La crème de la crème : Portrait cliché et branchouille de post-ados en rut

cremedelacreme1

Faussement irrévérencieux et sans surprise, La Crème De La Crème est en partie victime de sa crédibilité. Le mépris et la prétention de ses personnages arrogants déteignent sur le film et Kim Chapiron s’enlise dans un drame sans envergure et juvénile. Malgré un emballage attractif et légèrement sulfureux, La Crème De La Crème ne fait que survoler une tendance déjà défraîchie en exposant l’envers du décors d’une jeunesse plus ou moins dorée, de façon superficielle et attendue. Avec ses précédents film, Kim Chapiron nous avait pourtant habitué à mieux.

Le pitch : Dan, Kelliah et Louis sont trois étudiants d’une des meilleures écoles de commerce de France. Ils sont formés pour devenir l’élite de demain et sont bien décidés à passer rapidement de la théorie à la pratique. Alors que les lois du marché semblent s’appliquer jusqu’aux relations entre garçons et filles, ils vont transformer leur campus en lieu d’étude et d’expérimentation. La crème de la crème de la jeunesse française s’amuse et profite pleinement de ses privilèges : tout se vend car tout s’achète… mais dans quelle limite ?

5 ans après l’excellent Dog Pound, Kim Chapiron est de retour avec La Crème De La Crème, une comédie dramatique autour d’élèves d’une prestigieuse école de commerce qui crée un réseau de prostitution. Fidèle à sa réputation, après le très controversé Sheitan, Kim Chapiron promettait un film provocant et subversif, en surfant à contre-courant sur la mode Spring Breakers. Mais après une introduction haute en couleurs et alléchante, force est de constater que La Crème De La Crème ressemble bien plus à un film adolescent et à peine rebelle, criblé de personnages caricaturaux au possible.
Un des grands (et rares) points forts du film, c’est qu’il réussit parfaitement à retranscrire l’arrogance nauséabonde qui colle à la réputation des élèves d’écoles de commerce (le film devrait donc ravir ses derniers). Mais c’est également un de ses nombreux défauts, puisque le film en devient presque repoussant. Rencontre avec une jeunesse branchouille qui s’éclatent sur les tubes remixés de leurs parents (Les lacs du Connemara de Michel Sardou…), divisée en caste à la manière de n’importe quel film pour ados américains, avec pour seule préoccupation : savoir qui couche avec qui. Loin de la subtilité du film Nymphomaniac de Lars Von Trier qui s’amusait à parler de sexe avec des métaphores recherchées (la pêche, notamment), La Crème De La Crème laisse peu de place à l’imagination en comparant les conquêtes des uns et des autres au marché économique, avec le naturel d’un robot qui aurait bien appris sa leçon (bravo pour les recherches). Si le début du film nous entraîne volontiers dans cet univers pop, superficiel et gratuit, rapidement les promesses annoncées s’effondrent une à une.
Très bavard, La Crème De La Crème se cache derrière des échanges transparents et anecdotiques pour mieux camoufler l’indigence de son scénario qui, petit à petit, transforme un film sulfureux en un drame lycéen tout juste digne d’un épisode de Victoire Bonnot (oui le téléfilm avec Valérie Damidot sur M6). Kim Chapiron relègue au second plan tout ce qui aurait pu faire vivre le film (la prostitution/le proxénétisme, le risque, les conséquences…) pour mieux s’attarder sur les personnages à la limite de la parodie, tant ils accumulent les lieux communs et les rebondissements prévisibles. Entre le choc des cultures téléphoné (milieu bourgeois vs banlieusards) et crises d’adolescence à retardement (inventaire des premières fois…), La Crème De La Crème assume certes son univers stéréotypé mais manque énormément d’envergure. En effet, le ton à la fois hautain et prétentieux du film repousse et annule toute tentative de créer une quelconque émotion. Du coup, c’est difficile de s’attacher aux événements ou, tout simplement, d’y croire. En fait, le cadre de l’école de commerce aurait pu être remplacer par un pensionnat lycéen, on y aurait vu que du feu.

Kim Chapiron signe son plus mauvais film. Si Sheitan crée encore des indécis et des débats, la platitude de La Crème De La Crème tranche dans le vif. À l’heure où les films générationnels sur une jeunesse plus ou moins perdue éclosent à tous les coins de rue, Chapiron se réfugie derrière des clichés bobos et artificiels pour proposer, finalement, un produit d’une banalité affolante. À force d’observer le vide à la loupe, La Crème De La Crème passe à coté de son potentiel provoc’, réduisant le tout à de la nudité gratuite et inesthétique au possible. La question n’est finalement pas de savoir si le film est proche ou non de la réalité. On se demande plutôt comment peut-on passer d’un sujet aussi audacieux à une morale aussi convenue et bien rangée ?

Au casting : Alice Isaaz (La Cage Dorée, Les Yeux Jaunes Des Crocodiles…) est presque convaincante mais elle n’est pas vraiment aidée par le scénario du film. D’ailleurs, ni Thomas Blumenthal (Les Choristes…), ni Jean-Baptiste Lafarge (JC comme Jésus Christ…) ne réussissent à tirer leurs épingles du jeu, à cause de leurs personnages respectivement balourd et excessif. Seule Marie Sainsily réussit à capter l’attention à chacune de ses apparitions, dommage qu’elle ne soit trop souvent la victime des essais vulgaires du film.
À noter les apparitions de Mouloud Achour (présentateur amorphe sur Canal+) et du duo Justice, entre autres, pour accentuer la valeur bobo et franchement vomitive du film.

En conclusion, La Crème De La Crème déçoit autant sur le fond que sur la forme. Derrière une apparence faussement trash, Kim Chapiron filme les aventures (finalement asexuées) inintéressantes de post-adolescents effrayés à l’idée de finir comme papa-maman (ces ingrats), sans vraiment chercher à aller plus loin. Dommage…

C'est pas beau de copier !

C’est pas beau de copier !

Une réflexion sur “La crème de la crème : Portrait cliché et branchouille de post-ados en rut

  1. Je suis bien d’accord. Ca se veut choquant mais c’est énervant de les voir se la raconter comme ça, pour rien. Chapiron voulait juste faire une histoire d’amour vu que son projet avec Cassel et bellucci Samba Drama est tombé à l’eau. Quel arnaque !

    Joli critique en tout cas, j’aime bien le passage sur Damidot lol

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s