Warm Bodies : Un film d’amorphes-vivants !

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Si vous pensiez qu’on ne pouvait pas faire pire que Twilight (que j’appelle affectueusement Twoilet) et ses vampires sans consistance qui scintillent au soleil, et bien détrompez-vous : Warm Bodies, adapté du livre éponyme de Isaac Marion, reprend le flambeau avec brio et entreprend scrupuleusement de saccager tout l’attrait horrifique du mort-vivant en le présentant sous une forme plus commerciale. D’une platitude difficilement égalable et doté d’un casting faisant acte de présence, le dernier film de Jonathan Levine (qui nous avait pourtant offert les surprenants All the boys love Mandy Lane en 2006 et 50/50 en 2011) se vautre complètement en nous livrant une amourette entre un mort-vivant et une vivante, qui se voulait drôle et second degré, mais qui au final, ne vaut pas mieux qu’une romance réchauffée et « guimauvaise » pour pré-ados. Cependant, ce n’est pas seulement la love-story pathétique et clichée qui me révolte, mais surtout la déformation horripilante d’une créature gore et aussi représentative du cinéma d’horreur, ridiculisée (et sexualisée) uniquement pour le bon plaisir d’un public plus jeune et surfant sur une certaine mode (discutable), en plus du manque d’originalité autour d’une trame qui aurait vraiment pu fonctionner si Levine n’avait pas ciblé uniquement la midinette de base. Mignon, peut-être, mais avec un ensemble aussi fainéant, Warm Bodies restera, je l’espère, un des nombreux échos, vite oubliés, suscités par le ramdam twilightien…

Le pitch : Dans un monde post-apocalyptique, R, un zombie, du fait d’avoir dévoré le cerveau d’un jeune homme, en absorbe les souvenirs et se met à protéger la petite amie de ce dernier, Julie…

Dès les premières minutes, Warm Bodies annonce la couleur en nous noyant dans un flot de paroles au ton monocorde dont on ne perçoit ni l’humour ni le cynisme annoncé. Au contraire, en découvrant les premières images, le poids des pensées du héros, R, nous assomme et la suite n’arrangera rien. Rapidement, Warm Bodies multiplie les incohérences (les zombies sont incapables de penser /la narration est bavarde ; les zombies sont lents /une horde pique un sprint deux minutes après…) et nous peint un tableau sinistre et dénué d’intérêt autour de la vie des zombies en tentant de semer quelques running-gags, en vain. Un manque de rythme que même l’arrivée de la belle Julie ne parviendra pas à résoudre. Warm Bodies aurait dû miser à fond sur le choc des deux mondes, au lieu de cela, en dehors de quelques regards stoïques et d’une imitation affligeante du zombie du pauvre (le zombie qui s’auto-parodie, ça n’a pas de prix), Warm Bodies opte pour la facilité, mettant clairement en avant les amours niaises de ses personnages et en omettant de s’attarder sur le fond de son histoire (le remède permettant de sauver les zombies et la menace grandissante des « bonies »). L’intrigue est cousue de fil blanc et rien ne vient les sauver. Devant toutes les incohérences bien commodes qui s’amoncellent, on finit par se demander si Levine manquait d’inspiration ou s’il a été victime d’une flemmite aigüe le laissant croire que pomper Twoilet et compagnie suffirait à lui remplir les poches ?

