[CRITIQUE] La Mort de Staline, de Armando Iannucci

Le pitch : Dans la nuit du 2 mars 1953, un homme se meurt, anéanti par une terrible attaque. Cet homme, dictateur, tyran, tortionnaire, c’est Joseph Staline. Et si chaque membre de sa garde rapprochée – comme Beria, Khrouchtchev ou encore Malenkov – la joue fine, le poste suprême de Secrétaire Général de l’URSS est à portée de main. (Inspiré de faits réels…)

L’homme derrière la série à succès Veep, Armando Iannucci revient au cinéma avec La Mort de Staline, une comédie noire affûtée par sa plume acérée et efficace. Adaptée de la bande dessinée française éponyme de Thierry Robin et Fabien Nury sortie en 2010, La Mort de Staline narre la frénésie et la panique qui ont entouré la mort d’un des plus terribles dictateurs du vingtième siècle. À travers un contexte lourd et inspiré de faits bien réels, Armando Iannucci dépiaute avec un ton à la fois cynique et piquant la lutte de pouvoirs qui s’est jouée dans l’entourage proche de Joseph Staline, entre craintes justifiées, ambitions masquées et manipulations par la terreur.
La Mort de Staline, avec un humour presque irrévérencieux, parvient tout de même à capter la noirceur d’une époque pétrie par le pouvoir démesuré d’un homme qui a régné d’une main de fer sur la Russie, aussi capable de faire disparaître des amis de longue date après une blague ratée, que de pousser des innocents à se plier en quatre pour satisfaire ses moindres désirs. Le film utilise brillamment cette tension pour raconter le chemin vers la succession, dans un film d’hommes conspirateurs où les limites de la morale se brouillent constamment à cause de la mentalité déformée de l’époque et de leur horrible leader. Mais c’est surtout l’humour et l’écriture du scénario, entre satyre et finesse, qui rendent La Mort de Staline aussi hilarant que délicieusement sordide.

Certes un peu bavard, Armando Iannucci a tendance à se laisser porter par son récit et le film aurait mérité quelques coupures pour éviter le léger ventre mou qui s’installe pendant la dernière partie. Mais d’un autre coté, son talent aiguisé de scénariste aguerri aux satyres politiques et habitué aux échanges verbeux parvient à transformer La Mort de Staline en une comédie « so british » avec le bon dosage d’humour au premier plan et de détails inquiétants en filigrane. Impeccablement rythmé et interprété, le film est un rollercoaster surprenant, collant parfaitement à l’ambiance un poil hystérique du film, ce qui offre des moments de rires jubilatoires et rafraîchissants.
S’il n’est pas évidant de faire rire avec un tel sujet, Armando Iannucci se focalise sur le coté finalement ubuesque de la situation, en conservant une distance nécessaire pour mieux observer ses hommes pourtant adultes, dépossédés de tout sens commun et qui se disputent les rennes comme des enfants qui se disputeraient les rôles de chefs d’équipe pendant la récréation. C’est justement ce qui saute aux yeux : même si mes cours d’Histoire sont loin, La Mort de Staline souligne la terrible réalité de cette époque et surtout son absurdité, posant presque la question « comment un seul homme a-t-il réussi à avoir un tel impact sur la moralité de tout un pays ? ». Car même en étant mort, la présence de Staline pèse lourdement tout au long du film, signe évident que la disparition d’un tyran n’annule pas son emprise du jour au lendemain. L’ensemble est efficace, osé et impertinent (d’ailleurs interdit en Russie, à la demande du réalisateur), porté par un casting royal.

À l’affiche justement, c’est un vrai plaisir tant l’ensemble est effervescent et burlesque, rappelant parfois la folie des Monty Python. Le duel entre Steve Buscemi (Transformers – The Last Knight, Baby Boss, Boardwalk Empire…) et Simon Russell Beale (Penny Dreadful, Into The Woods, Skyfall…) est un régal d’humour et de cynisme, tandis que Jeffrey Tambor (Transparent, Mr Wolff…) est tout aussi excellent tiraillé entre les deux. Paddy Considine (The Last Girl, Macbeth…) et Jason Isaacs (A Cure For Life, Lucius Malefoy dans la saga Harry Potter...) sont également très bons, ainsi qu’Olga Kurylenko (Magic City, A Perfect Day…), convaincante en pianiste rebelle. Rupert Friend (Hitman: Agent 47…), Michael Palin (Absolutely Anything…) et Andrea Riseborough (Nocturnal Animals…) complètent un casting génial, qui fait honneur à un scénario brillant et une dynamique palpable.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé La Mort de Staline une comédie noire, un peu bavarde, certes, mais portée par un humour décalé et corrosif à la sauce british. Armando Iannucci souligne l’absurde et la noirceur d’une époque marquée par la dictature tyrannique, avec un recul perspicace permettant finalement de trouver le comique de situation dans cette bataille hallucinante pour le pouvoir. Un pari osé, mais réussi. À voir.

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