Mud : sur les rives du Mississipi – Too good to be true ?

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Alors que Take Shelter remportait un franc succès lors de sa sortie en janvier 2012, quelques mois plus tard, Jeff Nichols présentait Mud : Sur les rives du Mississipi au Festival de Cannes de la même année. Epuré et juste, Mud cumule les bons points, de la mise en scène superbe à des personnages poignants, mais manque cruellement de sincérité. Du travail (trop) bien fait pour un élève appliqué qui n’a malheureusement pas réussi à me convaincre. Pour moi, le film est bien trop lisse, trop parfait et pleins de bons sentiments. L’intention est bien présente, mais l’alchimie entre les personnages reste aux abonnés absents.

Le pitch : Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

Jeff Nichols et moi ne sommes décidément pas fait l’un pour l’autre. Si Take Shelter avait réussi à me faire succomber lors des dernières minutes, j’espérais vraiment être emballée par Mud. Le film nous plonge dès le début dans une Amérique profonde et presque sauvage, que nous découvrons à travers les yeux du jeune Ellis, tout en diffusant un sentiment de liberté grâce à ses grands espaces et le mode de vie des personnages. Pendant un bref instant, on a l’impression que la petite Hushpuppy (Les bêtes du Sud Sauvage) va débarquer d’un moment à l’autre. Au lieu de cela, la rencontre avec Mud va marquer le début d’une succession d’événements qui vont chambouler à jamais l’existence d’Ellis et le faire mûrir à vitesse grand V.
Très vite, tout se bouscule et la bulle sereine (ou presque) dans laquelle nous évoluons éclate. Ellis, du haut de ses 14 ans, va devoir gérer plusieurs situations qui vont, petit à petit, le forcer à mûrir, parfois de façon brutale. Entre sa rencontre avec Mud, la séparation de ses parents et ses premiers émois amoureux, Mud narre la sortie de l’enfance vers le monde adulte (et moins fantasmé) et l’apprentissage des nombreuses nuances de gris qui existent entre le noir et le blanc.

Grâce à la justesse de son scénario, Mud nous entraîne dans un parcours initiatique tumultueux, oscillant entre la dureté et la tendresse, tandis que notre jeune héros va placer tous ces espoirs en l’amour afin d’oublier que son univers s’écroule. Oui mais voilà, en dépiautant aussi profondément chaque émotion, Mud perd beaucoup de sa sensibilité et de sa sincérité, qui semblent soudainement forcées. Certes, Mud est beau : la photo est ensoleillée et pleine d’espoir, même dans ses moments tragiques, le film insiste sur la lumière (plan sous l’eau) ; Mud est touchant : des rêves qui se brisent aux histoires d’amour qui échouent (souvent par lâcheté) , le film tire sur la corde sensible tout au long du film et l’interprétation parfaite des acteurs ne fait qu’accentuer les moments douloureux que traversent chaque personnages… mais Mud en fait des tonnes. C’est difficile d’expliquer pourquoi un film qui a tout pour être parfait n’a pas réussi à me séduire. Trop calculé, trop maîtrisé, Mud manque de fraîcheur, de brutalité et même d’humanité. Il n’y a aucune alchimie entre les deux personnages principaux, malgré leurs nombreux efforts et une interprétation géniale, ainsi qu’une absence totale de lien avec les personnages secondaires noyés dans la masse. Si on s’attache à leurs histoires, la connexion est si faible qu’on aurait pu avoir un film avec Mud sur son île d’un coté et Ellis et son passage de l’enfance à l’âge adule de l’autre, sans que cela soit gênant. C’est du moins l’impression que j’ai eu et c’est un curieux dilemme. Un film trop parfait, cela existe-t-il vraiment ?

Côté casting, nous retrouvons Matthew McConaughey en état de grâce depuis qu’il a levé le pied sur les comédies romantiques, sobre, simple et attachant. A ses cotés, jeune mais très prometteur, Tye Sheridan livre une prestation impressionnante, secondé par son acolyte Jacob Lofland, plutôt en retrait.
Autour du trio gravitent une flopée d’acteurs renommés présents quasiment pour de la figuration : Reese Witherspoon apparaît en pin-up paumée pendant quelques minutes, tandis que Michael Shannon, le héros de Take Shelter, vient faire coucou devant la caméra à plusieurs reprises, sans grand intérêt, et le personnage de Sam Sheppard à des allures de guest-stars. Autant d’apparitions inutiles alors que le couple Sarah Paulson et Ray McKinnon aurait dû être plus exploité, étant donné qu’ils ont un lien direct avec les bouleversements que rencontre Ellis.

En conclusion, Mud : sur les rives du Mississipi se veut simple et touchant mais peine à masquer ses efforts. Résultat, malgré une trame bouleversante et des acteurs bourrés de talents, je botte en touche et passe mon tour. Je me suis ennuyée jusqu’à la fin.

Boy I'm bored. How did Tom Hanks do that?

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