[CRITIQUE] Eva, de Benoît Jacquot

Le pitch : Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.

Pour son nouveau film, Benoît Jacquot (Journal D’Une Femme de Chambre, Trois Cœurs, Les Adieux à la Reine…) réadapte le roman éponyme de James Hadley Chase, déjà porté sur grand écran en 1962 par Joseph Losey avec Jeanne Moreau dans le rôle titre. N’ayant ni lu le livre, ni vu le premier film, je m’attendais à un drame sulfureux autour dans une jeu de manipulations aux accents de thriller énigmatique. Pourtant, dès les premières minutes, Eva perturbe avec une installation bancale à travers ce gigolo peu crédible qui s’improvise scénariste après avoir volé le manuscrit d’un de ses clients. On pense forcément au film Un Homme Idéal (2015) qui aurait rencontré le film Iris (2016), mais en voyant la suite du film de Benoît Jacquot, je n’ai pas cessé de me demander à quoi servait cette introduction sans véritable suite (la panne d’écriture aurait pu s’expliquer autrement et n’est jamais vraiment exploitée).

Toujours est-il que le film s’embarque dans un face-à-face laborieux entre cet homme en quête d’inspiration et une prostituée de luxe indifférente. Eva tente de jouer sur tous les tableaux sans réussir à accrocher un fil conducteur intéressant : entre le parcours de cet imposteur qui doit écrire une deuxième pièce et la découverte de l’univers intime de cette mystérieuse Eva, le film semble tourner à vide et lance des mini-intrigues sans intérêt pour combler les creux. À défaut du thriller sensuel espéré, Benoît Jacquot s’embourbe dans un scénario éteint et fade, habité par des personnages qui ont clairement l’impression de ne pas savoir ce qu’ils font là. « C’est plat » affirme un des personnages en relisant le scénario du héros… qui reprend mot pour mot les dialogues du film ! Ce serait à mourir de rire si ce n’était pas aussi flagrant et triste. Rien ne fonctionne dans ce Eva ankylosé et pesant qui n’ose jamais aller jusqu’au bout de son idée première, ni même faire évoluer les personnages qui s’enlisent sous nos yeux dans des allers-retours sans queue-ni tête. Visuellement, c’est d’une paresse monumentale, piquée par des tentatives abstraites et inutiles (des ralentis ???), qui va de pair avec une direction des acteurs absente : Eva claudique maladroitement et surtout péniblement vers un final mauvais et à peine digne d’un téléfilm de seconde zone. Quelle tristesse, vraiment, de voir un film aussi laid, peu inspirant ni inspiré… Que dire de plus sur ce désastre affligeant qui traîne la patte en agonisant, comme une pauvre bête blessée qui ne mérite qu’une chose à ce stade : qu’on l’achève.

Au casting, heureusement qu’Isabelle Huppert (Marvin Ou La Belle Éducation, Elle, Asphalte…) maîtrise son personnage habituel : glacial et détaché, c’est ce qui sauve le film même si l’actrice donne clairement le strict minimum. Face à elle, un Gaspard Ulliel (La Danseuse, Saint Laurent…) amorphe et paumé, au débit monotone, que même son physique ne parvient pas à rattraper. On retrouve aussi Julia Roy (À Jamais…) et Richard Berry (Numéro Une…) dans des seconds rôles à peine remarqués, ainsi qu’un Marc Barbé (Petit Paysan…) sous exploité.

En conclusion : que de gêne dans ce film ! Benoît Jacquot cumule maladresses et dialogues informes dans ce qui aurait dû ou pu être un thriller étouffant. Au lieu de ça, Eva déçoit par un récit plat et sans saveur, que même Isabelle Huppert n’arrive pas vraiment à relever tant le film repose sur du vide. À éviter au maximum.

PS : bravo à EuropaCorp pour son auto-promo foireuse pendant le film qui a trouvé la seule salle de cinéma qui diffusait, en même temps, Malavita, Oppression et Miss Sloane. Très subtil, ces films ne sont même pas de la même année…

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