüs, La French, Un Plus Une…) sont plus solides que ses films américains (Le Loup de Wall Street, Monuments Men…).
Mais pourquoi vous fais-je donc l’historique de Jean Dujardin ? Tout simplement parce qu’en se focalisant sur des rôles dramatiques, l’acteur a délaissé la meilleure corde qu’il avait à son arc pendant un bon moment et, malheureusement, la dernière fois qu’il a tenté de la raviver c’était pour nous servir un Brice de Nice 3 honteux. Alors, retrouver le comédien au meilleur de lui-même dans Le Retour du Héros est un véritable plaisir.

En effet, le film repose sur un vaillant soldat qui revient de la guerre transformé en clochard rustre et se retrouve forcé de sauver les apparences, sous la houlette de la sœur de son ancienne promise – qui a bien failli se laisser mourir pendant sa longue absence. La ruse sensée être temporaire devient une véritable mascarade qui n’en finit plus d’être monter en épingle par un héros clinquant et prompt à l’improvisation, créant ainsi des situations ubuesques et fantaisistes, face à une complice de plus en plus désarçonnée. De gags en quiproquos, Laurent Tirard tisse une intrigue, certes cousue de fils blancs, mais si enlevée et amusante qu’elle se laisse agréablement suivre sans effort. Jean Dujardin excelle dans ce personnage à la fois neuf et familier de macho arrogant, mi-escroc mi-gentil qui rappelle d’ailleurs un certain Hubert Bonisseur de La Bath ! Pas étonnant que l’acteur ait récemment confirmé un troisième opus d’OSS 117, car Le Retour du Héros a tout du tremplin rassurant pour justement assurer cette future trilogie. Une telle ressemblance de personnage ET l’annonce d’un nouvel OSS 117 : c’est trop gros pour n’être qu’une simple coïncidence.
Dans l’ensemble, le film fonctionne plutôt bien, entre énergie, bonne volonté mais aussi beaucoup de facilités et d’anachronismes pour susciter l’hilarité. Cependant, si le duo phare brille et porte le film sur leurs épaules, le reste des personnage semble rester spectateurs du show au lieu d’y participer. Du coup, Le Retour du Héros claudique visiblement, handicapé par une poignée de seconds rôles interchangeables et accessoires. Cela a tendance à affaiblir le film, trop focalisé sur son Héros pour faire vivre le reste.

Pour son cadre, Laurent Tirard surprend en situant l’action autour du 19e siècle, permettant ainsi de reproduire les décors et les costumes d’époque. Si l’ensemble semble plus factice que naturel, cela contribue à l’ambiance extravagante du film, habitée par une bourgeoisie maniérée et clownesque. Le réalisateur ose se démarquer avec un film d’époque, ce qui est assez rare de nos jours pour une comédie. Pourtant, à force de pousser son histoire jusqu’à une issue voulue explosive, Le Retour du Héros ne parvient pas à faire la transition entre le paraître et le réalisme. C’est peut-être pour cela que la mise en scène très théâtrale ajoutée aux costumes donne un effet « fait-maison », notamment lors du dernier tiers aux allures de jeux de rôles historiques entre copains.

Au casting et aux cotés de Jean Dujardin – vous l’aurez compris : Mélanie Laurent (Enemy, Respire, Plonger…) étonne dans ce registre, s’avérant drôle et à l’aise dans la comédie. Malheureusement, si ce duo fait vivre le film, le reste du casting est une véritable déception tant il est relégué au second plan. À la fois baromètre émotionnel pour le public et accessoires, Evelyne Buyle, Christian Bujeau (Alibi.com…), Laurent Bateau (Le Goût des Merveilles…), Jean-Michel Lahmi (Mon Poussin…) sont anecdotiques, tandis que Noémie Merlant (Le Ciel Attendra…) est souvent effarante.

En conclusion, j’ai trouvé Le Retour du Héros sympathique, drôle et original. Laurent Tirard ose mêlé comédie et aventures dans un film d’époque, confiant à sa star, Jean Dujardin, un retour sur la scène comique plutôt convaincant. Cependant, en misant uniquement sur la star du film, Le Retour du Héros semble encombré par ses personnages secondaires trop nombreux et inintéressants, ce qui a tendance à affaiblir l’ensemble. À voir, surtout si vous êtes fan de Dujardin, sinon l’expérience risque d’être compliquée.

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