[CRITIQUE] Désobéissance, de Sebastián Lelio

Le pitch : Une jeune femme juive-orthodoxe, retourne chez elle après la mort de son père. Mais sa réapparition provoque quelques tensions au sein de la communauté lorsqu’elle avoue à sa meilleure amie les sentiments qu’elle éprouve à son égard…

Après l’acte manqué du film À La Merveille dans lequel Terrence Malick a coupé toute apparition de Rachel Weisz, c’est grâce à Sebastián Lelio (Une Femme Fantastique, Gloria…) que cette dernière et Rachel McAdams sont enfin réunies à l’écran. Adapté du roman de Naomi Alderman, Désobéissance est un drame sensible et poignant autour de la romance taboue entre deux femmes dans le cadre d’un milieu juif orthodoxe.
Si le film peut parfois rappeler, dans ses grandes lignes, celui de Todd Haynes, Carol, Sebastián Lelio – réalisateur chilien, amoureux des portraits de femmes et fraîchement oscarisé pour Une Femme Fantastique en 2018 – choisit une approche bien plus intimiste et parvient à équilibrer la rigueur conservatrice de la religion à l’attirance sensuelle entre ses héroïnes. Entre retrouvailles et retour au bercail, Désobéissance confronte les croyances et les coutumes de ses personnages, à travers un amour secret qui n’entre pas dans le moule imposé.

En toute simplicité, Désobéissance dresse un tableau touchant, porté par deux personnages à fleur de peau et dépassés par la passion qui les submerge. Une passion qui va à l’encontre des valeurs d’une communauté rigide et un passé qui les oppresse. Sebastián Lelio parvient à faire cohabiter l’univers religieux et ses règles strictes dans ce drame amoureux, aussi vibrant que réprimé, avec un équilibre impeccable. Là où d’autres auraient profité de l’aubaine pour verser dans l’érotisme sulfureux (comme un certain Passion de Brian de Palma – dans lequel était justement Rachel McAdams), Désobéissance choisit la délicatesse pour explorer les tabous et les sentiments qui renaissent et grandissent en secret. Derrière son ambiance austère et à demi-mots, le film observe les barrières se mouvoir indiciblement dans un monde où l’amour rime avec destruction et perte de repères profondément ancrés, tandis qu’une réflexion profonde entame les convictions des uns et des autres. En effet, au-delà de la relation entre ces deux femmes qui renaît de ses cendres, c’est surtout un univers ampli de codes que le film dissèque, à travers ces hommes à l’allure sombre et fermée qui dictent leurs règles et pardonnent peu d’écarts. Les esprits obtus sont confrontés à leurs croyances et le film permet de chambouler, ne serait-ce qu’un peu, une communauté soudée, sans pour autant la vulgariser ni la dénigrer. Le respect de Sebastián Lelio est remarquable et permet de rendre son histoire d’amour bien plus accessible et surtout, beaucoup plus touchante.

Le plus réussi dans ce film, c’est l’adresse avec laquelle Sebastián Lelio parvient à narrer cette romance d’une intensité palpable, sans jamais verser dans le jugement de valeur face au carcan stricte de la religion judaïque. Désobéissance offre un recul pertinent et respectueux, qui donne autant de matière à réflexion que de moments lumineux et salutaires. Dans une facture plus que sobre, le film laisse porter des échanges d’une profondeur palpable que l’on suit la gorge serrée, tandis que le rapprochement de ses héroïnes évolue crescendo, souvent en filigrane jusqu’à une scène particulièrement magnifique et sensuelle qui laisse exploser toute la retenue imposée jusque là. Désobéissance bouleverse au-delà de son sujet principal, notamment en soulignant le déchirement intérieur qui vrille nos personnages, ces femmes certes mais aussi ce mari qui se retrouve au centre d’un triangle amoureux malgré lui. Sans être révolutionnaire, le film montre que rien n’est figé, même dans un contexte aussi rigide et régi par des hommes de foi. L’abandon est au centre de ce drame émouvant, aussi libérateur que douloureux. 

Au casting, je l’ai dit plus haut, Sebastián Lelio réunit deux actrices que je rêvais déjà de voir ensemble, car, au-delà de leurs talents indéniables, elles possèdent la même présence à la fois belle, délicate et incandescente quand il le faut. Rachel Weisz (Le Jour de Mon Retour, My Cousin Rachel, Youth…) et Rachel McAdams (Game Night, Doctor Strange, Spotlight…) sont tout simplement formidables, justes et sublimes, offrant des performances habitées qui répondent admirablement bien à la retenue contrainte de leurs personnages. Entre elles, Alessandro Nivola (A Beautiful Day, The Neon Demon, Selma…) parvient à s’imposer malgré un personnage taciturne dont l’impuissance et l’incompréhension deviennent touchantes.

En conclusion, Sebastián Lelio signe un drame subtile et sensible, entre religion, réflexion et amours interdites. Désobéissance vise juste en évitant la morale et le voyeurisme, pour mieux se pencher sur la psyché de ses personnages. Comprendre sans juger, aimer au risque de détruire… Le sublime duo de Rachel illumine une histoire fragile et puissante, osant une sensualité déroutante dans un schéma austère. À voir, sans hésitation !

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