[CRITIQUE] Countdown, de Justin Dec

À mi-chemin entre Destination Finale et Happy Birthdead, le film de Countdown joue avec les nouvelles technologies pour créer un jeu dangereux dans lequel la mort hante les protagonistes. Divertissant, Countdown parvient à créer une ambiance suffisamment nerveuse pour tenir en haleine, mais la facture attendue et ponctuée d’épuisants jumpscares tend à desservir le film. Malgré un ensemble plutôt correct, Justin Dec conclue avec un appel du pied évident pour une éventuelle suite, c’est dommage car sans ces dernières minutes, Countdown aurait pu se démarquer de la tambouille uniforme qui parasite le genre horrifique ces dernières années.

Le pitch : Voulez-vous savoir combien de temps il vous reste à vivre ? Téléchargez l’appli Countdown ! Lorsque Quinn, une jeune infirmière, télécharge cette application à la mode, elle découvre qu’il ne lui reste que 3 jours à vivre. Elle doit trouver un moyen d’échapper à son sinistre destin avant la fin du compte à rebours.

Quand j’étais ado, il y avait déjà un site internet qui s’appelait Death Clock et qui, après quelques questions sur l’hygiène de vie de l’utilisateur, dévoilait un compte à rebours flippant et le temps qu’il lui restait à vivre. Forcément, à l’époque nous y jouions sans y croire et frissonnions gaiement en découvrant la date fatidique. Peu de temps après, la saga Destination Finale a vu le jour au cinéma (je vous laisse faire les calculs pour deviner mon âge) et l’enjeu du film flirtait plutôt bien avec les fascinations interdites de l’époque (tandis que nous naviguions entre Death Clock et le site Rotten pour reluquer des cadavres en charpie – je laisse Google vous guider, hin). Une recette qui lui a valu le succès qu’on lui connait, puisque cinq films plus tard, la saga Destination Finale continue de figurer parmi les bonnes surprises horrifiques de ce début de millénaire.

Étrangement, avoir la mort comme antagoniste principal n’a pas vraiment fleuri au cinéma, préfèrent remplacer la Faucheuse pur et simple par un démon pas sympa ou autre entité paranormale un chouilla revancharde. Pour son premier film, le jeune réalisateur américain Justin Dec – repéré grâce une web série diffusée sur Youtube – propose un trait d’union plutôt fun entre cette tendance passée et le cinéma marketé horreur d’aujourd’hui avec Countdown. En effet, si les dernières années ont été marquées par les produits parrainés par James Wan (Conjuring, Insidious, puis les dérivés Annabelle et compagnie) et les productions Blumhouse, le genre tente de revenir à à une sorte de codes classiques en s’emparant des habitudes du monde moderne ou de jeux anodins pour les transformer en survival sanglant (comme l’ont fait à l’époque les maîtres de l’horreur en invitant le meurtre de sang froid dans les maisons de monsieur et madame Tout-le-monde). Si la mesure est moindre, le phénomène reste similaire. Après le jeu d’enfants qui vire au cauchemar ou encore le réseau social qui se transforme en huis-clos assassin, Countdown propose de se focaliser sur une application virale qui signe l’arrêt de mort de son utilisateur.

Au détour d’une curiosité compréhensible, les personnages découvrent, horrifiés, que leurs fins sont proches et vont tenter de combattre leurs échéances. Le point de départ est attrayant, entre course contre la montre impossible et l’idée sympathique de doubler le choc en superposant l’inexorable et la réalité (à savoir la façon dont un personnage aurait dû mourir et la façon dont il meurt réellement en espérant y échapper). Countdown capitalise sur la fascination un chouilla morbide du spectateur, le renvoyant à une question fondamentale (oserai-je utiliser cette application ?) qui va implicitement alimenter le caractère haletant du film en plus de l’intrigue qui s’accélère.

Cependant, au-delà de son format souvent trop facile qui se réfugie dans des jumpscares attendus – mais parfois efficaces, avouons-le – le film de Justin Dec commence à se tirer une balle dans le pied dès lors qu’il cherche à donner une explication logique. Pseudo-référence biblique (je n’ai pas vérifié) et gloubi-boulga mystique qui n’expliquera finalement jamais l’existence de l’application Countdown, et voilà que le film perd un poil de sa verve en voulant installer un recul un chouilla décalé à l’aide d’un homme d’église trop excité. Rapidement, le peu de solidité que portait le film s’ébranle alors que, paradoxalement, Countdown se voulait plus crédible. Si cela ne gâche pas vraiment son rythme de croisière ni la tension existante, j’ai trouvé cela dommage que la mort ne soit pas vraiment au premier plan, malgré les nombreuses apparitions étranges.
Mais ce qui a fini par transformer l’essai en un énième simili-scary movie anecdotique, c’est le choix d’avoir opter pour une fin trop facile. J’aurai aimé que Justin Dec ose le point final tragique pour asseoir la menace du film de façon pérenne au lieu de laisser une porte ouverte à une suite potentielle avec aussi peu de subtilité. Si on peut penser, en faisant le grand (très grand) écart, à la conclusion du film Constantine de Francis Lawrence (2005), je pense – sans en faire partie – que les rares étudiants en médecine qui iront voir Countdown risquent de bien rire en voyant la facilité avec laquelle Justin Dec boucle son final. Je peux accepter un scénario trop commode, mais jusqu’à une certaine limite !

Au casting, Elizabeth Lail (You, The Good Fight, Blacklist…) s’essaie au grand écran avec une performance sommes toutes convaincante. Autour d’elle, Jordan Calloway (Black Lightning, Riverdale…) et Talitha Bateman (Annabelle 2, Love, Simon, Geostorm…) hurlent de concert, étoffant un ensemble accessible et attachant, même si le personnage de la sœur n’est pas assez développé, tandis que Peter Facinelli (Twilight, Supergirl, Glee…) ne scintille définitivement plus au soleil, comparé à un Tom Segura insolite (c’est un podcasteur américain) et un P.J. Byrne (Big Little Lies, Green Book…) exalté.

En conclusion, Countdown offre un divertissement relativement satisfaisant en surfant sur la technologie moderne et le film d’épouvante à la recette facile. À défaut de hanter nos nuits, Justin Dec provoquera bien quelques sursauts à travers une intrigue rondement menées, mais dont les ressorts pré-mâchés n’échapperont pas aux habitués du genre. À tenter.

PS : pour ceux qui veulent tenter le diable (ou n’importe quoi d’autre, hin), l’application Countdown est toujours disponible pour Android et iOS.

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