[CRITIQUE] Tragedy Girls, de Tyler MacIntyre

Le pitch : Deux adolescentes fascinées par la mort décident de kidnapper un tueur en série pour qu’il leur enseigne les « ficelles du métier ». Le début d’une vague de crimes qui va transformer ce duo de lycéennes mal dans leur peau en véritables stars des réseaux sociaux…

Après un premier film original, Patchwork en 2015, Tyler MacIntyre revient avec un nouveau long-métrage surfant toujours sur la vague horrifique mais avec un accent nettement plus pop – qui a été présenté lors du PIFFF en 2017. À travers une histoire alléchante, Tragedy Girls ressemble à un miroir plutôt glaçant et juste de notre société actuelle, où les plus jeunes vivent à travers les réseaux sociaux et l’accès aux récits les plus noirs sont à la portée d’un simple clic. Dans un univers dédié aux « Millenials », le film de Tyler MacIntyre suit le parcours de deux adolescentes à la moralité bien égratignée par un monde devenu sans filtre. Entre besoin viscéral de notoriété et fascination morbide, le film choisit une tonalité acidulée et moderne, oscillant entre comédie noire et horreur graphique.

Le coté décomplexé et l’humour décalé du film sont plaisants, alors que Tyler MacIntyre tente d’affiner son point de vue à différents niveaux. Si les héroïnes sont au premier plan, le film explore l’avidité général du public pour le moindre scandale en éraflant au passage le mécanisme des médias qui nourrit un cercle certainement vicieux. Les meurtres et autres tentatives s’accumulent pour animer la trame, tandis que la quête du hashtag le plus trendy obsède et voilà que Tragedy Girls caricature une société pas si éloignée de la nôtre, touchant du doigt une problématique sociale inquiétante : l’existence à travers un nombre de followers.
Entre satyre sociale et proche de la parodie horrifique sur fond d’humour glauque, Tragedy Girls est un bel effort de genre, suffisamment divertissant pour piquer la curiosité. Cependant, en y regardant de plus près, le film ressemble à un croisement peu convaincant entre All Cheerleaders Die et la saga Scream (ou peut-être la série Scream Girls). L’ensemble est assez fun et explicite, mais finalement peu maîtrisé. La première partie lance des bouts de ficelles accessibles pour installer son univers déjanté et graphique, à travers le portrait cinglant de ces adolescents en pleine crise identitaire, mais l’ensemble devient rapidement limité par la vacuité intrinsèque des personnages. Pétri de bonnes idées, Tragedy Girls reste malheureusement en surface, tandis que la seconde moitié du film sombre dans les ressorts attendus des film d’épouvante acidulés et adolescents à la facture bien trop classique. Et le soufflé retombe, donc.

Au casting, Alexandra Shipp (X-Men Apocalypse, N.W.A. – Straight Outta Compton…) et Brianna Hildebrand (Deadpool…) s’amusent en BFF / apprenties tueuses, dans un univers assez masculin piqué par quelques visages connus : Josh Hutcherson (The Disaster Artist…), Craig Robinson (Ghosted…), Kevin Durand (Noé…) ou encore Jack Quaid (Logan Lucky…).

En conclusion, si la forme est alléchante et que le propos est dans l’air du temps, Tragedy Girls parvient à amuser mais atteint rapidement ses limites par manque de maîtrise et de véritable point de vue. Le film de Tyler MacIntyre s’essouffle en cours de route à force de s’agiter dans le vide, mais reste néanmoins un moment sympathique et original, grâce à ses tueuses en herbe et leurs essais tout de même mémorables. À tenter.

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