Oubliez tout ce que vous savez, ici il n’y aura pas une goutte de sang, très peu de zombies décharnés (sauf ceux en image de synthèse à la gestuelle évoquant des jeux vidéos ayant deux ans de retard…), Warm Bodies mettra tout en oeuvre pour nous faire croire que les zombies sont en fait des émos dépressifs (et non, ce n’est pas un pléonasme) mais plutôt mignons et généralement doux comme des agneaux, sauf quand ils ont faim. On est loin, bien loin du mort-vivant effrayant, vorace et gore qui a fait les beaux jours du cinéma d’horreur, des films de Georges A. Romero (La nuit des morts-vivants, en 1968) à ceux de Sam Raimi (Evil Dead, en 1981), en passant par quelques pépites qui ont chacune proposé un style selon l’époque ou le contexte, tels que Braindead, Resident Evil, [Rec], Je suis une légende, 28 jours plus tard… ou carrément dénaturé le genre pour en faire quelque chose de fun et intelligent (Bienvenue à Zombieland, le culte Shaun of the dead).
Ici, Warm Bodies ne se soucie guère de respecter une quelconque mythologie et veut très clairement plaire à un public déjà conditionné par des films tels que Twoilet, où les méchantes créatures normalement maléfiques et/ou sanguinaires peuvent avoir une conscience et tomber amoureux une fois apprivoisées. Et pour cela, bien sûr, il faut une belle héroïne capable en un seul regard de faire battre le cœur depuis longtemps éteint d’un mort-vivant (ça vous dit quelque chose ?). Comme c’est romantique tout ça, tellement d’ailleurs que tous les efforts de Jonathan Levine pour nous faire frissonner tombent à plat (même quand le héros mange goulûment de la cervelle pour en savoir plus sur sa belle), tout comme l’attaque finale aussi peu crédible que mal foutue. Bref, encore un mythe qui tombe à l’eau.

À force de vouloir mélanger les genres (enfin, d’emprunter aux meilleurs surtout), Warm Bodies n’approfondit aucun aspect du film et reste en surface. La légèreté et la situation normalement comique du film ne sont pas mises en valeur, la romance tourne au ridicule en se voulant parodique, via des dialogues aussi soporifiques que creux et des références malheureuses à Roméo et Juliette (du nom des personnages jusqu’à la scène du balcon) ; sans parler des « bonies » dont le coté flippant est totalement éclipsé par des effets spéciaux ultra ringards. Rien ne réussit à relever Warm Bodies de la médiocrité dans laquelle le film se complaît, surtout pas son manque d’originalité ni ses personnages faciles et attendus, dans une œuvre finalement très fade, à peine mignonne et réalisée de façon passive. Même dans son premier film « All the boys love Mandy Lane« , qui était un film d’épouvante tendance ado, Jonathan Levine avait fait mieux (car bien plus fun et imprévisible). C’est peut-être ça qui manque au film, un peu de mordant (haha) qui aurait rendu Warm Bodies bien plus divertissant.

Coté casting : en tête d’affiche, on retrouve Nicholas Hoult (révélé dans la série anglaise Skins puis vu dans des blockbusters tels que Le Choc des titans (2010) et X-Men : Le commencement (2011)), au départ plaisant dans son rôle de zombie amorphe, il finit par devenir exaspérant tant son jeu et sa narration manque de relief. A ses côtés, Teresa Palmer, (L’Apprenti sorcier en 2010 et Numéro quatre en 2011), tire tout de même son épingle du jeu malgré, encore une fois, un rôle sans surprise.
Présents également, Rob Corddry (Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare, en 2012), un habitué de l’humour qui ne fait ici que de la figuration, alors que l’oscarisé John Malkovich en profite pour éponger quelques factures grâce à un rôle qui sera à peine anecdotique dans toute sa carrière.

En conclusion, Warm Bodies plaira surement à un public friand d’amour pseudo-impossible tant qu’une des moitiés vient d’un univers fantastique (apparemment cela suffit de nos jours), en dehors de ça le film ne présente que très peu d’intérêt, à part celui de le voir s’auto-détruire de minute en minute. J’attends impatiemment le jour où Bella et Edward viendront rendre visite à R et Julie, histoire de faire une sortie à quatre… On sait jamais, les deux actrices se ressemblent tellement que cela pourrait être drôle.

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Heureusement, il nous reste encore quelques épisodes de The Walking Dead
pour se mettre du vrai zombie sous la dent avant la fin de la saison 3…

Une réflexion sur “Warm Bodies : Un film d’amorphes-vivants !

  1. Je n’écrit pas aussi bien que vous mais je trouve ce film original cela change des films d’horreurs de zombie avec des survivants que se font courser et tout le tralala . L’originalité ne fait pas mal et puis la façon de guérir change aussi au lieu de ces antidotes que l’on nous sors à chaque fois .

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