The place beyond the pines : Mou du genou et décevant

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Sombre et très prometteur, The place beyond the pines est le dernier film de Derek Cianfrance (Blue Valentine en 2010) qui se déroule en trois temps, observant le parcours de différents personnages liés par un même destin. Un triptyque tourmenté et profond, autant par sa construction narrative que par sa mise en scène et pourtant, The place beyond the pines souffre d’un manque d’équilibre déroutant entre ses trois tableaux. Non-abouti et souffrant de beaucoup de longueurs, le film n’est finalement pas le succès escompté. Heureusement, la performance des acteurs ainsi que des personnages forts réussissent à maintenir un léger intérêt nous poussant à tenir jusqu’à la fin.

Le pitch : Luke est cascadeur à moto professionnel. Lorsqu’il apprend qu’il a un enfant, il décide de devenir braqueur de banque pour subvenir aux besoins de sa nouvelle famille… Mais sur sa route, va se dresser le policier Avery Cross.

Derek Cianfrance aime structurer ses personnages et les développer dans une trame évolutive, comme on a pu le voir dans Blue Valentine, un film narrant à la fois le début et la fin d’un couple. Dans son nouveau film, Cianfrance a clairement voulu aller plus loin, en explorant l’impact d’un choix malheureux sur différentes existences. Mais plutôt que de mélanger les tableaux, sûrement afin d’éviter une réalisation brouillonne, The Place Beyond The Pines se découpe en trois parties, chacune liée à la précédente mais pas forcément à la suivante. Une surprise à laquelle on ne s’y attend pas forcément au moment où on entre dans le film, mais pourquoi pas ?
La première partie du film est particulièrement encourageante, à la fois sombre et poignante, où l’on découvre l’histoire de Luke (Ryan Gosling), motard sans le sou qui se découvre papa du jour au lendemain. La tension ne cesse de monter d’un cran tant on avance de surprise en surprise dans cette course effrénée et désespérée où le héros ne cesse d’enchaîner les mauvaises idées, partant pourtant d’une bonne intention. Un effet boule de neige qui causera sa perte et enclenchera le second volet du film où on découvre le personnage d’Avery (Bradley Cooper), un policier qui sera entraîner à contre-cœur dans les trafics de ses collègues. Dès lors, force est de constater que ce duo n’apparaîtra pas ensemble à l’écran (ou très brièvement, en fait).
Oui mais voilà, après une transition intéressante vers la seconde partie du film, The place beyond the pines abandonne tout le travail fait jusque là pour s’intéresser à une suite qui se détache complètement du reste, par son ambiance polar et son intrigue policière. Un changement qui aurait pu fonctionner si ce nouvel aspect du film n’avait pas été expédié aussi vite. Le combat d’Avery est injustement éludé et bouclé à la hâte, rendant alors de plus en plus flagrantes les faiblesses du film qui reposent un peu trop souvent sur des ellipses temporelles et des bonds dans le temps maladroits, donnant presque l’impression de voir deux films différents.
Enfin, la dernière partie du film arrive alors comme un cheveu sur la soupe, inattendu certes mais pas vraiment nécessaire. C’est peut-être le volet le plus décevant du film, car on s’éloigne de plus en plus de l’histoire initiale, alors qu’elle était logiquement censée faire le lien. Cet ultime chapitre s’attarde longuement sur les conséquences directes des choix de Luke et Avery, mais malheureusement dès l’introduction des nouveaux personnages, l’issue devient prévisible et casse le rythme d’un film jusque là relativement prenant.

Au final, après un début palpitant et débordant d’idées, The place beyond the pines ne cesse de se ramollir au fur et à mesure que les intrigues évoluent, passant du scénario imprévisible au drame revanchard et attendu. Cianfrance ne réussit pas à nous emmener jusqu’à la fin, ne parvenant ni à équilibrer ses trois tableaux ni à nous maintenir en haleine. Peut-être qu’en fait il aurait dû penser à le monter à l’envers ou à dérouler chaque intrigue en parallèle comme il l’a déjà fait ? Coté mise en scène, c’est pareil. Si la première partie installe une ambiance identifiable et touchante, alimentée par des plans soignés même dans leurs (nombreuses) imperfections, mais on perd petit à petit cette identité pour revenir à une réalisation simpliste et beaucoup moins recherchée qu’au début, comme si le film cherchait délibérément à nous repousser petit à petit.

Cependant, malgré un ensemble moyen et une intrigue qui bat franchement de l’aile, The Place beyond the pines réussit à garder un ton objectif en narrant l’histoire de ses personnages sans prendre parti ni installer une quelconque morale, tout en taillant des personnages sincères et authentiques dont le désespoir est de plus en plus palpable. Le film met en avant les vies parallèles des deux héros du film, qui finissent par se ressembler et se mélanger. Celui au passé glorieux n’engendre pas forcément du positif et vice-versa. Un film très noir dont la force réside dans toutes les émotions dégagées par des personnages emprisonnés dans une sorte de fatalité inextricable et dramatique découlant directement de leurs origines.

Coté casting, malgré une campagne marketing nous faisant croire à un face-à-face entre les deux acteurs principaux, en fait il n’en est rien. Ryan Gosling, la coqueluche hollywoodienne du moment, a sorti son look du dimanche (cheveux blonds, t-shirt sale et pantalon plus que funky) et nous convainc dans son rôle de baroudeur teigneux, même si son expression impassible nous rappelle un peu trop souvent son rôle dans Drive (l’éternelle comparaison). A ses cotés, Bradley Cooper tient un de ses rares rôles « sérieux » et confirme un réel talent d’acteur à ceux qui pouvaient en douter. Sa prestation aurait surement mérité plus d’attention, d’ailleurs, plutôt que de miser uniquement sur l’effet Gosling…
Nous retrouvons également Eva Mendès, dans un rôle plutôt effacé et sans grand intérêt, tandis que Dane DeHaan (Chronicles, en 2012) rempile dans le rôle d’un adolescent instable.

En conclusion, The Place Beyond the pines démarre fort mais finit par s’essouffler en cours de route, comme une histoire racontée par un narrateur en panne d’inspiration. Dommage.

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Une réflexion sur “The place beyond the pines : Mou du genou et décevant

  1. Je suis asses d’accord avec ta critique même si je ne l’ai pas trouvé si décousu que cela ! Le pauvr’ Bradley, cette coupe est comment dire ? Horrible !! lol
    Des bisous :xx
    Schuldi

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