[CRITIQUE] American Nightmare 4 – Les Origines, de Gerard McMurray

Le pitch : Pour faire passer le taux de criminalité en-dessous de 1% le reste de l’année, les « Nouveaux Pères Fondateurs » testent une théorie sociale qui permettrait d’évacuer la violence durant une nuit dans une ville isolée. Mais lorsque l’agressivité des tyrans rencontre la rage de communautés marginalisées, le phénomène va s’étendre au-delà des frontières de la ville test jusqu’à atteindre la nation entière.

Généralement, lorsqu’un studio décide de relancer une franchise/saga en explorant ses « origines », c’est pour deux raisons : la première, c’est que le nom du film attirera le public en salles et la seconde, c’est que plus personne n’avait d’idée originale pour faire avancer le schmilblick. Dans le cas d’American Nightmare, c’est étonnant car si le dernier opus était plutôt moyen car moins efficace, il se concluait pourtant sur une nouvelle donne qui laissait largement la porte ouverte à une suite alléchante : un American Nightmare post-Purge, par exemple.

Oh well.

Pour ce nouvel épisode, James DeMonaco signe le scénario et abandonne son bébé entre les mains de Gerard mcMurray pour la réalisation (enfin presque, vu que James DeMonaco est le showrunner de la série The Purge). Réutilisant les sous-intrigues explorées depuis American Nightmare 2, American Nightmare 4 – Les Origines revient sur l’histoire de la Purge et de ses dessous politiques, pour tisser une histoire le plus souvent gênante pour ne pas dire redondante. En effet, si vous ne vous êtes pas endormi devant les deux derniers films, nous savons déjà que la Purge est un prétexte radical du gouvernement pour se débarrasser des quartiers pauvres (sous-entendu, prompts à la violence, ce qui est déjà un raccourci dérangeant en soi). Un discours d’abord intéressant durant le deuxième chapitre, qui oscillait entre ses révélations et les affrontements sanglants pour nourrir le voyeurisme noir des spectateurs, tout en collent à une actualité américaine avec perspicacité. Cependant, le troisième film, sous-titré Élections, en rajoutait une couche et commençait à se complaire dans un discours réducteur qui allait à l’encontre du message dénonciateur voulu par le film. En effet, à forcer de grossir le trait sur les minorités américaines versus l’élite prospère et extra-white, la saga American Nightmare s’enfonçait déjà dans la caricature.

Et bien, avec American Nightmare 4 – Les Origines, c’est encore pire. En plus d’une histoire sans surprise qui va à nouveau se reposer sur ce gouvernement trop méchant qui cherche à semer le chaos dans les quartiers pauvres pour s’en débarrasser, le film de Gerard McMurray continue de réduire le champ des possibles en se reposant sur tous les clichés urbains faciles et réducteurs (comme si les rednecks et autres communautés majoritairement blanches et pauvres n’étaient qu’une vue de l’esprit, n’est-ce pas). Casting en grande partie afro-américain et hispanique, guerre de gangs cheaps menée par des gros durs, hip-hop en soundtrack, discrimination en sous-marin et ambiance rebelle qui vire souvent à la victimisation… American Nightmare 4 – Les Origines cumule les idées dérangeantes qui, dès le départ, crée un malaise tant il est évident que le traitement manque de maîtrise et de crédibilité.

Au risque de faire un mauvais jeu de mots, la saga dépeint un monde en noir et blanc, faisant passer des trafiquants de drogues pour des héros du peuple, tandis que les politiciens bidouillent les médias à leurs avantages. Rien de nouveau sur la lune, évidement, à travers ce préquel sans surprise qui navigue entre des personnages mal écrits et des rebondissements attendus. D’ailleurs, il suffit de voir comment certains personnages a priori importants au début de l’histoire finissent soudainement par passer à la trappe et dont le sort est expédié de façon discutable. En voulant faire un traitement parallèle entre les deux groupes de personnages du film, tout en remâchant le concept de la Purge, American Nightmare 4 – Les Origines essaie péniblement de retrouver le panache d’Arnarchy mais s’éparpille tellement que la conclusion a des airs de rafistolage à la hâte.

L’ensemble est tout juste passable. Visuellement, la réalisation renoue avec le style du dernier film, l’ambiance clip vidéo et néons, mais coté tension ou frisson : on repassera. Le problème des films qui reviennent sur les origines, c’est que la suite est forcément déjà connue et le fait de centrer le film sur des personnages inconnus de la saga rend American Nightmare 4 – Les Origines encore plus vain. Le tensiomètre ne décolle donc jamais, et ce ne sont pas les scènes simili d’action – où le héros devient soudainement un freefighter expert en équipement militaire – qui parviennent à relever le niveau.

Au casting : Y’lan Noel (Insecure…) tente de remplacer Frank Grillo dans le rôle du héros sans peur ni reproche (ou presque), entouré par des seconds rôles interchangeables dans lesquels on retrouve quelques visages connus : Marisa Tomei (Spider-Man : Homecoming…) semble se demander ce qu’elle fait là, tandis que Melonie Diaz (Charmed version 2018…) et Steve Harris (Friday Night Lights…) vivotent en arrière plan. Plus en avant sur la scène, Lex Scott Davis (Training Day – la série…) et Joivan Wade incarnent les innocents du ghetto, tandis que Luna Lauren Velez (Murder…) cherche à faire rire dans un film où tout le monde s’entre-tue gratuitement – cherchez l’erreur.

En conclusion, du thriller horrifique original à l’objet marketing sans intérêt, la saga American Nightmare dégringole. Avec un préquel que personne n’attendait, Gerard McMurray signe un opus indéfinissable qui ne fait que surexposer le concept de la Purge sans pour autant s’inscrire dans un genre particulier. Trop mou pour être un film d’action ; trop déjà vu, déjà compris et prévisible pour être un thriller ; bien loin de faire peur pour être un film d’épouvante ; trop sage pour espérer être gore (ou, a minima, un gentil slasher ou survival)… Bref, American Nightmare 4 – Les Origines est un fourre-tout fadasse qui s’épuise avant même d’avoir démarrer. Reste à voir ce que la série The Purge aura donc à se mettre sous la dent… À éviter.

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