[CRITIQUE] La Fête des Mères, de Marie-Castille Mention-Schaar

Le pitch : Elles sont Présidente de la République, nounou, boulangère, comédienne, prof, fleuriste, journaliste, sans emploi, pédiatre. Elles sont possessives, bienveillantes, maladroites, absentes, omniprésentes, débordées, culpabilisantes, indulgentes, aimantes, fragiles, en pleine possession de leurs moyens ou perdant la tête. Bien vivantes ou déjà un souvenir … Fils ou fille, nous restons quoiqu’il arrive leur enfant avec l’envie qu’elles nous lâchent et la peur qu’elles nous quittent. Et puis nous devenons maman … et ça va être notre fête !

Pour son nouveau film, Marie-Castille Mention-Schaar s’intéresse à un sujet plus que fédérateur et dont la sortie était prévue à point nommé : La Fête des Mères. Dans un premier temps, c’est intéressant d’observer l’évolution dans la filmographie de cette réalisatrice qui, réglée comme une horloge, propose un nouveau film tous les deux ans. De la dramédie légère avec Ma Première Fois au film moralisateur et actuel avec Le Ciel Attendra, en passant par une comédie populaire (Bowling) et une autre à vocation éducatrice (Les Héritiers), Marie-Castille Mention-Schaar aurait-elle trouvé le bon filon en collant ses sujets aux tendances sociétales ? C’est bien possible. Entre leçons de vie et facilités, ses films se suivent et se ressemblent à travers un emballage attractif mais qui, malheureusement, manque souvent de profondeur ou de véritable point de vue en cours de route. Et j’en arrive donc à son nouveau film, La Fête des Mères.

Porté par un casting quatre étoiles et un sujet qui touche tout le monde, arrivant encore une fois au bon moment en mettant en avant la Femme dans une année marquée par l’affaire Weinstein, une chose est sûre, c’est que le film de Marie-Castille Mention-Schaar sait placer ses cartouches. Si la première partie emballe à travers sa galerie de portraits de femmes multiples et conquérantes : mère aguerrie, mère débutante, mère dépassée, reine mère, mère en devenir, femme sans enfant… La Fête des Mères célèbre le choix de ces femmes, soulignant leurs imperfections, leurs sagesses mais également la difficulté de donner la vie (ou même de refuser de le faire). Le film vise large et  souvent juste – notamment en explorant le rêve de paternité d’un homme gay – en ne limitant pas uniquement son discours à un public féminin ou féministe, si bien que chacun peu s’y retrouver tant l’ensemble va venir chatouiller nos propres relations avec nos mères ou des expériences personnelles.

Cependant, le risque en visant large, c’est de finir par s’évaporer. C’est là le problème récurrent chez Marie-Castille Mention-Schaar : la réalisatrice parvient souvent à mettre le doigt sur un sujet intéressant, mais son exploration se limite trop rapidement à des généralités qui vont rendre l’ensemble très superficiel. En effet, une fois les personnages posés et les relations mises à jour, La Fête des Mères s’enfonce dans un récit plat et attendu, crépité par des mini-conflits souvent stériles et creux. Globalement, l’histoire parvient à se boucler, mais il faut subir une narration laborieuse qui perd beaucoup d’intérêt au fur et à mesure que le film avance. Pire, en voulant trop valoriser ses mères (ou non-mère) courages, Marie-Castille Mention-Schaar rate le coche sur des personnages cruciaux : par exemple, j’en attendais beaucoup de cette Présidente de la République, mais finalement le film la réduit à son rôle de mère dépassée de façon contemplative. Cet exemple résume assez bien les défauts du film, tant il se cantonne trop souvent à l’éloge de la mère sous toutes ses formes, en oubliant finalement la femme qui coexiste… à l’exception du seul personnage qui ne souhaite pas se reproduire, finalement. Malgré ses personnages en or ou prometteurs, la mise en oeuvre est souvent ratée tant Marie-Castille Mention-Schaar reste en surface, planquée derrière son sujet bien trop facile en choisissant d’observer ses histoires au lieu de les faire vivre. Un peu plus de vie, de dynamisme et de rire aurait pu permettre à La Fête des Mères d’éviter le mélodrame et vraiment célébrer ces mamans et ces femmes touchantes, parfois drôles mais toujours généreuses. Oui, il ne suffit pas de poser sa caméra et d’espérer de l’émotion uniquement parce qu’on parle d’un sujet universel : sans mise en scène et véritable ambition narrative, les meilleurs projets virent à l’ennui profond et au gâchis de talents. CQFD ?

Au casting : Olivia Côte (Larguées, Embrasse-Moi !, Telle Mère, Telle Fille…) m’a agréablement surprise ! Probablement parce que c’est la première fois que je la vois dans un rôle sérieux, mais j’ai autant aimé son interprétation que son personnage intelligent et qui refuse de se conformer à la maternité permissive. Autre femme qui brille, c’est évidemment Carmen Maura (Les Sorcières de Zugarramurdi, Sales Gosses…), touchante et sage en mère aguerri, tandis que Nicole Garcia (De Plus Belle, Papa Ou Maman 2…) offre une bouffée d’air frais. Parmi les personnages décevants, celui porté par Audrey Fleurot (L’Idéal, Sous Les jupes des Filles, Les Gazelles…) est probablement le plus raté malgré ses promesses, tandis que Clotilde Courau (Le Ciel Attendra, L’Ombre Des Femmes…) ne se bonifie pas avec le temps. Pascale Arbillot (Maryline, Aurore…), Noémie Merlant (Le Retour du Héros, Le Ciel Attendra…), Marie-Christine Barrault (La Vie Domestique…) et Jeanne Rosa (Sage Femme, Irréprochable…) écopent de personnages qui passent relativement à la trappe ou développé trop tardivement pour qu’on s’y intéresse, tandis que Vincent Dedienne agace rapidement en fils inquiet. Autre homme du casting : Pascal Demolon (Five, Mes Trésors…), attachant, aurait également mérité plus de place.
À noter ici que le problème ne vient pas de la performance des acteurs, tous dans le bon ton à quelques exceptions près, mais de l’écriture des personnages très mal développés.

En conclusion, La Fête Des Mères cède au piège des films de ce genre, ceux avec une ribambelle de personnages qui se croisent dans une chorégraphie mal maîtrisée. Sans pour autant atteindre la catastrophe du lamentable Sous Les jupes des Filles d’Audrey Dana, Marie-Castille Mention-Schaar est dépassée par son casting trop imposant et ses intrigues multiples. Alors que le film partait d’un bon sentiment, il finit par se transformer en soupe fadasse où les bons sentiments deviennent justement étouffants, insipides et sans intérêt, ce qui pèse lourd sur une narration trop informe. Dommage. À éviter.

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