[CRITIQUE] Bonhomme, de Marion Vernoux

Le pitch : La vie de Piotr et Marilyn, jeune couple de la banlieue lilloise, va être bouleversée suite à un accident de voiture. Traumatisé crânien, Piotr, s’il garde son physique avantageux, n’a plus toute sa tête : tantôt matou apathique, tantôt fauve en rut à l’hypersexualité débridée. Pour Marilyn, convaincue que son amour pour lui peut le sauver, c’est le début d’une épopée menée vaille que vaille et cul par-dessus tête.

À l’origine, Nicolas Duvauchelle devait partager l’affiche avec Sara Forestier. Vu le sujet du film, on aurait pu voir Bonhomme comme une suite fantasmée de Hell, de Bruno Chiche (2006) l’adaptation du roman de Lolita Pille qui se terminait tragiquement. Mais bon, scandale oblige, l’actrice est débarquée du projet et remplacée au pied levé par l’épatante Ana Girardot. Terminons donc cette parenthèse people pour s’intéresser au film de Marion Vernoux.

3 ans après Et Ta Sœur, le remake d’un film britannique autour d’un triangle amoureux et d’un désir de maternité impossible, la réalisatrice (Les Beaux Jours, Reines d’Un Jour…) revient cette fois avec une histoire originale, Bonhomme, un drame qui questionne l’amour profond, le don de soi et le handicap. Après un accident de voiture, un couple voit son quotidien basculé lorsqu’un des partenaires en ressort avec un traumatisme crânien, le rendant « frontal ». Comme c’est si bien résumé dans le film en une phrase : le héros a 5 ans dans la tête et 15 ans dans le caleçon ! Un combo détonnant qui surprend alors que le film explore l’hypersexualité du personnage à travers sa maladie, rehaussé par des caractères forts dont la rudesse rend les échanges plus vrais.
Souvent cocasse et surtout touchant, Bonhomme conquiert par sa sincérité et sa simplicité, en explorant des personnages sans phare et accessibles, dans un univers social commun. Si l’entrée en matière est explosive, le film parvient à conserver le même ton brut de décoffrage jusqu’au bout, évitant habilement de sombrer dans le pathos pour faire pleurer dans les chaumières. Bonhomme sensibilise sur un mal peu connu, tout en trouvant une légèreté singulière à travers la maladresse des personnages, entre tendresse et combat à l’aveugle qui prend immédiatement aux tripes.

En choisissant un point de vue aussi simple, le film de Marion Vernoux permet de s’attacher, voire même de se retrouver dans un film qui utilise la modestie de ses personnages pour aborder un sujet douloureux sans sortir les violons ni se réfugier dans des bons sentiments pompeux à la manière d’un Réparer Les Vivants, par exemple. Au contraire, Bonhomme garde un curseur honnête, quitte à parfois flirter avec les limites de la morale. À l’image de son héros, Bonhomme ne prend pas de pincette ni de détour, et semble se construire au fur et à mesure que les personnages s’adaptent à leur nouveau mode de vie et les différentes embûches qu’ils affrontent. Certes, Bonhomme est un film résolument touchant qui, au-delà de son personnage central, questionne également le dévouement et la solidité d’un couple face à l’adversité. Ce que j’ai aimé, c’est qu’à aucun moment le film donne l’impression que le personnage d’Ana Girardot subit son sort ou se transforme en martyr. L’ensemble de l’écriture est naturelle et fluide, si bien que toutes les situations explorées dans le film fonctionnent sans problème.
Finalement, le seul bémol du film, c’est que Marion Vernoux a du mal à se départir de ses travers : une fois le concept de son histoire posé, ses films ont souvent du mal à trouver une porte de sortie. C’est encore le cas avec Bonhomme qui, malgré un ensemble généreux et plein de caractère, s’effiloche vers un final assoupi. Petit détail : à l’origine le film devait s’intitulé « Mon Homme », mais ce titre étant déjà pris, la réalisatrice a choisi Bonhomme… Un choix discutable, peu en lien avec le film finalement.

Au casting : Nicolas Duvauchelle (Jour J, Je Ne Suis Pas Un Salaud, Dalida…) ne cesse de surprendre et d’étoffer son jeu d’acteur, notamment lorsqu’il s’aventure dans des rôles plus sensibles et reposants sur des émotions complexes entre les apparences et le message voulu. Ici, l’acteur est d’une justesse impeccable et incroyablement touchant. À ses cotés, la fraîcheur d’Ana Girardot (Ce Qui Nous Lie, Un Homme Idéal, Paradise Lost…) complète un duo plein de cœur, tant elle se révèle aussi pétillante que combattante, entre impertinence et un talent fou. Autour d’eux, on retrouve François Rollin (Tamara…) en médecin piquant, Vanessa Guide (Going To Brazil…) qui a très chaud et Béatrice Dalle (Chacun Sa Vie…), discrète mais réjouissante en maman moderne.

En conclusion, Bonhomme surprend et touche en plein cœur. Le duo Duvauchelle-Girardot est une belle poésie, entre preuve d’amour et de courage, tout en dressant un portrait social parfois irrévérencieux mais ô combien rafraîchissant. Probablement le meilleur film de Marion Vernoux. À voir !

PS : Si la bande-annonce montre les fesses de Nicolas Duvauchelle, sachez qu’on en voit bien plus. Pour public averti, donc 😀 (en tout cas, si on cherchait notre Michael Fassbender français, on l’a trouvé !)

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