[CRITIQUE] Teen Spirit, de Max Minghella

Le pitch : Violet, une adolescente passionnée par le chant, rêve de quitter sa petite ville et de devenir pop star. Affublée d’un mentor improbable, elle participe aux auditions de TEEN SPIRIT, un télé crochet musical national, une expérience qui mettra à l’épreuve son intégrité, son talent et son ambition…

Acteur discret mais remarqué au cinéma (The Social Network, Les Marches du Pouvoir, Les Stagiaires, Horns…) et sur le petit écran (The Mindy Project, The Handmaid’s Tale…), Max Minghella passe pour la première fois derrière la caméra et s’intéresse aux aspirations d’une adolescente qui rêve de devenir chanteuse.
Cocoonée dans un coin paumé d’Irlande aux cotés d’une mère trop stricte, Teen Spirit propose un personnage qui a la possibilité de voir son rêve devenir réalité grâce à une émission de télé-crochet. Bravant l’autorité de sa mère, Violet fonce tête baissée vers l’espoir de voir son talent porter ses fruits, avec l’aide d’un bonhomme étrange qui accepte de lui servir de tuteur. Max Minghella pose des bases simples et attendues : le contexte austère contraste avec les paillettes de l’émission télé, la fraîcheur naïve de son héroïne s’oppose à ses rivales plus véhémentes et, bien entendu, la relation tendue avec sa mère ne fait qu’augmenter le nombre d’obstacles que notre jeune star en herbe va devoir affronter.

Pour faire avaler la pilule, le film repose beaucoup sur les épaules de son actrice principale et sa voix grave et envoûtante. Je ne nierais pas qu’Elle Fanning a une superbe voix et surtout une sacrée présence scénique qui n’a pas encore commencé à me lasser. Mais voilà que Max Minghella se perd dans la contemplation de sa muse extrêmement talentueuse pour lui coller un rôle bien en deçà de son potentiel et surtout déjà vu. Comme je l’avais déjà noté dans Galveston, l’actrice est poursuivie par son apparence innocente à la fois enfantin, lolita-esque et énigmatique, qu’on a du mal à sortir de l’adolescence pour en faire une femme. Du coup, comme Mélanie Laurent et d’autres auparavant, Max Minghella se borde à la même figure évanescente qui s’admire de loin mais qu’on ne parvient pas à toucher… et encore moins à érafler.

Par conséquent, Teen Spirit se contente de flotter en surface malgré l’occasion béante de dénoncer une industrie en chute libre, plus prompte à fabriquer des succès instantanés plutôt que de trouver des talents durables. Le film observe une jeune femme issue d’un milieu très modeste découvrir le faste d’un monde privilégié mais aussi ses travers, entre alcool, pertes de concentration et manipulation. À défaut de s’inspirer réellement du concept du télé-crochet, Max Minghella ne fait qu’étaler une simple crise d’adolescence standard et prévisible qui aurait eu le même effet si son héroïne avait tout simplement décider de quitter son village d’enfance pour Dublin. Même la musique semble être oubliée en court de route : alors que Teen Spirit est porté par des reprises chaloupées, plus le film avance dans sa narration et plus l’objectif se perd de vue alors que les premiers émois amoureux (et d’avance compromis) prennent le dessus. Là où des films comme The Neon Demon de Nicholas Winding Refn osait la confrontation – même un peu d’insolence – sur le parcours de cette star en devenir, Teen Spirit ne fait que contempler un récit à peine plus creusé qu’un teen movie adolescent, enrobé dans un emballage rose néon pour conclure la comparaison peu inspirée et décevante.

Au final, en lieu et place d’une épopée électrique dans un monde de faux-semblant, Teen Spirit est surtout portée par les connexions hollywoodiennes de son réalisateur et une actrice qui continue d’avoir le vent en poupe – malgré ses choix toujours trop safes à mon goût. Max Minghella avait pourtant de quoi explorer le sujet phare des premiers réalisateurs : la construction de l’identité de son personnage, surtout à travers un contexte aussi propice aux dramas et autres tromperies et trahisons. Mais, par timidité ou faute d’ambition, le film ne fait qu’effleurer la surface d’une coquille vide et botte rapidement en touche.

Au casting, vous l’aurez compris, Elle Fanning (Galveston, Mary Shelley, How To Talk To Girls At Parties…) est toujours aussi captivante mais commence à atteindre les limites d’un personnage aux variations déjà vues et revues. Cependant, la découvrir au micro où elle incarne elle-même toutes les chansons de son personnage est une bonne surprise. Autour d’elle, on découvre beaucoup de caricatures ambulantes : pour le Russe alcoolique ce sera Zlatko Burić (Pusher…), Agnieszka Grochowska (Enfant 44…) sera la mère Polonaise et sous l’étiquette du toy-boy à midinettes se débattront Ruairi O’Connor et Archie Madekwe (Midsommar…).
Seule bonne surprise au casting, Rebecca Hall (My Wonder Women, Le Bon Gros Géant…), sublime en manager aux dents longues.

En conclusion, Teen Spirit fait partie de ces films qui m’ont attirée au premier coup d’œil puis qui ont fini par flairer la supercherie plus la date de sortie approchait. Après avoir longuement tourné autour, j’ai fini par aller le voir et je me suis retrouvée devant une bleuette à peine vivace dans lequel aussi Elle Fanning et moi-même perdions notre temps. Sauf que moi, je n’ai pas été payée. À éviter.

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