[CRITIQUE] Dans La Brume, de Daniel Roby

Le pitch : Le jour où une étrange brume mortelle submerge Paris, des survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, une petite famille tente de survivre à cette catastrophe… Mais les heures passent et un constat s’impose : les secours ne viendront pas et il faudra, pour espérer s’en sortir, tenter sa chance dans la brume…

Ce n’est pas tous les jours que le cinéma français ose le film de genre et qu’il devient accessible au large public. Après avoir fait ses gammes avec la série Versailles, le réalisateur québécois Daniel Roby n’en est pas à son premier rodéo et réalise avec Dans La Brume un film catastrophe à la french touch assumée, entre tension haletante et mystère opaque.
Un tremblement de terre, une brume toxique qui envahit Paris et des parents qui tentent coûte que coûte de protéger leur fille dont la santé nécessite un isolement dans une bulle stérile. Tel est le pitch de base du film, qui semble, à vue d’œil, assez linéaire et prévisible. Heureusement, Dans La Brume ne s’arrête pas là : son postulat de base est le point de départ d’un thriller haletant et oppressant, qui va bousculer les code de genres, oscillant entre le survival tendu et le drama familial. Daniel Roby nous emmène au cœur d’une Paris méconnaissable, immergeant le spectateur aux cotés des personnages, impuissants et pris au piège. De nombreuses questions sont soulevées, mais le film va droit à l’essentiel : respirer… et survivre.

L’histoire semble attendu mais va surtout scruter ses personnages, mis au pied du mur, et les dépouiller de tous codes sociaux pour en révéler leur humanité. Ainsi la séparation d’un couple devient accessoire, la notion de futur est réduite à peau de chagrin, les plus valeureux se transforment en monstres et le film ose même le constat serein sur la vie à travers un couple de retraités attachants. Faussement simple mais finalement multiple, Dans La Brume surprend par ses nombreux détours et autres twists, gardant toujours l’objectif de ses personnages principaux dans le collimateur, à travers leur quête épuisante pour trouver de l’oxygène, tout laissant cette mystérieuse brume faire son effet. Conséquences écologiques et atmosphère post-apocalyptique stressante… autant de sous-textes qui rendent le film de Daniel Roby aussi prenant et remarquable, car au lieu se précipiter dans un récit évident et sans surprise, le film se focalise sur ses personnages et leurs réactions face à une situation extraordinaire et mortelle. Loin d’être un film d’action, Dans La Brume propose néanmoins un sacré rythme qui permet de faire grimper le tensiomètre à plusieurs reprises, qu’il s’agisse d’un chien fou où de rencontres à couteaux tirés. Le film nous accroche sans relâche dans une aventure plus humaine que démonstrative, réservant ainsi des moments d’un réalisme accessible et également une belle émotion autour de ses personnages.

Si la fin reste floue, Daniel Roby offre au public le moyen de tirer ses propres conclusions. Certes il ne répond pas directement aux questions qui se posent mais offrent suffisamment d’éléments pour que l’on puisse se faire sa propre idée. Je trouve cette démarche intéressante, même si je considère l’issue du film un chouilla commode.
Un mot sur la mise en scène : Paris n’a jamais été aussi belle, malgré la brume envahissante, Dans La Brume sublime la capitale avec des plans fascinants, choisissant une tonalité presque naturelle. L’ambiance du film est très française, accessible et sobre, j’apprécie que l’ensemble ne cède jamais à la narration emphatique ni le sentimentalisme ou la bonne morale (écolo) à l’américaine qui n’aurait pas fonctionné (ou alors par défaut, en rappelant le travail d’autre). Daniel Roby livre un film original, surprenant et bien fichu qui mérite d’être applaudi à deux mains en fin de séance.

Au casting : j’ai souvent du mal avec Romain Duris (Tout l’argent du Monde, La Confession, Iris...) mais ici l’acteur est ultra convaincant à tous les nouveaux, que ce soit en simili « action man » ou en père de famille prêt à tout. À ses cotés, Olga Kurylenko (La Mort de Staline, A Perfect Day…) est également excellente, particulièrement dans la dernière partie du film. Autour d’eux, Fantine Harduin (Le Voyage de Fanny…) joue l’enfant-bulle, tandis que Michel Robin (L’Odeur de la Mandarine…) et Anna Gaylor (Encore Heureux…) sont touchants et ajoutent étonnement une certaine légèreté bienveillante et intéressante à la trame.

En conclusion, Dans La Brume m’a finalement scotchée sur mon siège jusqu’au bout. Daniel Roby ose le film de science-fiction et relève le défi haut-la-main, entre une tension prenante et des rebondissements surprenants. En gardant un œil sur ses personnages plutôt que la brume en elle-même, Dans La Brume évite avec brio le déjà-vu pour un récit plus humain, accessible et réussi. À voir.

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