[CRITIQUE] Halloween, de David Gordon Green

40 ans, 10 films dont 1 reboot : Halloween : La Nuit des Masques fait partie des films cultes du cinéma d’horreur et pour fêter un bel anniversaire, David Gordon Green offre une onzième retrouvailles avec la saga, entre hommage au film de Carpenter et coup de neuf. Nourri par une tension jubilatoire et la force tranquille d’un tueur iconique et implacable, Halloween explore judicieusement les ressorts de la saga à travers un traitement plein d’anticipation et de suspens. Plus brutal, plus stressant et portée par une Jamie Lee Curtis aux antipodes de sa première interprétation, Halloween est une très bonne surprise.

Le pitch : Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40 ans plus tôt.

Comment parler du cinéma d’horreur culte sans mentionner Halloween : La Nuit des Masques, de John Carpenter, sorti en 1978 ? Né à une époque où l’horreur aimait s’inviter dans les quartiers tranquilles pour mieux ensanglanter le quotidien bourgeois d’Américains paisibles (comme le cinéma de Wes Craven et à l’opposé des Massacre à la Tronçonneuse et compagnie qui proposaient un décor déjà flippant), Halloween : La Nuit des Masques a terrifié le grand public à l’époque peu habitué aux effusions sanglantes, en présentant un mal insondable en la personne de Michael Myers, ce tueur silencieux, mauvais depuis sa tendre enfance et dont les motivations ont toujours été opaques. John Carpenter crée un danger à la proximité palpable, qu’il va intelligemment s’intégrer dans la période festive d’Halloween.

Après le succès du premier film, la saga s’est déclinée en plusieurs volets au cours des années 80, chaque opus se délectant du personnage de Michael Myers, cherchant parfois à l’expliquer tout en faisant sensation. En 2007, Rob Zombie tente de donner un nouveau souffle a la saga en réalisant deux opus bien plus axés sur Michael Myers et sa psychologie, pour un résultat très discutable… Et 40 ans plus tard, c’est au tour de David Gordon Green d’ajouter sa pierre à l’édifice en proposant une suite anniversaire qui se situe directement après les événements d’Halloween : La Nuit des Masques.

À l’heure où le cinéma d’horreur est dans une phase plus orientée vers le paranormal, Halloween détonne : d’une part, parce qu’il appartient au sous-genre « slasher » (tueur psychopathe qui tue à tour de bras) et d’autre part, parce qu’il rebondit sur un film phénomène daté. D’ailleurs, le film se pose intelligemment la question de la menace Michael Myers, qui compte (dans ce film) « que » 5 victimes, dans une société de plus en plus habituée à des attaques de masses. Avec un réalisateur plus connu pour ses comédies potaches (Délire Express, Votre Majesté, Baby-sitter Malgré Lui…) que ces drames solides (Joe, Que Le Meilleur Gagne, Stronger…), l’annonce d’un nouvel Halloween a suscité beaucoup de sueurs froides chez les fans de la saga. Pour ma part, n’étant pas hyper réceptive aux slashers, j’y suis allée avec curiosité et sans véritable attente.

À l’arrivée : quelle bonne surprise ! Habile mélange entre l’hommage au film original, quelques clins d’œil à la participation de Rob Zombie et une approche plus moderne de l’angoisse, Halloween happe dès les premières minutes dans une tension nouée par la psyché insondable d’un tueur sans visage. Après une introduction réussie et une mise en place solennelle, le film de David Gordon Green capitalise sur une menace planante et savamment entretenue dès lors que le mal recouvre sa liberté. Halloween célèbre le caractère un poil contemplatif installé à l’époque par John Carpenter avec une maîtrise de l’anticipation réjouissante : on sait que Michael Myers va frapper, mais quand ? Le film m’a maintenue sur le rebord de mon siège à plusieurs reprises, tant j’étais accrochée par le suspens haletant de chaque scène prometteuse.
Autre surprise, c’est la façon dont Halloween suggère l’horreur plus qu’il ne la montre. Alors que d’autres auraient pu opter facilement pour une orientation plus gore, explicite et sanglante, David Gordon Green se fait plus économe dans ses démonstrations et préfère miser sur le tensiomètre et l’implicite qualitatif : on voit peu de meurtres face caméra, mais le peu qu’on voit suffit à montrer la violence presque barbare de Michael Myers. Le résultat est efficace, prouvant (s’il le fallait) qu’il ne suffit pas de faire gicler le sang ou de nous montrer des boyaux toutes les cinq minutes car, malgré le peu d’images proprement graphique, Halloween est tout de même interdit aux moins de 12 ans tant la violence suggérée et parfois montrée est présente.
Musique d’ambiance, attente angoissante et mise à morts soudaines, Halloween modernise le slasher avec le tempo adéquat, parvenant à nous prendre au piège dans son étreinte haletante et jubilatoire.

En effet, le traitement d’Halloween est plutôt bien fichu. Le film renoue avec son héroïne d’antan, Laurie Strode, devenue aujourd’hui une grand-mère badass mais incomprise par ses proches. David Gordon Green pioche dans les ambiances modernes, lorgnant parfois même du coté du teen horror movie en rappelant parfois Scream (qui faisait déjà des références à Halloween, évidemment), avec ses personnages jeunes et insouciants. L’ensemble ne perd pas de vue son objectif, à savoir former une suite directe avec le premier film de 1978, et parvient à parvient à tisser 40 ans de traumatisme dans les parcours parallèles de Laurie et du tueur, avant d’atteindre le face-à-face tant attendu.
Comme les premiers films, la psychologie des personnages est traitée en filigrane, explorant les conséquences d’une nuit qui a viré au cauchemar, entre une cellule familiale éclatée et un isolement paranoïaque, tout en se focalisant sur une héroïne finalement toujours bloquée en 1978. Cela renforce l’intrigue et contribue à démarquer Halloween de la simple relance paresseuse boursouflée de jumpscares : bien au contraire le film de David Gordon Green est un petit plaisir de noirceur oppressante qui frôlerait presque le sans-faute s’il y avait eu un peu de frissons en plus. Mais on ne peut pas tout avoir, n’est-ce pas ? Certes, tout n’est pas parfait, certains personnages se montrent parfois incohérents tandis que Michael Myers semble être surhumain tant rien ne l’arrête, mais dans l’ensemble Halloween propose un film d’ambiance réussie grâce à sa noirceur et l’utilisation intelligente de son concept.

Au casting : aussi culte que le film original, Jamie Lee Curtis (Scream Queens…) n’est plus la jeune baby-sitter effrayée et reprend son rôle avec la badasserie qui lui va bien : convaincante, cohérente et crédible, elle offre une belle évolution au personnage. A ses cotés, Judy Greer (Kidding, Ant-Man et la Guêpe, La Planète des Singes – Suprématie…) et Andi Matichak (Blue Bloods, Orange Is The New Black…) incarne la lignée Strode, avec une petite tendance à se fondre dans le décor tant l’héroïne prend le dessus. En face, Nick Castle fait le caméo le temps d’une bonne séquence, tandis que Haluk Bilginer (Winter Sleep…) épice pas mal l’ensemble.

En conclusion, Halloween arrive à point nommé pour la période et offre des retrouvailles avec le slasher culte plutôt réjouissantes. David Gordon Green signe un nouveau chapitre efficace, portée par la force tranquille et menaçante d’un Michael Myers presque surhumain (au vu de son âge) et une tension grisante de bout en bout. Halètements garantis. À voir.

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