The Master : Puissant, brillant… mais frustrant !

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Une réalisation maîtrisée, un Joaquin Phoenix magistral face à un Philip Seymour Hoffman incroyable, une mise en scène léchée alliant une photographie superbe et des faces-à-faces puissants et frissonnants… The Master avait tous les ingrédients du pur chef-d’oeuvre. Car Paul Thomas Anderson (There will be blood, 2007) n’en est pas à son coup d’essai et il signe ici l’une de ses pièces maîtresses, assumant entièrement son statut de perfectionniste… Peut-être trop ? En effet, The Master subjugue par bien des points, mais la sophistication prononcée du film prend largement le pas sur l’émotion. Frustrant.

Le Pitch : Freddie Quell est un vétéran. Alcoolique et désabusé, il ne fait que survivre au rythme de ses ivresses, jusqu’au jour où il rencontre un homme qui décidera de lui tendre la main…

Rythmé par une bande originale millimétrée, discrète mais entêtante, The Master narre la rencontre entre deux personnalités extrêmes. D’un coté, l’ivrogne agressif qui ne s’est jamais remis de ses blessures de guerre (et d’autres, plus profondes), vivotant sur le fil du rasoir, et de l’autre un homme charismatique qui saura percer la carapace du vétéran, tout en l’entraînant dans son mouvement appelé La Cause.

The Master est un film aussi énigmatique que ses personnages… Ici Anderson observe (et dénonce) les mécanismes de persuasion des organisations sectaires (en visant l’église scientologique) à travers la relation volcanique entre ces deux hommes que tout semble opposer. Entre séduction et manipulation, la mise en place de la trame est presque perverse et engloutit ses personnages, les traînant dans son sillage sans qu’ils ne s’en aperçoivent. Alors qu’il est suivi aveuglément par ses troupes, un mystère déroutant entoure le “gourou”, est-il sérieux ou n’est-il rien de plus qu’un affabulateur ? Dans une atmosphère pesante, entre soumission et crainte, The Master donne l’impression que quelque chose bout en filigrane, comme une tension latente sur le point d’exploser d’une minute à l’autre. Anderson nous assène de nombreuses scènes fortes en émotions, alternant les jeux de pouvoir et les épreuves de soumission, sans jamais cesser de jouer avec nos nerfs. En fait, le film décrit plus qu’il ne justifie, sans chercher le dénouement à tout prix.

Une véritable puissance se dégage du film, d’une part, par une recherche artistique pointue où chaque plan, chaque scène semblent avoir été calculés à une poussière près et, d’autre part, par la force et le charisme de chaque personnage, renforcé par des dialogues d’une écriture brillante. Pourtant… c’est incroyable à dire, mais finalement The Master n’aboutit pas. Avec une telle application et d’un tel souci du détail frôlant la précision chirurgicale, Anderson finit par porter préjudice au film. En effet, l’aspect technique du film est si imposant que la qualité émotionnelle du film disparaît et alors, les longueurs et les faiblesses du film se font sentir. Une fois habitué à toute cette démonstration de savoir-faire, The Master devient rapidement trop long, trop compliqué et froid… Le film avance lentement et, au fur et à mesure, perd de son attrait. Si les face-à-face brûlants et les discours alambiqués intriguaient au début, on finit rapidement par se demander quel est le but de ce film. Pourquoi avoir planter autant d’idées et autant de décors, pour finalement ne quasiment rien exploiter ?

Anderson finit par nous perdre en court de route et c’est incroyablement frustrant. Comment peut-on faire un film aussi calibré et racé, mais totalement dénué de chaleur ? On aurait aimé en voir plus, découvrir un Freddie Quell avant et après La Cause, que le film se conclue par une sorte d’épiphanie… mais il n’en sera rien.

Coté casting : Joaquin Phoenix commençait à se faire rare sur nos écrans, absent depuis I’m Still Here (2010) et sa fausse reconversion en rappeur hip-hop. Habité, transcendé, il vole toute l’attention à chaque fois qu’il apparaît, malgré des mimiques peut-être un peu trop prononcées. Face à lui, nous retrouvons également Philip Seymour Hoffman (Truman Capote en 2005, Les Marches du Pouvoir et Le Stratège en 2011), nous offre également une belle performance, parfois excessive mais toujours brillante. Pour les épauler, c’est Amy Adams (The Fighter, 2010) qui incarne la femme troublante de Lancaster Dodd, dont le rôle n’est finalement pas assez mis en avant, comparé à l’influence qu’elle a sur son mari.

En conclusion, The Master est une oeuvre captivante à la réalisation exemplaire, malheureusement la complexité du scénario et son manque d’élan rend le film plutôt indigeste. Dommage.

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