[CRITIQUE] Demi-Sœurs, de Saphia Azzeddine et François-Régis Jeanne

Le pitch : Lauren, ravissante it-girl de 29 ans, tente de percer dans le milieu de la mode en écumant les soirées parisiennes. Olivia, 28 ans et un rien psychorigide, a deux obsessions : sauver la confiserie de ses parents, et se trouver le mari idéal. A 26 ans, Salma, jeune professeur d’histoire fougueuse, vit encore chez sa mère en banlieue. Leurs routes n’ont aucune raison de se croiser… Jusqu’au jour où, à la mort de leur père biologique qu’elles n’ont jamais connu, elles héritent ensemble d’un splendide appartement parisien. Pour ces trois sœurs qui n’ont rien en commun, la cohabitation va s’avérer pour le moins explosive…

Amateur.e.s de comédies légères, un poil girly, modernes et drôles, Demi-Sœurs devrait vous plaire. L’auteure et réalisatrice Saphia Azzedine (Mon Père Est Femme de Ménage en 2011) collabore avec François-Régis Jeanne (God Save Connasse, Fucking Kassovitz…) et revient avec un film agréable et mignonnet autour de l’histoire de trois jeunes femmes qui se découvrent un même père, décédé, et un appartement, à partager. L’univers différent des deux réalisateurs donne à Demi-Sœurs des aspects multiples : la comédie girly à volonté sociale et intimiste (en filigrane) se métisse à une écriture punchy et acérée, si bien que le film est marquée par une énergie féroce portée par trois caractères bien trempés. Ceci étant dit, l’ombre du film Les Trois Frères (1995) plane tout de même sur ce film qui part déjà avec quelques points en moins pour l’originalité…

Si le mot girly est un peu réducteur, rassurez-vous : Demi-Sœurs déjoue habilement les ressorts de contes de fées surfaits et déjà vus, même s’il reste assez léger et facile. Le film de Saphia Azzeddine et François-Régis Jeanne évite quelques sentiers battus et propose de découvrir des portraits accessibles dont les clichés vont permettre d’approfondir les personnages. En effet, la it-girl qui semble tout avoir révèle une vie loin d’être aussi parfaite que ses clichés, la prof banlieusarde a du mal à gérer une colère inexpliquée, tandis que la fille un peu coincée souffre d’un sentiment de reconnaissance qui l’écrase. Alors que le film met en avant une tonalité humoristique efficace, il n’omet cependant pas la sensibilité de ses personnages tout en utilisant le concept du clash des cultures pour dynamiser la trame et creuser les apparences, qu’elles soient bourgeoises, fashions ou urbaines.

Entre héritage et apprivoisements, Demi-Sœurs file paisiblement et sans véritable surprise dans une ambiance bon-enfant, ponctuée de punchlines et de micro-rebondissements pour épicer une trame familiale explosée. Niché au cœur de Paris et dans des décors alléchants, le film de Saphia Azzeddine et François-Régis Jeanne répond aux attentes sans effort grâce à un trio haut en couleurs, tant le film réussit à capitaliser sur les points forts (et l’image) de ses actrices. Pour ma part, j’ai passé un très bon moment avec ces Demi-Sœurs délirantes, même si l’histoire laisse un goût d’inachevé au moment de la conclusion. En effet, alors que le film semblait se vouloir se focaliser sur la cohabitation de ces femmes issues de milieux différents, la trame bifurque rapidement sur un conflit autour de l’héritage et de tiers mal dégrossis qui viennent compliquer le tout. Souvent en surface et parfois proche du fantasme (la scène de l’ascenseur), si le rire est souvent au rendez-vous, cela reste finalement trop superficiel pour rester en mémoire une fois le film terminé. 

Au casting, mes complexes sont en tête d’affiche face à ces trois actrices qui, avouons-le, sont superbes. Autour de mes bourrelets, il y a donc Sabrina Ouazani (Taxi 5, Maman A Tort, Pattaya…), toujours aussi en colère mais plus attachante ici car son rôle offre des réponses à son caractère enflammé (ce qui n’est pas toujours le cas dans les rôles similaires qu’elle tient habituellement), Alice David (Babysitting 1 et 2, Monsieur Je-sais-tout…) sort de l’ombre et propose un personnage sensible et touchant, coincée entre les apparences de son milieu et une solitude affective qui a du mal à être comblée, et Charlotte Gabris (Gaston Lagaffe, Épouse-Moi Mon Pote…) complète ce trio avec un personnage malhabile, à contre-courant dans cette course à la coolitude, mais néanmoins sympathique.
À l’affiche également, Patrick Chesnais (Les Ex, Juillet Août…), Meriem Serbah (Le Prix du Succès…) et Antoine Gouy (Monsieur & Madame Adelman, Rupture Pour Tous…) se relayent pour égayer l’ensemble, ainsi qu’un caméo (bien trop long) de Mademoiselle Agnès est à noter. Mais je garderai surtout en mémoire Ander Lafond, rugbyman de son état, qui incarne le genre de voisin qui n’existe que dans les rêves. En tout cas, j’en ai pas chez moi des comme ça…

En conclusion : léger et fun, Demi-Sœurs est agréablement porté par son ambiance et un casting aussi attachant que familier. Entre des dialogues affûtés et un mélange éclairé de genres, le film de Saphia Azzeddine et François-Régis Jeanne divertit le temps qu’il dure, mais botte finalement en touche avec une intrigue trop axée sur une bataille d’héritage trop linéaire. En se focalisant sur cette idée, le scénario laisse en marge les différences pourtant complémentaires de ses héroïnes trop rapidement (un conseil look par ci, un conseil romantique par là) au lieu de les faire évoluer à travers ce croisement improbable. Dommage… Peut-être les réalisateurs ont laissé une porte ouverte pour tricoter une suite (avec une autre demi-sœur Noire pour se la jouer comme dans Qu’est-ce Qu’on A Fait au Bon Dieu ?) ? C’est fort possible et ça ne m’étonnerait pas ! À voir, car c’est quand même bien sympatoche.

PS : Attention tout de même, certaines vannes (notamment celles sur les religions) pourraient choquer les plus sensibles.

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