[CRITIQUE] Le Grand Bain, de Gilles Lellouche

Le pitch : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie…

Après avoir réalisé des clips vidéos et collaboré avec ses potes derrière la caméra pour Narco (2004) et Les Infidèles (2012), Gilles Lellouche saute dans Le Grand Bain pour la première fois en solo. À travers une comédie dramatique, le film explore un mal méconnu et souvent multiforme vivotant entre les termes « dépression » et « déprime », tout en sortant des sentiers battus. Burn-out, crise existentielle ou échec du passé toujours difficile à digérer, Le Grand Bain met en scène une kyrielle de personnages qui ont connu des jours meilleurs, portés par un Matthieu Amalric sincèrement touchant. Film fait entre copains, Le Grand Bain en a tout les stigmates. Gilles Lellouche sait s’entourer, ce qui attire déjà l’attention, et gagne plusieurs bons points en dépeignant un personnage un peu banal, paumé et pourtant très accessible, alors que ce dernier navigue mollement à vue suite à un burn out. Si l’idée de la natation synchronisée est apparue « par hasard », ce choix n’est finalement pas fortuit tant la métaphore colle à ses personnages qui, en surface, semble suivre le mouvement, tandis que sous la surface : c’est l’agitation totale.

Et pourtant, Le Grand Bain coule à pic. Pourquoi ? Si le personnage principale est suffisamment étoffé pour attirer la sympathie, il est entouré de comparses détestables, agressifs, benêts et/ou inutiles. En invitant ses copains à la fête, Gilles Lellouche tombe dans le piège facile des personnalités trop attendues ou, au contraire, trop à contre-courant qui finissent par plomber la narration en forçant la démonstration de talents plutôt que de servir l’histoire. Ainsi, Canet écope d’un personnage dédaigneux et colérique (surprise…), Poelvoorde choisit la gravité hystérique (syndrome « je ne suis pas que drôle »), Katerine est le simplet de la bande (effet physique de l’emploi)… Dans cet ensemble choral, j’ai eu l’impression de voir le même moule multiplié et déformé pour justifier ce casting prestigieux. Un moule creux, cependant, puisque le parcours de ces derniers est effleuré dans les grandes lignes et apportent finalement peu de variation au film. Si les hommes déçoivent, le ton donné aux femmes n’améliore pas la choucroute : pour une qui tient la tête hors de l’eau (Marina Foïs), les autres sont difficilement accessibles, entre disparition soudaine et agressivité (encore) injustifiée.
Quitte à dépeindre un ensemble de personnages rendus gris par les aléas de la vie, j’aurai préféré que Gilles Lellouche tranche un peu plus dans le vif et s’attarde un peu plus sur la reconstruction de son personnage principal, au lieu d’égrainer les problèmes des uns et des autres avec un vague fond humoristique. Ce qui attire dans Le Grand Bain, c’est justement la normalité des personnages et le contraste de ces hommes avec un discipline aussi délicate en apparence. Au lieu de rendre tout cela accessible, le film s’attache à peindre des ersatz de portraits difficilement attachants.  Dommage.

Si le projet de Gilles Lellouche partait d’une belle idée – étonnamment revisitée outre-manche avec le british Swimming With Men d’Oliver Parker dans une version comédie romantique – et pourtant j’ai trouvé l’ensemble relativement balourd et laborieux, bien loin de la comédie dramatique promise. Le problème vient du fait d’avoir autant d’acteurs de renom à l’affiche, le film se perd dans les histoires de chacun au lieu de se focaliser sur son personnage principal et son évolution pourtant intéressante. Du coup, Le Grand Bain s’éparpille dans des histoires annexes et le concept du buddy movie se transforme rapidement en un étalage démonstratif, le film faisant office de carte de visite et non du projet intimiste et plus ou moins sérieux attendu autour de son approche originale de la dépression vue par Gilles Lellouche.

Au casting, donc : Mathieu Amalric (Les Fantômes d’Ismaël, Barbara, Le Secret de la Chambre Noire…) mène la danse et relève le niveau grâce à son personnage plus réfléchi et intéressant, secondé par une Marina Foïs (L’Atelier, Papa ou Maman 2, Irréprochable…) discrète mais marquante. Autour d’eux, Benoît Poelvoorde (Au Poste !, Le Tout Nouveau Testament…) fait du contre-emploi usant et presque parodique dans sa propre caricature, Guillaume Canet (Rock’n’Roll, Cézanne et Moi...) reprend son personnage bourru et gonflé par l’orgueil qu’on lui connait déjà, Jean-Hugues Anglade (Suburra…) se noie dans le fond, tandis que Philippe Katerine (Le Poulain…) joue encore une fois les gentils benêts et Félix Moati (Gaspard Va Au Mariage…), les jeunes premiers.
À l’affiche également, Virginie Efira (Victoria, Un Homme à la Hauteur…) propose un personnage plutôt convaincant et attachant, mais qui est effacé au profit d’une Leila Bekhti (Jour Polaire, Carnivores, Nous Trois Ou Rien…) que je me suis mise à détester pour la première fois, tant son rôle agressif a été la touche finale à un ensemble difficilement appréciable.
On notera également, pour la postérité, la présente d’Alban Ivanov (Le Sens de la Fête…), Mélanie Doutey (La French…) et les premiers pas de Thamilchelvan Balasingham.

En conclusion, j’espérai beaucoup de ce film de Gilles Lellouche, un acteur que j’apprécie généralement. Malheureusement, Le Grand Bain a tous les défauts du film de potes portés par un cast de têtes d’affiche : malgré un personnage principal et une intrigue originale, le film est ampoulé par le besoin de faire vivre les seconds rôles au même niveau (plus à cause de leur notoriété que pour étoffer réellement le film) et une tonalité aigre et négative qui alourdit l’ensemble. À défaut d’étonner avec ces hommes qui s’accroche grâce à la natation synchronisée, Le Grand Bain est finalement une bonne douche froide. À éviter.

 

2 réflexions sur “[CRITIQUE] Le Grand Bain, de Gilles Lellouche

  1. Ah mince, je craignais le défilé d’acteurs dans un film de potes qui se retrouvent et où trop de « personnalités » tuent leurs personnages … et cet article semble conforter cette crainte. Pourtant j’ai lu de très belles critiques par ailleurs; Bon, je vais devoir aller me faire mon avis !

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