[CRITIQUE] Le Nouveau Stagiaire, de Nancy Meyers

le nouveau stagiaire

Mignon et un poil girly malgré tout, Le Nouveau Stagiaire est une comédie agréable qui se savoure sans effort. Grâce à un duo père-fille de substitution, Nancy Meyers vise juste dans ses problématiques générationnelles, tout en offrant de jolis moments d’humour et d’émotions dans un univers à la fois glamour, chic et familial. Le hic cependant, Le Nouveau Stagiaire est souvent trop lisse et prévisible, malgré une trame pourtant inédite mais qui manque de subtilité. Au final, le film est un peu trop parfait et propre sur lui pour convaincre à 100%, on en ressort charmés mais un peu sceptique.

Le pitch : Ben Whittaker, un veuf de 70 ans s’aperçoit que la retraite ne correspond pas vraiment à l’idée qu’il s’en faisait. Dès que l’occasion se présente de reprendre du service, il accepte un poste de stagiaire sur un site Internet de mode, créé et dirigé par Jules Ostin.

Vous souvenez vous d’Andy, dans le Diable s’Habille en Prada ? Et bien elle a grandit et dirige aujourd’hui une entreprise de e-commerce florissante ! Ou presque…
Après les cutissimes Tout Peut Arriver, The Holidays et Pas Si Simple, Nancy Meyers s’essaie au film inter-générationnel, qu’elle façonne avec ses propres codes. Dès le début, le terrain est balisé : si l’histoire est plutôt neuve, le traitement n’a rien de surprenant. Le Nouveau Stagiaire propose une trame prévisible et suit un chemin bonhomme qui ne soit sa réussite qu’à la performance de ses acteurs. En effet, alors que Jules doute de Ben, ce dernier plait à tout le monde grâce à sa force tranquille et ses observations perspicaces, devenant rapidement un papa de substitution pour le reste des personnages, en leur offrant un toit sur la tête ou des conseils en séduction. Là où Le Nouveau Stagiaire séduit, c’est surtout grâce à son univers ultra féminin et glamour qui sait équilibrer le moderne et le cliché sans trop en faire. Le film évolue dans une ambiance positive et pétillante qui donne le sourire : tout le monde s’adore et le monde est presque parfait, illuminé par des sourires ultra white bright parce que travailler dans le web c’est surtout une grosse blague (sic). Nancy Meyers donne envie avec cette comédie sympatoche aux angles bien arrondis, histoire qu’elle puisse passer partout, sans que son approche surfaite et un poil creuse ne gêne réellement (bien que l’ignorance béante de la réalisatrice sur le secteur du e-commerce soit très nettement visible, mais bon).

En effet, derrière les apparences bienheureuses, il y a bien évidemment des complications, légères et transparentes, certes, mais qui permettent au film de nous embarquer pendant ces deux heures de blablas incessants tandis que notre héros tente de guider sa partenaire (très bavarde) aussi bien dans son travail que dans sa vie privée. L’ensemble est frais, grâce à un duo attendrissant et des seconds rôles attachants. Le Nouveau Stagiaire remplit aisément son contrat, mais manque d’un minimum de subtilité dans ses rebondissements, pour que la magie fonctionne devant cette simili-romcom platonique. En réalisant son film comme s’il s’agissait d’une vraie comédie romantique, Nancy Meyers utilise toutes les ficelles possibles pour divertir, accumulant des gags et des embûches éphémères qui se résolvent en un clin d’œil (parce que la vie, c’est un jeu). Cependant, en étirant son film pendant deux longues heures, cette tactique finit par montrer quelques faiblesses. En effet, lors des dernières minutes, le film prend un soudain virage mélo, abordant une crise qui apparaît comme un cheveu sur la soupe. Ce changement de tonalité saborde non seulement la bonne ambiance qui durait depuis le début du film et les raisons expliquées annulent totalement la crédibilité de l’héroïne, présentée comme une femme ambitieuse et moderne, qui devient soudainement une sorte de pauvrette larmoyante prête à tout lâcher en une seconde.

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Malgré les enjeux mis en place au début du film et son sujet intéressant soulevant des problématiques intéressantes (être une femme à la tête d’une entreprise fructueuse au vingt-et-unième siècle, par exemple), Le Nouveau Stagiaire ne fait que survoler ces aspects pour finalement tout rapporter aux émotions de son héroïne. En effet, si le challenge principal de Jules (au-delà de son association avec un stagiaire retraité, uniquement là pour servir le pendant comique du film) est de décider si elle veut nommer un CEO à sa place, à la demande de ses investisseurs, Nancy Meyers ne soulève jamais le fait que, par exemple, si Jules avait été un homme, la question ne se serait jamais posée. Dommage car rien que le choix du nom de son héroïne (un prénom masculin et un nom en référence à Jane Austen…) promettait un personnage intéressant, qui aurait même pu porter le film sur ses épaules à lui tout-seul.

Au final, alors que le film de Nancy Meyers cumule plutôt de bons points et frôle le feel-good movie de peu, la facilité de son traitement et ses personnages sans surprise font du Nouveau Stagiaire une comédie agréable et amusante qui laisse un très bon souvenir, mais dès qu’on y réfléchit un peu, les failles du scénario ne font que s’agrandir. J’aurai aimé voir des personnages plus approfondis et plus réalistes, ce qui aurait permis au film de sortir de son cocon rose bonbon pour porter un véritable message.

Au casting, Robert De Niro (Match Retour, American Bluff…) charme grâce à son personnage classe et empreint de dignité, malgré un coté un peu trop lisse, donnant la réplique à une Anne Hathaway (Interstellar, Les Misérables…) incroyablement bavarde mais toujours aussi pétillante et à une Rene Russo (Night Call, Thor : Le Monde des Ténèbres…) superbe. Autour d’eux, beaucoup de transfuge de séries télé et de visages déjà repérés ailleurs : Adam DeVine (Modern Family), Anders Holm (The Mindy Project), Zack Pearlman (Mulaney) et Andrew Rannells (Girls) se passent le relais, tandis que Nat Wolff (La Face Cachée de Margo…) passe presque inaperçu.

En conclusion, Le Nouveau Stagiaire est une comédie mignonne et légère, menée par un tandem accrocheur. Nancy Meyers connait la recette pour une comédie efficace, qu’elle applique à la lettre sur fond de choc des générations et contexte social un chouilla féministe, mais oublie de creuser des thématiques qui auraient pu étoffer un film bien trop lisse pour convaincre. Dommage, au lieu de transformer Anne Hathaway en moulin à paroles, une approche moins superficielle aurait su donner un peu de piquant au film. À voir, pour passer un bon moment sans se prendre la tête.

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